Transports aériens : la taxation demandée par la France peut-elle nuire à l’emploi ?

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C’est ce jeudi 6 juin 2019 que la France va demander, en conseil des ministres européens à Luxembourg, la mise en place d’un nouveau système de taxation des transports aériens à l’échelle de l’Union Européenne. Objectif : favoriser la transition écologique. Oui, mais pour l’emploi, quelles risquent d’en être les conséquences ? C’est la question que nous nous sommes posée, en tant que spécialistes de l’emploi dans les transports. Difficile d’y apporter une réponse claire et nette, mais voici ce que les spécialistes en pensent…

 

« C’est un enjeu de toute façon inévitable pour le transport aérien, depuis la prise de conscience écologique assez brutale des citoyens européens cette année, et les appels au boycott des transports aériens lancés par de plus en plus de collectifs et d’organisations », estime la DTA, la Direction du Transport Aérien sous l’égide du Ministère des Transports français. « Ignorer ces changements nécessaires dans l’économie du transport aérien et faire la sourde oreille serait inutile, car ce serait de toute façon reculer pour mieux sauter. Le réchauffement climatique est un fait, le transport aérien consomme une quantité inouïe de kérosène, le kérosène est l’un des plus gros pollueurs au monde…. Il faut en prendre acte et agir. Ceci posé, Emmanuel Macron et l’exécutif français ont bien insisté sur le fait que l’Etat aidera les compagnies françaises à assumer cette transition écologique, et que la France insistera à l’échelle européenne pour que cette transition se fasse dans un strict respect des règles de la concurrence loyale, pour éviter toute distorsion de traitement entre les compagnies des différents pays de l’UE. Pour l’emploi, si les compagnies gèrent bien cette évolution nécessaire et travaillent ensemble à trouver de nouveaux modes de consommation de carburant plus propres et plus éco responsables, si les investissements sont bien menés, cela devrait au contraire à terme être favorable : quand le transport aérien sera devenu un mode de déplacement plus soucieux du climat et plus propre, les appels au boycott n’auront plus lieu d’être et l’économie du secteur pourra fonctionner plus sereinement ».

 

Ce point de vue est à l’opposé, cependant, de celui de la FNAM, la Fédération Nationale de l’Aviation Marchande, qui estime que dans l’immédiat, la taxation du transport aérien menacerait entre 3000 et 4000 emplois en France : « On estime à environ 350 millions d’euros les pertes financières liées à cette mesure si elle était adoptée », estime la Fédération. « 250 millions d’euros rien que pour Air France, qui se bat depuis des années pour mettre en œuvre son plan de développement et sauvegarder un maximum d’emplois, alors que la dernière décennie a été compliquée dans ce domaine, avec une succession de plans et de négociations douloureuses. Pour rappel, jusqu’à présent, le kérosène était exonéré de deux taxes : la TVA et la TICPE, la Taxe Intérieure sur la Consommation de Produits Energétiques. Remettre tout cela en cause va forcément peser sur l’emploi, alors que les campagnes anti transport aérien ont déjà fait reculer la part de marché des compagnies françaises d’au moins un point sur la dernière décennie. Pourtant, c’est un secteur économique plein de promesses et d’avenir, avec un vrai potentiel de développement. Ce n’est pas en nous coupant les vivres qu’on aura les moyens d’investir sur des appareils propres ou d’embaucher pour se développer ».

 

Selon l’Agence Européenne de l’Environnement, « ce n’est pas l’emploi qui doit pâtir des mesures en faveur de la transition écologique, et c’est un chantage malsain du secteur qui sait très bien que c’est un mal nécessaire, et même une question de survie. Aujourd’hui, un passager en avion pollue deux fois plus sur son trajet que s’il prenait sa voiture, 20 fois plus que s’il prenait le train. Et ça n’est plus acceptable à l’heure où l’on sait que la survie même de millions d’espèces et même la nôtre, sont en jeu. LOACI, l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale, estime elle-même que le transport aérien produit à lui seul 2% des émissions mondiales de CO2, c’est énorme ! » D’autant que les projections indiquent que le nombre de passagers devrait encore doubler pour le transport aérien d’ici 2040, pour atteindre les 8 milliards de personnes par an, pas vraiment une mauvaise nouvelle pour l’emploi…. (lire notre article Le transport aérien promet une recrudescence des embauches et aussi 65 millions d’emplois aujourd’hui près de 100 millions demain).

 

De son côté enfin, l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA), dirigée par le Français Alexandre de Jugnac, ex patron d’Air France, estime que cette taxation n’est pas nécessaire car « l’industrie est ultra mobilisée dans sa recherche et développement pour faire baisser les émissions polluantes des avions, comme le secteur s’y est engagé puisqu’il a promis d’améliorer son efficacité énergétique de 1,5% chaque année depuis maintenant près de 10 ans, de stabiliser ses émissions de CO2 à partir de l’année prochaine, et de les diminuer de moitié d’ici 2050 ! De plus en plus de grandes compagnies investissent d’ailleurs de plus en plus dans des appareils plus propres, qui volent notamment avec du bio carburant : la prise de conscience existe, mais on parle d’investissements très lourds, renouveler une flotte ne se fait pas du jour au lendemain, et il faut laisser le temps aux acteurs du secteur de faire les choses sans se mettre économiquement en péril, car c’est là que l’emploi en souffrirait ».

 

 

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