Les transports : un thème de campagne pour la présidentielle (2)

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Partie 2 : les propositions des favoris à la primaire de la gauche

Pour la campagne de l’élection présidentielle, les transports constituent sans aucun doute un thème de débat important, au cœur des programmes de presque tous les candidats. La semaine dernière nous vous avions proposé un article sur les programmes pour les transports des candidats du centre, de la droite et de l’extrême droite. Cette semaine, voici les propositions des candidats à la primaire de la gauche, prévue les 22 et 29 janvier 2017.

 

3-candidats-primaire-gaucheL’ancien premier ministre depuis peu, Manuel Valls, désormais candidat favori à la primaire de la gauche dans deux semaines maintenant, était déjà très critique lorsqu’il était à Matignon sur la politique des transports menée dans l’Hexagone depuis maintenant quelques décennies. Il a beaucoup tardé à le proposer, mais au printemps 2016, il a soumis lors de la dernière conférence environnementale l’idée de dépoussiérer et d’actualiser la loi Loti, vieille de trente ans et jamais remise au goût du jour et surtout au niveau des besoins actuels des usagers, alors qu’ils ont énormément changé. La mobilité s’est transformée, de nouvelles méthodes de gestion, de nouvelles habitudes, de nouvelles technologies ont fait leur apparition… et aujourd’hui, la loi Loti ne permet pas de répondre aux préoccupations environnementales liées aux transports, ni aux besoins logistiques en France d’évoluer vers moins de transport routier et davantage de multimodal. On peut donc imaginer que s’il était élu président de la République à la prochaine présidentielle, Manuel Valls poursuivrait la mise en œuvre du chantier qu’il a initié en tant que chef de gouvernement : la loi LOMI (Loi d’Orientation de la Mobilité Intérieure). D’autant qu’elle est restée lettre morte depuis son départ de Matignon.

 

valls-2Pour sa première réunion publique de rentrée, ce dimanche 8 janvier 2017, l’ancien premier ministre avait choisi le Pas-de-Calais…. Et ce n’était pas un hasard : Manuel Valls avait fait ici le choix symbolique d’une région forte du transport et de la logistique, avec 45 000 emplois concentrés dans ces deux  secteurs, une région qui représente le 4eme pôle logistique de France. Ce développement est notamment dû à l’émergence d’entreprises innovantes dédiées à ces activités (I-Fret, Euralogistic, Railenium…), et dans les prochaines années le nord de la France devrait voir son potentiel logistique exploser, avec la mise en activité de plusieurs projets majeurs : le Canal Seine Nord Europe, les autoroutes ferroviaires, Calais Port 2015, ou encore le projet Horn sur le Grand Port Maritime de Dunkerque. Parmi les grandes lignes à retenir de son discours du 8 janvier 2017 à Liévin : renforcer le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui « permet aux entreprises de regagner des parts de marché à l’export, d’investir et d’embaucher » ; mais aussi un « prêt de l’Etat à taux zéro sans remboursement les premières années » pour les entrepreneurs qui se lanceraient dans une création d’entreprise, et ils sont nombreux chaque année dans le transport et la logistique : au cours du premier trimestre 2016, selon les statistiques les plus récentes, 3 521 entreprises de transport routier de marchandises ont vu le jour, selon la société Ellisphere. Pourtant, dans le même temps, l’ensemble des immatriculations recensées sur le territoire national, toutes immatriculations confondues, baissait de 10 500 véhicules environ. Et pour l’ensemble de l’année 2015, l’attirance des créateurs d’entreprises pour le transport routier était tout aussi impressionnante : 7253 nouvelles entreprises ont rejoint les registres professionnels du transport et de la logistique.

 

valls-1Pour les salariés enfin, Manuel Valls suggère la possibilité de se former pour une nouvelle qualification une fois tous les dix ans, ce qui peut s’avérer intéressant dans le secteur des transports et de la logistique où les métiers et les outils évoluent très rapidement, et où l’ascension professionnelle est la mieux favorisée en France (un technicien y deviendra beaucoup plus facilement cadre que dans beaucoup d’autres professions). Manuel Valls veut aussi augmenter la prime d’activité jusqu’à 1500 euros par mois, et surtout, ce qui parlera aux chauffeurs du transport routier et à tous les acteurs du transport et de la logistique en général, très exposés aux pics de saisonnalité dans le travail, défiscaliser à nouveau les heures supplémentaires. (Voir nos articles : Fin des heures sup’ défiscalisées pour les routiers mais aussi La Poste : les coulisses d’une logistique à grande échelle ou Les soldes font tourner la machine et Noël : chaque année, le grand défi de la logistique). L’ancien premier ministre veut enfin se montrer plus souverainiste que le gouvernement qu’il a dirigé, en matière de frontières commerciales. Et dans son viseur, bien sûr, le dumping social organisé par les pays de l’Est dans la filière transport : « Il faut taxer lourdement les importations qui ne respectent pas nos règles sociales et environnementales, contrôler les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques que sont le transport, l’énergie (…), défendre les frontières et faire une pause dans l’élargissement européen ».

