Trop cher TGV : chronique d’une mort annoncée ?

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De plus en plus, dans l’opinion publique, se dégage via les sondages et les enquêtes un sentiment de ras le bol face à la cherté du train en France. Un sentiment qui se base à la fois sur des réalités objectives, mais aussi sur une appréciation subjective de chacun en rapport avec ses opinions politiques, syndicales, son passif -ou pas- avec la SNCF, les cheminots, les grèves etc… Et bien sur, en rapport avec la distance qu’il peut parcourir en train chaque année, pour son travail, ses vacances… et le budget qu’il va y consacrer.

 

« Objectivement, en France les TGV restent 30% moins chers que dans le reste de l’Europe », se défend la SNCF. Mais en face, de nombreux clients et élus estiment qu’en tant que l’un des derniers services publics du pays, la SNCF devrait pratiquer des tarifs plus raisonnables. « Quand il n’y a pas des retards de 20 à 30 minutes quasiment tous les jours sur de nombreuses lignes, il y a des suppressions de trains, le tout avec un manque total d’information. Or, quand on paye un billet, on est en droit d’être bien transporté non ? » estime Gérard Dupagny, président de l’association d’usagers « À fond de train ». « Le billet, déjà cher, a de surcroît augmenté en 2014 à cause de la TVA. Cette dernière, pour le train, a doublé en quelques années, passant de 5 à 7% puis de 7 à 10%, et elle a fatalement été répercutée sur le prix du billet« , ajoute-t-il.

 

billet tgv« Le sentiment de cherté est indéniablement présent dans l’opinion », reconnaît Barbara Dalibard pour la SNCF Voyages. « Mais les tarifs du train ont aussi augmenté avec ses performances en termes de vitesse », rappelle-t-elle. « La grande vitesse est beaucoup plus coûteuse que la vitesse conventionnelle, et elle fait passer du temps aux usagers. Le prix d’une rame TGV est par ailleurs trois fois plus élevé qu’une rame de TER« , argumente encore la directrice de SNCF Voyages. « Il faut aussi payer les péages à Réseaux Ferrés de France, et les péages ont augmenté de 37% en 5 ans alors que dans le même temps le prix des TGV n’a progressé que de 10% sur 5 ans. Nous sommes donc en dessous de l’inflation et nos marges ont énormément baissé sur les TGV. Mais cela, l’opinion publique ne veut pas l’entendre ».

 

Le conseil d’administration de la SNCF s’est même réuni tout récemment, le lundi 21 juillet 2014 pour étudier la question de la rentabilité du TGV, qui devient critique : la fréquentation des TGV est à la baisse depuis plus de deux ans, et l’entreprise est condamnée à faire le choix de ne pas trop augmenter les billets pour ne pas aggraver cette désaffection de la clientèle. « L’équation économique est de plus en plus complexe« , estime la direction de la SNCF, qui a plusieurs scénarios possibles pour redresser la barre : soit réduire le nombre de gares desservies par le TGV pour se contenter des quarante plus grosses gares du pays, toutes les autres n’étant plus consacrées qu’aux Intercités et aux TER… et augmenter le nombre de TGV à deux étages. Seconde possibilité : utiliser les 400 rames TGV davantage qu’aujourd’hui (5 heures par jour chacune en moyenne), pour pouvoir proposer plus de billets à la vente, donc baisser les prix tout en revenant à l’équilibre… Sauf que cela induirait des millions d’euros de dépenses supplémentaires consacrées à la sécurité, à la maintenance et au remplacement du matériel roulant, car il vieillirait deux fois plus vite. Dernier scénario, le plus probable pour éviter la mort, à terme, du TGV à la française : réduire ses coûts d’exploitation et augmenter sa productivité… Ce qui veut dire, concrètement, faire porter l’essentiel des réductions de dépenses et de l’effort par le personnel.

