Routiers en gilets jaunes : la base et les syndicats en désaccord

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Tout le monde s’attendait à ce que les fédérations de transporteurs routiers rejoignent le mouvement (voir notre article), y compris au sein des principaux syndicats : FNTR, OTRE, UNOSTRA…. Finalement, c’est d’eux que sera venue la surprise de ce début de semaine : en plein mouvement des gilets jaunes, et alors que les entreprises de transport de marchandises sont les premières victimes de la hausse des taxes sur les carburants qui fait flamber les prix à la pompe, les fédérations ne souhaitent finalement pas pour l’instant rallier « l’insurrection populaire », pour reprendre les termes de la France Insoumise.

 

C’est la ministre des Transports, Elisabeth Borne, qui l’a annoncée la première : « les transporteurs routiers soutiennent la liberté de circuler et ne veulent pas être associés au mouvement des gilets jaunes, par crainte des amalgames », a-t-elle ainsi déclaré dans les médias, à l’aube du troisième jour de mobilisation. La ministre l’a assuré : elle a bel et bien discuté et rediscuté avec les fédérations nationales de transport de marchandises, et aucune d’entre elle « ne souhaite entrer dans le mouvement ». Il faut dire que le décès d’une manifestante percutée par une automobiliste samedi 17 novembre, mais aussi les dizaines de blessés graves, dont encore un jeune homme de 25 ans percuté par un camion ce lundi 19 novembre 2018 au matin, ont refroidi les ardeurs de transporteurs qui avaient prévu de se mobiliser en même temps que les automobilistes contre la hausse des prix des carburants…

 

L’OTRE, l’Organisation des transporteurs routiers européens a effectivement souhaité que les transporteurs qu’elle représente « ne soient pas engagés dans le mouvement des gilets jaunes », même si le syndicat refuse dans le même temps « toute taxation supplémentaire des poids lourds ». L’organisation va même plus loin, puisqu’elle dénonce la manifestation des gilets jaunes, en plaidant pour la libre circulation des camions, et en dénonçant l’entrave « des poids lourds bloqués contre leur gré en divers points du territoire ». Avant d’ajouter : « si certaines initiatives peuvent voir le jour, elles sont l’œuvre de conducteurs isolés utilisant les véhicules contre la volonté des chefs d’entreprises. (…) Si l’Otre respecte le droit à manifester, elle réaffirme qu’il est hors de question de se lier à une action dont on ne connaît pas ou peu les organisateurs », dans un communiqué adressé à la presse. Communiqué dans lequel elle estime enfin que « sur le fond, les revendications des professionnels routiers, chefs d’entreprise, ne sont pas celles de ces citoyens ».

 

C’est tout de même ignorer le fait que les chauffeurs et les personnels des entreprises de transport sont eux aussi des citoyens, inquiets pour leur pouvoir d’achat : sur le terrain, en réalité, les chauffeurs soutiennent la manifestation des gilets jaunes et s’y joignent de manière discrète : alors que les gilets jaunes bloquent certains dépôts de carburants et des plateformes logistiques pour encourager les routiers à les rejoindre dans la mobilisation, les chauffeurs de poids lourd se disent solidaires, et patientent gentiment, faute de pouvoir participer activement : « j’espère être bloqué à l’intérieur d’un rond-point, pour participer mine de rien à la manifestation », confie l’un d’eux.

 

D’autres avouent : « on dit au patron qu’on est bloqué par la manifestation, mais en réalité on se positionne à l’arrêt dans des endroits un peu stratégiques pour aider les gilets jaunes ». D’autres, ont posé des jours de congé, des RTT ou déposé un préavis de grève pour pouvoir participer à la mobilisation. Bref, pas si minoritaires que voudraient le dire leurs organisations syndicales ou la ministre du travail, les chauffeurs tentent de soutenir à leur manière les opposants à la flambée des prix du gazole : « on est inquiets nous aussi pour notre pouvoir d’achat, chaque chauffeur est aussi un citoyen et un contribuable inquiet pour son train de vie, sa famille et ses dettes à honorer », explique l’un d’eux. « La flambée des prix des carburants risque de menacer nos emplois et l’activité économique du secteur bien plus que quelques jours de blocage où on va rouler au ralenti. Il faut savoir choisir ses combats ».

 

 

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