Réforme de la SNCF : grève, enjeux, emploi… toutes les réponses à vos questions

3 commentaires
  1. Pourquoi cette réforme ?

Le gouvernement la veut rapide, et elle doit faire bouger les choses en profondeur : le premier ministre Edouard Philippe a rendue publique ce lundi 26 février 2018 son projet d’avenir pour la compagnie ferroviaire, deux semaines environ après la sortie du rapport Spinetta sur les pistes de réforme pour la SNCF. Le constat, selon Matignon : le rail est dans un état alarmant, le transport ferroviaire en France est de moins en moins rentable, et pourtant il est de plus en plus onéreux pour les usagers, ce qui, selon le gouvernement, tend à prouver qu’il perd d’année en année en efficacité. Edouard Philippe, en préambule, a même évoqué un état de fait « alarmant, pour ne pas dire intenable ». Il souhaite donc, toujours selon ses propres termes, un « pacte ferroviaire neuf pour bâtir une nouvelle SNCF ». Il faut aussi, selon l’exécutif, mettre fin au gouffre financier abyssal que représente la dette de la compagnie aujourd’hui, et qui ne cesse de s’aggraver. Pour ce faire, l’Etat accepte de se réengager davantage et de réinjecter de l’argent, mais sous conditions. Et ces conditions, ce sont les réformes qui doivent permettre à la SNCF de ne pas sombrer.

 

  1. Cette réforme, elle changerait quoi pour les cheminots ?

L’une des mesures symboliques – et donc forcément ultra controversée – du projet, c’est d’en finir avec le fameux statut des cheminots. C’est, déjà, avant même le début des deux mois de concertation prévus par le gouvernement, la pierre d’achoppement des discussions et l’huile sur le feu de la réforme : les cheminots déjà embauchés par la SNCF conserveront leur statut…. Mais ceux qui seront embauchés après la mise en application de la réforme seront alignés sur les dispositions générales du code du travail, et ne seront donc plus bénéficiaires de ces contrats très avantageux : mis en place il y a plus d’un siècle, en 1909, puis complété environ 30 ans plus tard, le statut de cheminot protège le salarié et lui permet de profiter de nombreux avantages qui n’existent pas en dehors de la SNCF : aujourd’hui, sur les 150 000 salariés de la compagnie ferroviaire, 9 personnes sur 10 travaille sous ce régime. Ce qui signifie un emploi garanti à vie (le licenciement n’est pas possible à la SNCF, sauf dans le cas d’une faute grave), mais aussi des avantages en matière de santé, puisque la SNCF possède ses propres centres médicaux dédiés au personnel et entièrement gratuits, et en matière de départ à la retraite, puisque les cheminots peuvent partir à la retraite à 54 ans pour les conducteurs, et 57 pour les autres. Autre avantage non négligeable : une rente équivalente à 75% du dernier salaire, contre 75% de la moyenne des salaires sur les 25 dernières années de travail pour un salarié du privé, par exemple. Les cheminots ont aussi droit à un jour de congé payé en plus par an, et à des voyages gratuits ou à 10% du prix, pour eux et leur famille. Pour rediscuter de tous ces avantages, et imaginer des règles plus « classiques » au code du travail, avec des contreparties réellement adaptées aux contraintes, une négociation de branche est donc prévue. L’idée, c’est que la SNCF soit alignée sur toutes les autres entreprises de transport.

 

  1. Et pour l’emploi, quelles conséquences ?

Le statut sera, si la réforme passe, beaucoup moins rigide, ce qui signifie que la SNCF aura beaucoup plus de flexibilité pour embaucher ou débaucher ses salariés. Petit à petit, en fonction des départs à la retraite, il est probable que les postes étant beaucoup moins verrouillés, et le licenciement passant de l’exception à la norme, une vague d’embauches aura lieu, à tous les échelons et pour toutes les catégories de métiers. En revanche, les nouveaux embauchés, même en CDI, n’auront plus les avantages de leurs aînés. Par contre, la période d’essai à l’embauche devrait être raccourcie : compte tenu des avantages promis, elle pouvait jusqu’alors courir pendant 1 an et demi. Elle repasserait à 6 mois, un an maximum.

 

  1. Vers la privatisation de la SNCF ?

Si certains plaident largement en faveur de la privatisation de la SNCF, notamment certains maires soucieux de leurs petites lignes, menacées de disparition si l’on en croit le rapport Spinetta, et convaincus que seule une privatisation permettrait à la compagnie de redevenir compétitive et donc, de maintenir et développer son réseau, Edouard Philippe a écarté l’idée : l’Etat, d’ailleurs, veut au contraire réinvestir et remettre des fonds dans des titres incessibles, dans le cadre de ce qu’il a appelé, lors de sa présentation à la presse, une « société nationale à capitaux publics » : il s’agirait de modifier le statut de la SNCF en transformant ses deux entités majeures (SNCF Mobilités et SNCF Réseau) en sociétés anonymes à capitaux publics. Pour faire simple, la SNCF est actuellement détenue majoritairement par l’Etat, elle est donc ce que l’on appelle une entreprise publique. Plus exactement, elle est ce que l’on désigne par le terme d’EPIC, Etablissement Public Industriel et Commercial. Un EPIC peut effectivement être transformé en société nationale, c’est-à-dire que son capital, qui appartient entièrement à l’Etat, est transformé en action… mais c’est l’Etat qui détient 100% des actions. Sauf qu’il a alors le loisir de revendre certaines de ces actions, et de procéder ainsi à une privatisation partielle de l’entreprise, comme il l’a déjà fait avec EDF, GDF ou France Telecom par exemple. C’est ce que craignent les syndicats qui dénoncent une « privatisation rampante »  de la SNCF.