 

montebourg-1Arnaud Montebourg, crédité de 24% des intentions de vote dans un sondage du 8 janvier 2017 (contre 36% pour Manuel Valls), fait des propositions nettement plus radicales : l’ancien ministre du Redressement Productif a plaidé dimanche 8 janvier, dans son fief de Saône-et-Loire, pour « la nationalisation pour construire l’alliance en force ». Il a pris l’exemple de STX, les chantiers navals de Saint Nazaire, pour argumenter sur un point essentiel de son programme : ne pas laisser la concurrence étrangère nuire aux intérêts économiques français. Voilà qui, là encore, parlera aux acteurs du transport routier français, confrontés à la concurrence sauvage de leurs voisins européens de l’est. Que l’Etat prenne 51% du capital dans toutes les entreprises de transport majeures en France : voilà l’idée du candidat à la primaire de la gauche. « cela vaut la peine pour rester leaders partout où nous le sommes, comme pour la construction de navires ». Le candidat veut également investir 24 milliards d’euros par an pour relancer l’économie française, et sur ces 24 milliards, en consacrer 20 aux infrastructures de transport et de communication. Il veut créer un « banque d’encouragement » pour favoriser les cautions ou le crédit accordés aux PME et aux nouvelles entreprises ; il promet d’attribuer 80% des marchés publics aux entreprises implantées en France, ce qui pourrait largement avantager le transport de matériaux de chantier, par exemple.

 

montebourg-2Autre mesure phare du programme de Montebourg : il souhaite abroger la loi travail, contre laquelle la majorité des acteurs du transport et de la logistique sont opposés (voir notre article : Les salariés du transport et de la logistique opposés à la loi travail) mais pas le patronat dans ces mêmes transports (voir : Loi travail : pourquoi elle boosterait la compétitivité du transport et de la logistique en France et Espoirs… et déceptions des patrons de PME). Il souhaite lutter contre « l’ubérisation de la société », ce qui ne sera pas pour déplaire aux chauffeurs de taxi (voir : Les taxis fous de colère et Témoignage de ces artisans qui déposent le bilan). Enfin, Arnaud Montebourg propose d’encadrer les salaires des dirigeants de grandes entreprises, qui seront contraints d’augmenter les salaires de leurs employés s’ils souhaitent revaloriser leur propre rémunération (voir : Salaires des grands patrons).

 

hamon-1Dernier favori de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, crédité de 21% des intentions de vote pour le premier tour de scrutin du 22 janvier 2016 : dans son programme, le troisième homme des sondages propose de passer aux 32 heures sur 4 jours pour favoriser l’emploi et alléger la pénibilité « dans des secteurs comme les transports, la grande distribution, la consommation (donc la logistique, ndlr) ». Pour lui, « le travail va se faire plus rare à cause de la révolution numérique que nous sommes en train de vivre et il va donc falloir le partager, pour avoir moins de chômage et de pauvreté ». Benoît Hamon propose également l’instauration d’un « revenu universel de 535 euros, voire 800 ou 1000 euros, que recevraient 40 millions de Français âgés de 18 ans et plus sans distinction de richesse », afin de « ne plus faire du travail le centre de l’existence ». Pour le financer : l’individualisation de l’impôt, la suppression de 84 milliards de niches fiscales, la récupération de 80 milliards d’évasion fiscale… sauf qu’on n’atteint pas les 300 milliards d’euros estimés comme coût pour l’Etat chaque année. Benoît Hamon veut donc radier l’objectif des 3% de déficit des obligations imposées par le traité de Maastricht aux membres de l’Union Européenne.

 

Benoît Hamon veut lui aussi abroger la loi travail. Enfin, l’une de ses propositions les plus originales consisterait à instaurer une « taxe sur les robots » pour financer la protection sociale et les retraites : une proposition significative pour les secteurs comme le transport, où les chauffeurs seront peut-être remplacés demain par des ordinateurs de bord intelligents (voir : Des camions roulent désormais sans chauffeurs) et surtout pour la logistique, où les robots remplacent les hommes dans les tâches les plus compliquées ou les plus pénibles, de plus en plus souvent (voir : Transports, logistique : bientôt les drones ?). Dans ce secteur en particulier, si toute la supply chain robotisée est taxée, les coûts engendrés pour les entreprises de logistique risquent de vite exploser…

 

 

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