Neige : un premier bilan douloureux pour les transporteurs, qui accusent l’Etat

Laisser un commentaire

Ils ont beaucoup fait parler d’eux pendant ces premiers jours du mois de février 2018 : les transporteurs étaient à la Une de tous les médias nationaux, au cœur d’un sujet devenu rare durant la dernière décennie : la neige ! Des flocons, en telles quantités, et dans un laps de temps si court, qu’ils ont paralysé la moitié du pays et surtout, mis à mal en à peine quelques dizaines d’heures toute une profession : des milliers de poids lourds parqués sur des aires de fortune, des nationales fermées, des chauffeurs condamnés à l’attente dans leur cabine, à tel point que la Croix Rouge a du passer leur distribuer des repas… et dans leurs entreprises, des patrons transporteurs routiers très en colère : selon la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers (FNTR), les mesures prises par les autorités pour restreindre ou interdire la circulation des poids-lourds pendant la globalité de l’épisode neigeux a coûté au bas mot quelques 60 millions d’euros par jour aux transporteurs.

 

Le premier bilan de cette semaine catastrophique d’un point de vue météorologique est lourd, si lourd que les transporteurs demandent aujourd’hui à l’Etat une indemnisation : Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération, a ainsi estimé dans les médias qu’il s’agissait d’un « préjudice considérable ». Certes, mais les intempéries et les phénomènes de neige en hiver semblent tout de même difficiles à imputer aux pouvoirs publics, non ? Réponse des transporteurs : « le manque à gagner de cette première quinzaine de février est moins dû à la neige qu’à la totale désorganisation des pouvoirs publics, totalement débordés par le phénomène et qui n’ont pas pris les bonnes décisions », estime l’OTRE de son côté, l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens. « C’est moins la neige qui nous a fait accumuler en moyenne 3 jours de retard pour les livraisons, que la manière dont les autorités compétentes ont géré les autorisations de circulation, et le fait qu’elles aient décidé de manière totalement prématurée la fermeture de certains axes et le parcage des camions. Notre activité a souffert davantage d’un manque de coordination désastreux et d’une manière de brandir le principe de précaution complètement déconnectée de la réalité, que des quelques centimètres de neige qui sont tombés », témoigne un chauffeur, membre de l’Amicale des Transporteurs Routiers de France.

 

Nous sommes allés poser directement la question à d’autres chauffeurs, les conducteurs de près de 500 poids lourds arrêtés sur les deux côtés de la nationale 1, la semaine dernière, vendredi 9 février 2018, alors que les interdictions de rouler tombées dès le mardi 6 février 2018 au soir, lors des premières grosses chutes de neige, étaient prolongées à cause d’une deuxième mise en vigilance orange de Météo France pour toute l’Ile-de-France. Depuis déjà 3 jours les chauffeurs étaient bloqués à bord de leurs véhicules, on leur avait promis une reprise de la circulation pour le jeudi midi au plus tard… et finalement, certains n’ont pu reprendre la route que ce lundi 12 février au matin, après presqu’une semaine d’immobilisation totale ! Pas vraiment de la colère, mais beaucoup d’exaspération et surtout d’incompréhension : « Quand ils m’ont arrêté j’étais à 200 mètres du péage pour sortir de la Nationale et à moins de 2 kilomètres de ma destination. Il suffisait de me laisser 5 minutes de plus pour sortir de la route qui posait problème (encore que je n’ai pas vraiment compris ce qui posait problème), et je livrais avant de repartir par un autre itinéraire. Au lieu de quoi les forces de l’ordre n’ont rien voulu entendre, j’ai dû m’arrêter et je suis resté plus de 72 heures dans mon camion. Pour 200 mètres ! Forcément qu’on trouve ça exagéré », raconte un conducteur.

 

Même scénario sur la nationale 118, toujours en région parisienne, carrément fermée jusqu’à ce lundi 12 février au matin. Sur place, après une semaine totale sans pouvoir faire leur travail, certains ont carrément perdu leur temps : « je transportais des fruits et légumes destinés à la grande distribution, une grande surface à une demie heure à peu près de l’endroit où on m’a demandé de stationner. Autant vous dire que des produits frais comme ça, ça tient pas une semaine dans la remorque. Je n’ai plus qu’à repartir d’où je suis venu pour charger une nouvelle cargaison », raconte un autre conducteur. Et c’est souvent pour des raisons comme celles-là que les entreprises du transport de marchandises ont perdu beaucoup d’argent : des denrées périssables, et du temps perdu. Mais elles estiment aujourd’hui que le plus gros des pertes aurait pu être évité. « Ils ont interdit à nos personnels de rouler, sur des routes dégagées où les voitures pouvaient circuler, et ils les ont obligés à patienter sans déviations, sans café, sans sanitaires, où est la logique ? » demande un patron de PME, dans les Yvelines, qui chiffre ses pertes pour la semaine à plus de 15 000 euros par jour, 60% de son chiffre d’affaires quotidien.

 

« Sans compter les entrepôts logistiques qu’on a du mettre au ralenti, avec du personnel au chômage technique, parce que les camions ne pouvaient pas partir donc pas la peine de les charger, les stocks se sont accumulés, il a fallu gérer ça aussi. Un flocon de neige et c’est tout l’engrenage qui déraille, vous trouvez ça normal ? Les autorités ont fait n’importe quoi. Aujourd’hui nous demandons à l’Etat de nous rembourser au moins une partie des pertes. Pour moi c’est énorme 70 000 euros de pertes sur une semaine, alors qu’on est en pleine période de soldes et que la saint-Valentin arrive, la fin de janvier et les 15 premiers jours de février sont des mois cruciaux pour nous. Alors une semaine à l’arrêt à ce moment là, c’est le bilan de l’année qui s’effondre. On nous a cassé notre chiffre d’affaires sans vraiment de raison valable ». Des scènes, que l’on a aussi pu observer dans toute l’Ile-de-France mais aussi du côté de Senlis, de Soissons, Blois, Orléans, Chartres, ou encore plus loin, dans la Creuse, la Sarthe, l’Eure, dans les régions de la Marne, du Rhône et de la Loire, et aussi plus à l’ouest en Mayenne, sans faire mieux à l’Est, vers les Ardennes. Les professionnels réclament aujourd’hui le paiement d’indemnités pour environ 300 millions d’euros de préjudice total, pour « abus du principe de précaution ».

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *