Hausse des péages : quelles conséquences pour les transporteurs routiers ?


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Depuis le jeudi 1er février 2018, il y a quelques jours donc, les tarifs ont augmenté sur les routes françaises payantes : au péage, désormais, les prix sont plus élevés pour les usagers, de 0.87 à 2.04% en moyenne pour les voitures, la hausse la plus élevée concernant les poids lourds : jusqu’à 2.92%… Une revalorisation modulée selon les réseaux d’autoroutes : pour les régions du centre et de l’ouest, Cofiroute a fixé la hausse à 1,33% ; du côté de Vinci et des autoroutes du sud de la France, ASF est également dans les 1.3% de hausse, tandis que l’Escota (Côte d’Azur) est à 1.34%. Les réseaux du Nord, de l’Est et du Nord Ouest, les plus empruntés par les camions qui font le transit entre la Belgique, l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Allemagne, sont un peu plus impactés : la SANEF (Société des Autoroutes du Nord et de l’Est de la France) a relevé les prix de 1.39%, tout comme la SAPN, pour les autoroutes Paris-Normandie. Le réseau le plus impacté, lui aussi l’un des plus empruntés par les poids-lourds, c’est celui des autoroutes de Rhône-Alpes, gérées par l’Area, qui augmente ses tarifs de 2.04%, suivi de près par les autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR), pour lesquelles Eiffage a fixé la hausse à 2%. Cela représente quelques euros supplémentaires par trajet… Pas grand-chose, une mesure très discrète, aux apparences de l’indolore, beaucoup moins polémique et retentissante qu’une écotaxe par exemple, et pourtant…

 

Selon l’OTRE, l’Organisation des Transports Routiers Européens, l’enjeu est majeur pour les transporteurs français : comme dit l’adage, les petits ruisseaux font les grandes rivières, et les petites fuites font les grands trous dans la trésorerie ! « Même une hausse minime de quelques centimes, a fortiori de 1 ou 2 euros, si vous multipliez par le nombre de poids lourds sur les routes, et par le nombre d’entrées et de sorties sur les réseaux payants, et à chaque fois le camion paye, cela représente des sommes très importantes pour les patrons du transport routier français. Pour les PME notamment, c’est réellement impactant au niveau des trésoreries. La route est notre support de travail, à nous transporteurs de marchandises. La moindre évolution des prix aux péages nous touche, et nous le constatons à chaque hausse. C’est une mesure contre laquelle nous ne pouvons malheureusement rien faire et que nous sommes condamnés à subir, alors qu’à nos yeux ces hausses ne sont pas justifiées. Et celle-ci est deux à trois fois plus élevées que celles de 2017 et de 2016, que nous avons déjà eu du mal à absorber. On ne peut pas indéfiniment répercuter sur le client, sinon on n’est plus compétitifs. Déjà que nous avons été exclus de l’accord européen sur les travailleurs détachés, et maintenant on nous enfonce encore un peu plus la tête sous l’eau ?»

 

Si l’on fait les comptes, depuis 2008, c’est-à-dire depuis dix ans, les transporteurs routiers comme les automobilistes ont du débourser en moyenne 20% de plus pour leurs trajets à cause des hausses de tarifs aux péages. Les axes les plus impactés et donc, les professionnels du transport qui ont du le plus contribuer à cette hausse moyenne de 20% : ceux qui empruntent les axes vers ou au départ de Paris, Montpellier, Bordeaux, Marseille, Grenoble, Pau et Chambéry : entre 12 et 16% d’augmentation sur une décennie ! Et ce qui passe assez mal auprès des transporteurs routiers, c’est effectivement le motif invoqué par les sociétés d’autoroutes pour expliquer les prix majorés à partir de ce 1er février 2018 : elles procèdent ainsi, disent-elles, pour compenser plusieurs dépenses de leur côté, qu’elles détaillent : l’augmentation de ce que l’on appelle la redevance domaniale, c’est-à-dire l’argent qu’elles reversent à l’Etat chaque année ; le taux d’inflation ; et un plan d’investissements de près d’un milliard d’euros, décidé il y a un an, en janvier 2017. Enfin, elles s’estiment lésées par le gel du tarif des péages qui avait été décidé en 2015 par François Hollande, et considèrent comme légitime d’effectuer un rattrapage en 2018. Coût total estimé de la facture pour les usagers : un demi milliard d’euros.

 

« C’est totalement injustifié, le réseau n’est pas mauvais, il est entretenu et correspond parfaitement au nombre et au poids des véhicules de transport en circulation, qu’il s’agisse de transport de marchandises avec les camions, ou de transport de passagers avec les autocars », estime de son côté un représentant de l’Union TLF (Union Transport et Logistique de France) et les aires de transport pour nos chauffeurs sont globalement satisfaisantes. « La contribution des usagers pour circuler sur les autoroutes n’a jamais été aussi élevée, et ce qui nous dérange, c’est que si l’on en croit le dernier rapport rendu par l’ARAFER (l’Autorité de Régulation des Activités Routières, le gendarme de l’Etat créé en même temps que la loi Macron et chargé de surveiller les tarifs de péages autoroutiers depuis 2 ans), les sociétés d’autoroutes n’ont jamais engrangé de tels bénéfices, plus de 25 % par exemple en 2016, ce qui représente près de 3 milliards d’euros. De l’argent qui profite moins aux plans d’investissement, directement répercutés auprès des usagers donc, qu’aux actionnaires qui ont récupéré depuis deux ans près de 5 milliards d’euros de dividendes, soit 40% par rapport aux années précédentes ! Il y a 6 mois je vous signale que l’ARAFER pointait déjà des augmentations aux péages supérieures à la capacité des usagers de les supporter financièrement ».

 

Dans le même temps, le réseau non concédé, c’est-à-dire les routes régionales et nationales, sont insuffisamment entretenues selon les transporteurs, qui réclament une profonde réforme du système, de manière à mieux répartir l’argent selon les besoins de rénovation des routes. D’autant que, selon toutes les projections, ces hausses des tarifs aux péages des sociétés d’autoroutes privées ne sont pas près de s’arrêter : elles devraient encore remonter leurs tarifs régulièrement, chaque année, au minimum jusqu’en 2023.

 

 

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