 

Sur les forums consacrés au sujet, les avis des internautes sont partagés : « pourquoi la SNCF tgv à quaivend elle des billets de train à des prix de plus en plus prohibitifs ? Impossible de concurrencer la voiture ! » demande Guillaume, qui suggère :  » ne serait ce pas mieux de réduire le nombre de wagons pour les trains où il y a peu de fréquentations et d’en rajouter pour ceux où il y a de la demande, en cassant les prix pour les ramener au prix d’un voyage en voiture ? Pourquoi des cartes de fidélité si chères et aussi peu de réductions ? Est ce pour dégoûter le conducteur automobile du train et le pousser à prendre sa voiture ? »

 

Le phénomène de baisse des prix dans l’aérien, constant depuis plusieurs années, avec des politiques tarifaires agressives et largement revendiquées par les compagnies via d’immenses affiches 4 par 3 dans le métro et sur les autoroutes, semble aussi nettement avoir contribué à renforcer le sentiment de l’opinion publique que le TGV est cher : « c’est deux fois plus cher de voyager en train qu’en voiture, car en voiture tu peux être plusieurs et donc diviser le coût global du trajet par le nombre de passagers. Mais si tu regardes l’aérien, alors là, ça saute encore plus aux yeux que le TGV est cher, puisqu’en avion tu payes aussi ta place individuellement… Comparez les vols charters Bordeaux Madrid avec seulement un mois d’avance voire deux semaines, et essayez de faire la même chose avec le train… C’est sans appel », écrit Stephane, un autre internaute, qui se dit « indigné car le train devrait être l’un des moteurs de l’Etat pour l’écologie et notre indépendance vis à vis du pétrole ». « En tant qu’étudiante de plus de 25 ans, je vais être obligée de m’acheter une voiture pour éviter les tarifs abusifs du train, alors que j’aurais bien voulu continuer sur la lancée de ma carte 12/25 », écrit Sophie. Tandis que Vincent prend le contrepied de tout cela, « alors qu’il ne travaille pas à la SNCF et qu’il est un utilisateur très occasionnel de ce service » : lui, « prend le train pour les grands trajets, les week ends et les vacances », et défend ce moyen de transport qu’il considère comme « valant son prix, car il est moins dangereux, moins fatiguant et plus économique que la voiture quand on s’y prend suffisamment à l’avance ». Mais qui, plus loin, écrit qu’il « regrette que les trois quarts des bonnes affaires ne soient valables qu’en partance de Paris et que les tarifs doublent, voire triplent pendant les week ends et les vacances scolaires comme c’est actuellement le cas ».

 

tgv sur un pontLes disparités régionales, voilà un autre grief de plus en plus marqué des usagers. Ainsi, les Lillois, qui pâtissent de tarifs de TGV particulièrement prohibitifs, la ligne Lille Paris faisant partie des trois plus chères de France : 28,3 centimes d’euros le kilomètre contre 23 centimes pour un Lyonnais et 17 centimes pour un Bordelais. De même, les habitants du Mans, qui paient encore plus cher, 29 centimes le kilomètre, et ceux de Tours qui remportent la palme : 30 centimes le kilomètre. Par ailleurs, les prix augmentent semble-t-il plus vite sur ces lignes qui sont déjà les plus chères… Et les plus courtes ! +3,8% de hausse pour les tarifs de la ligne Paris Lille en 2013, contre 2,3% d’augmentation nationale en moyenne. Ainsi, la SNCF financerait ses lignes déficitaires avec ces lignes qui font toujours le plein quels que soient la période et les tarifs. Insupportable pour certains élus, comme Bernard Roman, député PS du Nord, qui estime que « les tarifs du TGV Nord sont d’autant plus injustifiables que la région Nord Pas de Calais et la communauté de communes de l’agglomération lilloise contribuent massivement au financement de la Ligne à Grande Vitesse Nord ». La Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports (FNAUT), elle, pointe du doigt le grand écart entre les périodes normales et les périodes de pointe, sur les lignes les plus prisées des vacanciers.

 

À cinq ans de l’ouverture du marché français, la SNCF a aujourd’hui tout intérêt à se préparer pour devenir plus compétitive et retrouver l’adhésion de ses usagers. Une baisse des prix, à terme, est de toute façon inévitable si la Compagnie ne veut pas couler. « Si le train continue à être trop cher, des millions de Francais vont retrouver le réflexe systématique du recours à la voiture », explique Pascal Perri, auteur de l’ouvrage « SNCF, un scandale français » publié aux éditions Eyrolles. Seule issue selon certains experts, pourtant peu évoquée : segmenter l’offre de la SNCF sur le modèle de l’aérien et donner le choix au consommateur entre des trains business très onéreux, bénéficiant des meilleurs horaires, et des trains low cost à prix cassés, mais au confort minimal et aux horaires moins pratiques. Sauf que là, on s’éloigne pas mal de la notion de service public… De toute façon, il y a urgence : les « grèves de voyageurs » se multiplient… Les incidents (retards, annulations) et les accidents (Bretigny-sur-Orge, Denguin) aussi. Et la contestation risque de devenir nationale.

