Abandon du projet Notre-Dame des Landes : quelles conséquences pour l’emploi ?

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Après, donc, un demi siècle d’hésitations, de tergiversations, d’avancées pour mieux reculer, de mise en carton, d’exhumation des cartons, de remise en carton, de bras de fer, d’évacuations manquées de la ZAD, bref… après des décennies de rien, si ce n’est beaucoup de discussions mais peu d’actes, le gouvernement Edouard Philippe a tranché. L’aéroport Notre Dame des landes restera une Arlésienne, un serpent de mer, comme on dit. Un projet mort-né, avorté, renoncé. « Il n’y avait pas de bonne décision », a expliqué le premier ministre. Et il a, quelque part, raison : sur ce projet d’aéroports, les partisans du pour comme ceux du contre avaient tous des arguments recevables, convaincants, plutôt valables. Pour, ou contre, là n’est désormais, de toute façon, plus la question. En revanche, on a enfin des éléments tangibles, une vision claire des choses, pour pouvoir en tirer les conséquences en termes de retombées économiques – ou pas -, de créations d’emplois – ou pas. Encore que, même sur ce sujet là, les partisans et les détracteurs de ce fameux aéroport du Grand Ouest n’accordent pas non plus leurs violons.

 

De manière objective, il est évident que la création d’un nouvel aéroport, ex nihilo, aurait généré des centaines d’emplois. Sur le chantier, sur le site de l’actuelle ZAD (Zone à Défendre), la création d’une telle infrastructure aurait permis, selon Alain Mustière, partisan du projet, président de l’association Des Ailes pour l’Ouest, mais aussi ancien président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nantes, donc tout de même un peu au fait des problématiques, de faire travailler environ 3000 personnes, ouvriers du BTP mais aussi transporteurs de matières premières et de convois exceptionnels, entre autres, pour ce qui nous concerne.

 

Par la suite, Alain Mustière estime que les activités liées, au quotidien, au trafic de passagers et de fret du nouvel aéroport, aurait permis de générer environ 700 emplois par million de passagers. L’aéroport actuel de Nantes enregistre 5 millions de passagers par an, un record en 2017, avec une croissance de près de 15% par an, et des estimations à 9 millions de passagers, soit quasiment le double de maintenant, d’ici 2040, dans 22 ans. Bref, cette croissance obligera forcément à adapter l’emploi, avec quelques 2500 à 3000 embauches dans le quart de siècle qui vient, mais quel que soit le site, on ne voit pas pourquoi cela serait remis en question. Puisque l’actuel aéroport de Nantes sera finalement agrandi, aménagé, modernisé, pour faire face à cette demande croissante et éviter l’engorgement. Il y aura donc aussi, de toute façons, des créations d’emplois sur ce chantier là, et il n’est pas dit qu’elles n’atteignent pas les chiffres estimés pour la création ex nihilo d’un nouvel aéroport, car pour adapter celui de Nantes Atlantiques, il y a du boulot !

 

Là où, en revanche, l’équilibre entre plan A et plan B ne semble pas pouvoir se réaliser, c’est pour tout ce qui aurait pu concerner les terrains libérés à Nantes par la disparition de l’aéroport actuel, à la faveur de celui de Notre Dame des Landes, si le gouvernement avait choisi l’option d’aller au bout du projet. L’ancien aéroport une fois rasé aurait permis de créer une zone d’activité, commerciale, industrielle, logistique, à forte valeur ajoutée car extrêmement bien située par rapport à la capitale de l’ouest. Le départ de la plateforme pour NDDL aurait permis d’accueillir des entreprises à hauteur de 4 ou 5000 emplois, selon certains. Airbus aurait ainsi exprimé son intérêt pour créer à cet endroit un pôle de recherche et développement, racontent certains farouches défenseurs du transfert d’aéroport. Reste que les terrains ne manquent pas autour de Nantes pour ceux qui désireraient vraiment s’y installer, et que, d’autre part, selon les rapports d’expertises successives, quelques 500 agriculteurs vont pouvoir continuer à exploiter les 650 à 1600 hectares de terres de la zone Notre Dame des Landes, ce qui n’aurait pas été possible si le projet avait été au bout.

 

Malgré tout, il flotte comme un très net parfum de regrets du côté du patronat du Grand Ouest, qui était largement favorable au projet de nouvel aéroport à Notre Dame des Landes. D’après notamment le collectif qui s’est créé pour porter le dossier, autour des chambres de commerce, du Medef, de diverses fédérations patronales, près d’une quarantaine d’instances économiques au total et qui estiment porter la parole de 300 000 entreprises, la construction de l’aéroport du grand Ouest aurait permis la création de 10 000 emplois sur 10 ans, et même davantage si on prend en compte les effets positifs annexes d’un tel nouveau pôle d’attractivité : arrivée autour de sièges sociaux, notamment, tandis qu’à l’inverse l’abandon du projet leur fait craindre des « délocalisations massives vers Paris ».

 

Enfin, les partisans du projet, déçus, en colère, pointent le déficit pour l’emploi que représente le renoncement à tous les aménagements du territoire directement ou indirectement liés, s’il avait vu le jour, à l’aéroport de Notre Dame des Landes. Notamment, pour les transporteurs, le manque à gagner que représente le « non aménagement » ou la « non construction » de routes facilitant les échanges et enrichissant l’ensemble du réseau grand ouest, trop enclavé par rapport au reste du territoire, et qui aurait gagné à cette amélioration des grands axes et des points d’accès. « On renonce ainsi à une amélioration globale de l’accessibilité des entreprises par rapport à leurs clients, à leurs fournisseurs, mais aussi à une amélioration de leur visibilité dans le paysage économique global, très concurrentiel et où ce genre de détail a une grande importance en réalité », explique le « Club des Trente », qui regroupe de grands patrons de l’ouest de la France. « L’autre problème, pour nous, patrons, c’est le fait que le président de la République renonce à la parole donnée, d’aller au bout du projet. Cela provoque un immense choc de confiance au sein du monde économique, qui voit remis en questions tous ses projets dans le grand ouest, les projets, les calculs, réalisés et planifiés depuis 50 ans ».

 

Pour tous, notamment les représentants du Medef 44, extrêmement désappointés, il faut désormais, puisque le renoncement est « irrévocable » selon les mots du premier ministre, lancer de manière urgente le réaménagement de l’actuel aéroport de Nantes, pour « limiter les dégâts » et « tenter d’absorber la croissance du trafic aérien sur la zone grand ouest ». Pour autant, certains patrons se sont démarqués largement, hier mais aussi depuis longtemps, pour exprimer leur soutien à cette option de réaménagement de l’aéroport de Nantes Atlantique : Notre Dame des Landes aurait représenté un surcoût important en matières de taxes pour les compagnies aériennes, et fait fuir les compagnies low cost, qui portent aujourd’hui l’essentiel du trafic aérien et sont gages de croissance et d’emplois. Le maintien sur le site actuel est donc, pour ces patrons là, rares mais ravis, un choix plus avantageux, notamment pour le tissu économique du sud de la Loire. Selon Jean-Michel Mousset, président du groupe de transport du même nom, « le transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes aurait signifié un enclavement définitif et un coup de frein économique pour toute la Vendée ». La Vendée où d’ailleurs, une pétition contre le projet Notre-Dame des Landes avait rassemblé 57 000 signatures parmi lesquelles de très nombreux patrons.

 

 

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