Impôts : fin des heures sup’ défiscalisées pour les routiers

4 commentaires

declaration_revenusAlors que les Français sont en train de rédiger leur déclaration de revenus pour 2012, certaines professions, dont les chauffeurs routiers, prennent conscience de la différence engendrée – à leur désavantage – par la fin des heures supplémentaires défiscalisées : car depuis le 1er septembre dernier, la suppression de cette exonération est entrée en vigueur. A ce moment là, les conséquences paraissaient encore lointaines… En pratique, sur la feuille à envoyer au Trésor Public d’ici quelques semaines, ça fait mal.


« On essaie de rester la tête hors de l’eau, alors que les transports souffrent économiquement »
, se plaint Philippe, chauffeur routier. « Dans notre branche, on a perdu 4.3% d’activité en tonnes-kilomètre en 2012. Je trouve ça incohérent et scandaleux de baisser le pouvoir d’achat des catégories d’actifs qui sont déjà dans la panade ». « Le moindre euro compte », renchérit Annie, chauffeuse poids lourd. « Avec la fin des heures sup’ défiscalisées, je perds plus de 50 euros par mois. Vu comme ça, ça ne paraît pas énorme, mais quand on boucle déjà les fins de mois avec un découvert à la banque, le manque à gagner est très important, croyez moi ».

transport_routierEvidemment, certaines catégories de métiers vont en souffrir plus que d’autres : les assistantes maternelles et employés à domicile, les enseignants, le bâtiment, les infirmières, et en première ligne : ceux qui travaillent sur la route, avec des postes de nuit, des semaines de 6 jours, et des aléas horaires évidents en fonction de la circulation ou des événements climatiques, par exemple. « On est dans un métier où on est obligé de faire faire des heures sup’ à notre personnel », explique Sofian, patron d’une entreprise de transport de marchandises. « Nous avons des besoins très variables, en fonction des périodes et des clients. Le respect des délais, dans notre branche, est fondamental pour rester concurrentiel, et les renforts ponctuels de main d’œuvre sont extrêmement variés. Là, ça risque d’être pénalisant pour les salariés au niveau des impôts, mais aussi pour les patrons puisque du coup, il y a beaucoup moins de salariés volontaires à cause de cette nouvelle mesure. »

conducteurLes routiers font, en moyenne, entre 50 et 100 euros d’heures supplémentaires chaque mois. Soit entre 600 et 1200 euros par an, qui, non seulement sont désormais refiscalisés, mais qui, en s’ajoutant au salaire de base, risquent de faire passer certains salariés dans une tranche d’imposition supérieure ! « Le président de la République a fait croire que la justice sociale et la protection des plus modestes faisait partie de son programme », s’insurge Patrick, chauffeur-livreur. « Et il va sacrifier le pouvoir d’achat de ceux qui ont un travail pénible et qui comptaient justement sur les heures sup’ pour améliorer le quotidien ! Puisque les cadres ne font, techniquement, pas d’heures supplémentaires, cette mesure fait forcément trinquer les employés. » 

Pourtant, pour certains, la défiscalisation des heures supplémentaires pourrait être un sacrifice utile à l’emploi : « Dans ma boîte actuelle, les heures supplémentaires sont payées de la main à la main, et rien qu’en période de basses eaux ça représente 3 emplois, le double quand il y a un pic d’activité », explique Jean-Pierre, cariste. « Résultat : on n’embauche pas, et on fait du black. Peut-être qu’on paiera plus d’impôts, mais que ça relancera l’embauche, et au final, si ça permet à la croissance économique de repartir et au chômage de baisser, peut-être qu’un jour on y retrouvera notre compte quand les augmentations de salaires seront à nouveau possibles ? »

centre_finances_publiquesLaurence Laigo, ex-secrétaire nationale de la CFDT responsable de la politique des garanties collectives en matière de salaire, va aussi dans ce sens : « Il ne faut pas tout confondre ! Il y aura toujours des heures supplémentaires, et elles seront toujours majorées ! Cela reste une reconnaissance en termes de pouvoir d’achat, même si elles rentrent à nouveau dans le revenu imposable. La défiscalisation coûte extraordinairement cher à la société, et à la protection sociale ! De plus, cela permettra de mettre fin à certaines dérives, par exemple des entreprises qui, au lieu d’augmenter leurs salariés, déclaraient de fausses heures supplémentaires, comme ça elles ne s’engageaient pas sur des revalorisations de paye définitives, et les salariés ne disaient rien car ainsi, ils continuaient à pouvoir bénéficier de certaines aides !»

Les employés des entreprises de transport et logistique qui comptaient moins de 20 salariés au 1er janvier 2000, risquent tout de même d’être particulièrement touchés par la refiscalisation des heures supplémentaires : car dans ces PME, le passage aux 35 heures n’a pas été imposé. Du coup, certains ont fait le choix de rester à 39 heures : pour eux, les heures effectuées chaque semaine entre la 36eme et la 39eme heure vont être à nouveau imposables : la facture risque d’être salée !

 

4 réflexions au sujet de « Impôts : fin des heures sup’ défiscalisées pour les routiers »

  1. asinerus

    Trop d’abus tue la poule aux œufs d’or (h supp) je rejoins tout à fais Me Laigo, je crois sauf erreur de ma part que ces heures défiscalisées c’était pour donner 1 coup de main aux entreprises, et au final c’est devenu 1 nouvelle formule de calcul du salaire, besoins ou pas des heures dites supp.
    Comment vont faire les employeurs pour éviter encore les charges à verser ???

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  2. Carrière industrie

    Bonjour à tous,

    Je trouve cela aberrant que le gouvernement fiscalise les heures sup. Les chauffeurs routiers gagnent déjà mal leurs vies pour certains je trouve ça ridicule. Par conséquence le pouvoir d’achat de ces personnes sont diminués et selon Keynes, le pouvoir d’achat des ménages est une des sources de la croissance d’un pays. Il faudrait revoir ce système qui me parait très mal approprié d’autant plus en cas de crise d’un pays.

    A bientôt,
    Carrière industrie

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  3. Ping : Les transports : un thème de campagne pour la présidentielle (2) | Le blog de la logistique

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