 

  1. Si rien ne se passe, la SNCF risque-t-elle de disparaître ?

Pour de plus en plus d’observateurs, le salut de la compagnie ferroviaire passe justement par une privatisation, au moins partielle : une ouverture à la concurrence, mais aussi à de nouveaux marchés, et par ailleurs, des relations plus saines avec sa tutelle, l’Etat, permettraient à la SNCF de réussir sa mutation vers une nouvelle croissance, des bénéfices, une rentabilité retrouvée et donc, des prix plus compétitifs pour les usagers et un encouragement à l’embauche pour les salariés. Ces derniers  pourraient d’ailleurs bénéficier d’intéressements en fonction du chiffre d’affaire et donc, retrouver de nouveaux avantages en compensation de ceux qu’ils auraient perdus. Dans d’autres pays européens, la privatisation, ou en tout cas la suppression du monopole national des compagnies ferroviaires, ont souvent été concluantes : la compensation des pertes par des subventions n’est plus viable aujourd’hui, il faut, selon de nombreux économistes spécialisés dans le ferroviaire, changer de modèle si la SNCF veut survivre. Au Royaume-Uni, en Suède, en Pologne, en Autriche, en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Portugal et en Espagne, des compagnies privées font circuler leurs trains en concurrence entre eux, et avec les opérateurs historiques, et tous semblent ne s’en porter que mieux : « La SNCF a tout à y gagner », explique Yves Crozet, spécialiste des transports et professeur d’économie en université, à Lyon. « Cela veut dire une amélioration du matériel, alors qu’aujourd’hui l’un des problèmes majeurs de la SNCF ce sont des trains et un réseau vieillissant, notamment sur les lignes de TER ou de RER pourtant utilisées par des millions de personnes chaque jour. On a mis l’essentiel des budgets d’investissements ces dernières années, c’est-à-dire 90% des dépenses, sur des TGV qui font 300 000 voyageurs jours, au détriment d’un réseau qui fait 5 millions de voyageurs par jour. Autre avantage d’un changement de statut : un meilleur taux de satisfaction des voyageurs, donc une hausse de la fréquentation. Enfin, libéraliser c’est quitter un système trop rigide, avec 3000 syndicalistes pour une même entreprise, et des habitudes qu’il faut changer ». En Allemagne, la privatisation a fait baisser le taux de subventions de plus de 20%, des sommes qui ont pu être affectées à d’autres dépenses publiques importantes ; en Angleterre, la libéralisation a débouché sur des gares ultra modernes (puisque les opérateurs les entretiennent eux-mêmes), du matériel roulant impeccable et une ponctualité à toute épreuve. En Italie, l’ouverture à la concurrence sur certaines lignes a permis aux passagers d’apprécier des évolutions notables en termes de confort… etc.

La SNCF en revanche, présente aujourd’hui des coûts supérieurs de 30 % en moyenne par rapport aux autres opérateurs européens, avec d’énormes problèmes de ponctualité, d’entretien, de modernisation, de propreté et de confort. Un plan stratégique pour améliorer les choses doit donc être présenté d’ici l’été par Guillaume Pépy, le patron de la SNCF, à la ministre des Transports et au Premier Ministre, afin de préparer progressivement la compagnie à l’ouverture à la concurrence.

 

  1. Et les syndicats dans tout ça ? Va-t-on vers une grève monstre ?

Une grande table ronde démarre cette semaine avec les partenaires sociaux, les associations d’usagers et les élus locaux. Le dialogue doit permettre d’aborder cette question de l’ouverture à la concurrence, sur la feuille de route de la compagnie ferroviaire pour se réorganiser en profondeur, et enfin au printemps, sur la fameuse question du statut du personnel.Si les concertations ne permettent pas d’aboutir à des accords, le gouvernement procédera de toute façon à sa réforme par ordonnances, comme il l’a fait pour la loi travail : pas question de perdre du temps sur le planning prévu, a prévenu le premier ministre. En clair, il s’agit de mettre en opposition les usagers et les syndicats de cheminot… or, on sait que l’opinion est très majoritairement favorable à cette réforme, d’autant que les épisodes de crise de cette année (pannes monstres à Montparnasse l’été dernier ou encore à Noël, par exemple) n’ont pas arrangé l’image de la SNCF aux yeux de ses clients.  Mais les syndicats ont déjà prévenu : ils sont prêts à faire grève illimitée s’il le faut.

 

 

3 réflexions au sujet de « Réforme de la SNCF : grève, enjeux, emploi… toutes les réponses à vos questions »

  1. Makamijmi

    Enorme différence :
    Dans le privé, le montant de la retraite est de 50% de la moyenne des 25 meilleurs années mais plafonné à 1655€ brut par an.

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  2. Makamijmi

    Rectification
    Enorme différence :
    Dans le privé, le montant de la retraite est de 50% de la moyenne des 25 meilleurs années mais plafonné à 1655€ brut par mois.

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  3. bob

    Disparition de tous les acquis sociaux, nos enfants travaillerons tous pour le même smic jusqu’à leurs 70 ans… Bravo les français vous allez être enfin satisfait !! à oui c’est vrai il y a pas d’argent…

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