6 réflexions au sujet de « Trop cher TGV : chronique d’une mort annoncée ? »

  1. Beyle

    Mais qui a prétendu que le train devait être moins cher que la voiture ? Les autoroutes sont amorties depuis longtemps
    Et le comparer à l’avion me fait doucement rigoler ! Un avion a besoin de deux aéroports et c’est tout quand un train a besoin de deux gares et plusieurs centaines de kilomètres d’infrastructures à surveiller et entretenir en permanence.

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    1. Amigo

      Réponse très simpliste et sans véritable apport au débat. Un avion nécessite également beaucoup d’entretien et de vérifications, et le réseau aérien est également constamment contrôlé. La différence se situe principalement sur la gestion. Quand le réseau ferroviaire sera ouvert a la concurrence nous verrons des prix plus attractifs et nous aurons aussi moins de problèmes sur ce réseau.

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  2. Rozé

    Bonjour,
    Le train est d’abord un transport en commun public et doit le rester.
    Le TGV est cher certes pour de bonnes raisons économiques. On peut comprendre que la Sncf ne doit pas perdre d’argent mais on peut aussi se demander si le prix de location des lignes à grande vitesse n’est pas prohibitif du fait que les TP ont pratiqué le dumping des prix. On peut également s’interroger sur le choix du TGV qui privilégie les liaisons inter grandes métropoles et concourt au désert du reste du pays. Je pense que la politique des liaisons rapides est néfaste de ce point de vue; par exemple elle permet aux grandes entreprises de la RP d’envoyer leurs cadres aux 4 coins du pays au lieu de créer des agences locales et donc un tissu d’emplois localisés. Enfin, la politique de réservation des billets TGV est très désagréable pour l’usager lambda qui prend le train régulièrement mais pas chaque jour et sur ses fonds propres. En effet savoir que les prix fluctuent pour un même trajet semble assez aberrant même si la politique commerciale et/ou marketing le justifie. D’autre part les serveurs et la formation des personnels de guichet et le temps d’attente à ces guichets coûtent très cher tant à la Sncf qu’à l’usager. Dernier reproche lié à cette réservation: la trop grande difficulté à se faire rembourser et la pénalité parce qu’on a raté son train; selon moi un acte anti commercial.
    Enfin sur certaines liaisons comme Paris Lille ou Paris Valenciennes, le TGV n’est pas justifié vu le faible gain de temps obtenu. A ce sujet le TGV Paris Valenciennes est plus lent qu’un Intercités (TGV = plus de 2h), Intercités équivalent Paris Aulnoye = 1,5h). Il devrait y avoir un Intercités Paris Lille afin de ne pas obliger l’usager lambda à prendre le TGV.
    J’aurais encore beaucoup de choses à dire, n’hésitez pas à me contacter.
    Cordialement

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  3. Assaraf

    Je suis dans le TGV Paris Strasbourg 13 h 55 billets acheté trop cher et pas de place assise dans le train le contrôleur essaie de me trouver une place j’ai 60 ans et vient de subir une opération assise par terre au bar je trouve ça très fort pourquoi vendre des places quand le train est complet????

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  4. Christophe

    4 ans plus tard, le sentiment est le même. La SNCF a complètement craqué et n’existe encore que par son monopole.

    Exemple récent datant d’une dizaine de minutes : 550€ pour un week-end en Bretagne (Vannes) dans un mois à deux, en 2nd classe, en partant de Bordeaux. Normal, il faut passer obligatoirement par Paris ! Et donc par deux TGV bien cher comme il faut. Alors qu’avant on avait notre petit TER pour aller à Nantes, plus long (et encore…) mais surtout beaucoup beaucoup (beaucoup) moins cher. Résultat, je vais prendre ma voiture, et tant pis pour l’écologie !

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