Les « nouvelles routes de la soie » chinoises : quel intérêt pour l’emploi en France ?

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On a beaucoup parlé ces jours-ci de la visite en France du président chinois, visite de plusieurs jours, en grande pompe, sur la côte d’Azur puis à Paris, avec contrats, dîners de gala et en apothéose, un mini sommet sino-européen en présence d’Angela Merkel la chancelière allemande, et de Jean-Claude Junker le président de la Commission européenne. On en a beaucoup parlé, avec des mots récurrents dans la bouche des journalistes français, comme « inquiétude grandissante » des Français et des Européens face à l’appétit commercial et financier de l’ogre chinois sur le vieux continent.

Certes, les investissements à tout crin de l’Empire du milieu sur nos territoires européens doivent être régulés, cadrés, dans un meilleur respect des règles du multilatéralisme et en empêchant le développement du dumping social et des monopoles malsains. Mais concrètement, pour les salariés français du transport notamment, n’y a-t-il pas aussi quelques espoirs de créations d’emplois par dizaines, centaines, peut-être par milliers, notamment avec le projet pharaonique de Pékin de développer ses « nouvelles routes de la soie » ?

 

Ces « nouvelles routes de la soie », nous vous en parlions déjà sur le blog il y a près de deux ans. Depuis, de nouvelles perspectives se concrétisent, et celles qu n’étaient que balbutiantes se sont largement étoffées. Dans les années qui viennent, si l’Europe et la Chine parviennent à se mettre d’accord sur une stratégie de coopération commune pour mener à bien ces dizaines de projets d’infrastructures nouvelles et d’envergure, l’emploi en France dans le transport et la logistique en bénéficiera forcément, et pas qu’un peu : les grands groupes logistiques y trouveront de nouvelles voies de développement de leurs activités d’import-export (Géodis, par exemple, qui inaugurait en septembre 2016 sa liaison par rail entre Lyon et Wuhan) et devront nécessairement embaucher pour faire face à une demande exponentielle et qui pourrait être multipliée par vingt dans le prochain demi siècle.

 

D’autres activités de transport et de logistique pourraient profiter de cette nouvelle manne, qui contrairement à ce que l’on croit souvent, ne profite plus tant aux opérations de délocalisations d’entreprises qu’à celles de relocalisations en France, justement parce que les réseaux de transport en sont améliorés et facilités, et les freins moins nombreux au maintien des activités sur le territoire hexagonal. « L’un des grands gagnants, en terme d’emplois, de ces nouvelles routes de la soie si elles voient le jour, ce sera le port de Marseille, c’est une évidence », analyse ainsi l’Observatoire français des Nouvelles Routes de la Soie (OFNRS), un groupe de réflexion sur ce vaste projet chinois lancé en 2013 et qui regroupe des experts des relations internationales, de la géopolitique, et d’analystes des phénomènes et de leurs conséquences.

 

« La carte de ces nouvelles voies commerciales voulues par la Chine passera nécessairement par la cité phocéenne, plaque tournante entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Cela donnera aux infrastructures de transport et de logistique marseillaise une très grande visibilité, des possibilités d’appels d’offres et de nouveaux chantiers importantes. Des milliers de salariés français vivent déjà grâce aux investissements chinois, ils pourraient être des milliers d’autres dans les années qui viennent ». D’ailleurs, les salariés d’Airbus en savent quelque chose : de nouvelles embauches sont à prévoir au sein du groupe aéronautique, qui vient de se voir commander 300 nouveaux Airbus pour près de 35 milliards de dollars. Même si pour décrocher le contrat, l’avionneur français a aussi du construire une usine près de Pékin.

 

Restera aux pouvoirs publics, aux administrations, aux entreprises concernées à faire preuve d’une extrême vigilance sur les normes juridiques, sociales, le respect du droit du travail, des règles douanières, commerciales, de la propriété intellectuelle, des normes techniques et industrielles… « Il va de soi que ce type de projet, qui représente jusqu’à 1000 milliards de dollars d’investissements, offre de nouveaux débouchés, pour tout le monde, et booste le marché du travail comme les échanges planétaires. Mais la règle de la réciprocité doit être absolue et le déséquilibre commercial actuel, qui se fait aux trois quarts au profit de la Chine et au détriment de l’Europe, doit impérativement être reconsidéré et régulé pour des échanges gagnant gagnant et qui profitent autant aux villes françaises qu’aux villes chinoises », estiment de leur côté certains chercheurs de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques). On en saura peut-être davantage le 9 avril 2019, alors que se tiendra un sommet entre la Chine, et l’Europe au complet cette fois, à Bruxelles.

 

 

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