Prix des carburants : les professions du transport de passagers en difficulté

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La flambée du prix des carburants met en grande difficulté les transporteurs de marchandises, on l’a vu (voir notre article), mais ils ne sont pas les seuls : les professions libérales, taxis, VTC, transporteurs sanitaires, utilisent eux aussi leur véhicule de manière intensive pour travailler et transporter des passagers… Mais depuis dix jours, la plupart reconnaissent être confrontés, comme les transporteurs de marchandises, à un vrai problème : la nécessité de puiser dans les trésoreries, pour faire face à la hausse des tarifs de carburants.

 

Mérédith, chauffeur de taxi à Paris, a encore un peu de gazole dans son réservoir… Mais à chaque nouveau plein, elle sait qu’il lui faudra encore débourser un peu plus que pour le précédent : encore 41 centimes de plus cette semaine, le prix du litre de diesel a dépassé les 1,50 € et elle ne s’en sort plus : « Je n’ai pas les moyens de finir la semaine, et je ne suis pas sûre que mon dernier ravitaillement suffira pour assurer mes courses jusqu’à ce que la crise se dénoue, et que les stations-service ne soient plus aussi chères que des bijouteries ! Je prends donc un maximum de précautions pour économiser la moindre goutte de carburant : je prends la voiture uniquement pour travailler, je ne fais plus rien avec mon taxi pour mes besoins personnels, je fais tout à vélo », explique-t-elle. « C’est comme ça depuis dix jours. Mon vélo est dans mon coffre, et je m’organise de cette manière, c’est la plus efficace que j’ai trouvée, mais cela nécessite beaucoup d’organisation car les temps de trajet ne sont évidemment pas les mêmes à bicyclette ».

 

En Ile de France, comme tous les autres départements de France, les professionnels du transport de passagers en libéral évoquent aujourd’hui d’énormes difficultés pour mener à bien leurs missions de manière rentable, compte tenu des prix des carburants aujourd’hui. « A la rigueur, quand on est confrontés à une pénurie de carburant, on passe sur la liste des professionnels de santé considérés comme prioritaires pour s’approvisionner dans les stations service sur présentation d’un justificatif », explique le patron d’une PME de transport médicalisé. « Mais là, quand il s’agit d’une hausse des prix des carburants, les transporteurs sanitaires sont logés à la même enseigne que n’importe quel autre particulier. C’est juste le plein qui coûte de plus en plus cher, il n’y a pas d’aide particulière ».

 

En Seine Maritime et dans l’Eure, par exemple, ce sont au total près de 40 000 personnes âgées ou malades qui attendent chaque jour qu’une ambulance vienne les prendre en charge. Sauf que certaines PME d’ambulanciers, confrontées à des difficultés de trésorerie, sont obligées de reporter certains trajets, faute de budget pour faire rouler tous les véhicules. « Parmi ces patients, il faut le rappeler, il y a des soins assez lourds, comme des dialysés, des diabétiques, des grands brûlés… ces patients-là, nous avons l’obligation de les transporter, parce que sinon il faut les hospitaliser d’urgence », rappelle la Fédération Nationale des Ambulanciers Privés.

 

L’exaspération monte chez ces professionnels de santé, qui doivent parfois rouler jusqu’à 200 kilomètres par jour, depuis 6 heures le matin jusque vers 21 heures le soir, et qui se retrouvent sévèrement pénalisés par la flambée des prix des carburants : « Nous voyons déjà vingt patients par jour en moyenne ! A un moment il faut que nos pouvoirs publics réagissent et fassent quelque chose. Ce n’est pas normal que nous soyons obligés d’en venir à faire le tri entre nos patients prioritaires et ceux que nous pouvons faire attendre une journée ou deux, c’est scandaleux », réagit de son côté la CATSUF, l’Association des Ambulanciers de France.

 

« Nous sommes joignables 18 heures par jour sur 24 et 7 jours sur 7 », explique Carlos, ambulancier depuis plus de 20 ans en milieu rural, dans la région de Toulouse. « Nos astreintes sont donc très contraignantes, en terme de roulement ou de vie de famille, nous n’avons pas besoin de cette galère supplémentaire que représente l’explosion du budget  carburant et la difficulté, voire l’impossibilité d’effectuer l’intégralité de nos missions si nous ne voulons pas déposer le bilan : je suis ambulancier mais je suis aussi chef d’entreprise, avec une rémunération qui ne suit déjà pas mes amplitudes horaires. Le gouvernement veut protéger la planète et c’est louable, mais avec des hausses inconsidérées comme celles qui nous plombent en ce moment, ils oublient qu’ils font un mal terrible à toutes les professions libérales, dont la notre, qui ne représente que 4% des dépenses de santé mais qui représente un panel de services immenses, auprès de population fragiles, et qui ont un besoin vital de nous voir tous les jours ».

 

 

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