Grève Air France : la parole aux usagers

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passagersLa grève des pilotes Air France entre désormais dans l’histoire des mouvements sociaux les plus durs et les plus longs de la compagnie. Sur le tarmac de Roissy, les avions tricolores sont parqués en file indienne, cloués au sol depuis maintenant 10 jours. Dans les terminaux, les vols annulés ne sont même plus indiqués, seuls ceux qui décollent sont affichés, créant de la confusion. Et pour les passagers bloqués en transit, les nerfs lâchent. Après avoir expliqué les revendications des commandants de bord de la compagnie tricolore, et détaillé leurs conditions de travail et leurs inquiétudes, nous avons donc choisi de donner la parole à ces voyageurs pris en otage par un mouvement qui les dépasse. Toute la semaine, dans les différents aéroports de France, nous avons recueilli leur sentiment. Et pour la plupart, c’est sans appel : « On nous largue à Charles de Gaulle et voilà, débrouille toi ! On a les boules ! On va rentrer à pied à Marseille peut-être ? » hurle un usager hors de lui. « Y a pas d’avion, aucun. C’est la merde. On prend une compagnie française en espérant que tout se passe bien et voilà, on se rend compte qu’il vaut mieux prendre des compagnies étrangères », renchérit son épouse.

 

aeroportD’abord, il y a la « prise de tête » sans fin pour tenter d’échanger les billets, se les faire rembourser, décaler son vol ou changer de compagnie. Cela peut prendre des heures, et parfois plusieurs jours, avec des nuits d’hôtel imprévues ou, en cas d’urgence, le train à payer en plus… et encore, quand une liaison existe, en remplacement de l’avion. « Je suis venue voir avec Air France pour essayer de voir avec eux s’ils vont pouvoir me donner un autre vol, ou changer de compagnie pour pouvoir voyager, parce que je reprends le travail samedi », explique une passagère, affolée. « Mais pour l’instant je n’ai pas de réponse, je suis coincée ici ! ». « Là on arrive, et on nous dit que l’avion aura plusieurs heures de retard, donc galère sur galère… » râle une jeune fille à Bordeaux.  « Quand on appelle le numéro vert mis à disposition, on n’arrive pas à les joindre, je suis resté une heure hier au téléphone, en vain… », s’énerve un commercial, crispé sur son attaché case. Pourtant, ces usagers n’ont d’autre choix que de prendre leur mal en patience. « Nous devions partir à 15 heures hier, mais l’avion a été annulé. Nous devions du coup repartir ce matin à midi, mais en arrivant ce matin : avion lui aussi annulé ! Résultat : on espère reprendre à nouveau celui de 15 heures », s’amuse une mamie qui a encore le courage d’en sourire. « D’un côté je peux comprendre pourquoi les pilotes sont en grève, mais d’un autre côté, comparé aux autres pays, autant de jours de grève, c’est n’importe quoi ! » s’étonne un voyageur néerlandais complètement perdu.

 

departsQuelques uns ont été prévenus du mouvement de grève par SMS ou par mail et ne se sont pas déplacés. « J’ai reçu des textos m’informant de l’annulation de mon vol et du remplacement par une autre compagnie, donc je suis satisfait », se réjouit un homme d’affaires. « Notre vol est assuré pour Rome, on est très contents mais on pense surtout aux autres qui sont dans la galère », compatit une retraitée qui part en vacances. Au total, Air France a envoyé 65 000 messages aux passagers des vols prévus, pour les inciter à annuler ou différer leur départ. Mais malgré ces précautions, beaucoup ont été contraints de venir quand même sur place pour trouver une solution : « Sur internet, aucune réservation ne peut être modifiée, tout est bloqué, donc j’ai du venir pour trouver un moyen d’arranger les choses, 20 kilomètres aller et 20 kilomètres retour… pour rien », trépigne un ingénieur malheureux.

 

service_clientsLes passagers compréhensifs, de toute façon, ils sont de moins en moins nombreux. Car il y a l’inconfort de la situation, mais parfois les conséquences sont bien plus graves : pour beaucoup, il y a l’angoisse de ne pas pouvoir honorer à temps des rendez-vous important, pour le travail par exemple. Grosse inquiétude dans les agences parisiennes d’Air France où nous passons aussi une tête : « C’est un vrai problème pour moi, parce que je suis médecin chirurgien, j’ai des interventions programmées dans les jours qui viennent et je dois absolument rentrer », déplore Harry dans un anglais qui tremble, sous le coup du stress, de la fatigue et de l’énervement. Paul et Marie arrivent de Thionville, leur petite fille doit être baptisée dans quelques jours à Nouméa. Leur billet était réservé depuis plus de six mois… mais ils ont reçu un mail d’annulation ce matin, alors qu’ils étaient déjà dans le train : « Votre vol AF2176 est annulé… c’est bien gentil, mais moi j’ai pris le billet de train depuis deux mois, il a fallu trouver une chambre d’hôtel à Roissy en catastrophe… On m’avertit à la dernière minute, ça ne m’arrange pas du tout. » Plus loin, une jeune femme attend de rentrer au Mexique où elle vit, son vol est annulé : elle craint pour son emploi. « Moi si je n’arrive pas demain à Mexico, je perd mon travail. Merci Air France. »

 

avionDans les gares, c’est la cohue : tous ceux qui ne veulent ou ne peuvent absolument pas différer leur trajet se sont précipités pour tenter de trouver une alternative. « On devait prendre un avion ce matin à 9 heures et finalement, on prend le train.», raconte cette mère de famille nombreuse qui doit ramener ses enfants de Nice à Paris pour qu’ils puissent aller à l’école, dont ils ont manqué déjà plusieurs jours… la directrice de l’établissement a appelé, elle veut bien se montrer compréhensive mais prévient qu’il y aura un avertissement en cas d’absence prolongée. Résultat : six heures de train pour toute la tribu, qui doit refaire le trajet dans l’autre sens dès vendredi soir, pour des raisons familiales. « Je suis plus habitué à prendre l’avion qu’à prendre le train, voilà, mais c’est une bonne solution de remplacement », soupire un retraité, stoïque.

 

Ceux qui ont de la chance, et un petit budget d’avance en attendant de rentrer dans leurs frais, se sont rabattus sur d’autres compagnies… comme Easyjet, qui se frotte les mains devant pareille aubaine : tandis que le géant Air France perd des dizaines de millions d’euros, la compagnie low cost orange ouvre mille places supplémentaires par semaine, au tarif de dernière minute. « Ils en profitent, c’est 300 euros le billet aller simple pour Paris », s’exclame un usager. « Je vais peut-être louer une voiture, ça me reviendra moins cher ! »

 

greveD’autres, qui ne voyagent pas, sont malgré tout pris en otage : ce sont les commerçants qui travaillent dans les aéroports. Les halls sont presque vides, et la conséquence n’a pas tardé à se faire sentir : des pertes très importantes et une dégringolade du chiffre d’affaires alarmante. Taxis, loueurs de voitures et restaurateurs, magasins de souvenirs, parfumeries… avec 80% des vols Air France annulés, tous sont touchés : « Aujourd’hui, on a une baisse d’activité énorme, la salle est vide, il n’y a plus de clients, on a du mettre notre personnel au chômage technique », raconte un gérant de point chaud, à l’aéroport de Toulouse. A Bordeaux, même chose, cela tourne au ralenti. « On attend des heures interminables et on récupère des gens excédés, qui ratent des réunions d’affaires »… explique un chauffeur de taxi. « Tout le monde souffre d’une baisse d’activité ici, on est tous tributaires d’Air France qui représente 50% du trafic », ajoute un autre.

 

terminalA Nice, la Chambre de Commerce et d’Industrie vient de lancer un cri d’alarme : « dans un contexte économique morose, avec des indicateurs à la baisse, le département des Alpes-Maritimes ne peut supporter plus longtemps cette paralysie qui impacte le tissu économique tous secteurs confondus : le commerce, les industries, le tourisme, l’hôtellerie, l’activité de fret, l’organisation de congrès, etc. », analyse Michel Chevillon , membre du Bureau à la CCI et Président de l’Union de Métiers et Industries de l’Hôtellerie des Alpes-Maritimes. « Une minorité corporatiste de privilégiés prend en otage une fois de plus la majorité des professionnels du tourisme du territoire français …et donne au monde entier une image lamentable de notre pays ».

 
 

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