Réforme ferroviaire : les concurrents de la SNCF vont devoir embaucher

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On en voit déjà circuler quelques uns : des trains italiens sur les voies ferrées de France vers la région bordelaise, ou en région Provence Alpes Côte d’Azur, des trains express régionaux gérés par des Allemands, des Anglais ou des Chinois de Hong Kong. Ils sont la preuve concrète que les concurrents de la SNCF élaborent en ce moment même des tests, pour mettre en œuvre, très concrètement et dans un proche futur, les conditions de leur développement en France : RATP Dev, MTR, Keolis, DB, Thello, Transdev…. Autant de logos qui pourraient fleurir sur les trains traversant l’hexagone.

 

En tout, une bonne dizaine d’entreprises sont prêtes à s’engouffrer dans la brèche de l’ouverture à la concurrence. Transdev, par exemple, une société privée française qui s’est déjà fortement développée en Allemagne, où elle exploite des lignes régionales. Avec, à l’en croire, des résultats qui dépassent de loin ceux de la compagnie publique historique outre Rhin : la Deutsche Bahn : « Quand nous avons repris cette ligne, moins de 500 voyageurs l’utilisaient quotidiennement. Nous avons installé des fréquences de trains plus élevées, sur une amplitude horaire journalière plus importante, et proposé du matériel roulant neuf, moderne, confortable et design. Et nous sommes passés à 23 000 personnes qui voyagent chaque jour sur cette ligne à bord de nos trains », explique la direction de l’entreprise.

 

« Et c’est ce que nous ferons également en France : l’idée, c’est d’offrir une meilleure qualité de service pour permettre de revitaliser des petites lignes. Nous allons nous concentrer sur les lignes TER en province et sur les lignes de Transilien en Ile-de-France. Et nous appliquerons en France notre recette allemande : propreté, ponctualité, personnel. Si un seul train n’est pas à l’heure nous payons une amende, c’est convenu avec les régions ». Selon l’INSEE, 98 % de la mobilité est locale et représente moins de 80 kilomètres pour les Français. Or, l’offre de la SNCF sur la mobilité du quotidien est cruellement sous-capacitaire, ce qui signifie que de nouvelles entreprise arrivant sur ces créneaux trouveront largement de quoi développer leur activité, et multiplieront par deux, voire 3 ou davantage, le nombre de trains en circulation. Logiquement, il faudra créer de l’emploi en proportion pour pouvoir développer cette offre, dont la demande existe déjà sans être satisfaite.

 

Tous ces concurrents potentiels de la SNCF observent de très près la réforme actuelle, alors qu’un texte commun vient d’être adopté par sénateurs et députés, et que le projet pourrait être définitivement voté d’ici à l’été 2018. S’ils obtiennent la gestion de certaines lignes, ils devront, certes, y reprendre les cheminots qui y travaillent, avec leur statut : emploi à vie, même rémunération et même temps de travail ; mais pour réaliser des économies, ces entreprises pourraient leur demander en échange davantage de polyvalence. « Par exemple, un conducteur de train pourra être tenu d’aller chercher son matériel dans les ateliers, d’exploiter son train, mais aussi le nettoyer, savoir le réparer a minima, etc… », explique l’Association Française du Rail, qui connaît le dossier par cœur. « En Allemagne chez Transdev, le contrôleur vend aussi des billets en gare avant le départ, et le conducteur se charge de faire le plein de carburants ». De nouvelles règles pour les cheminots dans des entreprises concurrentes de la SNCF : c’est l’une des grandes craintes des syndicats. Mais les nouvelles embauches se feraient, dans ces entreprises comme à la SNCF, en dehors du statut de cheminot, qui disparaîtra petit à petit au fur et à mesure que les personnes détentrices de la condition partiront à la retraite.

 

Et de nouvelles embauches, il risque d’y en avoir en conséquence de cette ouverture à la concurrence : une dizaine de nouvelles entreprises susceptibles de se développer sur le marché français, c’est la promesse de nouveaux emplois pour accompagner le renouveau de ces centaines de petites lignes évoquées plus haut, et qui pourraient voir multiplier par 50 ou par 100 le nombre d’usagers les utilisant… donc, requérir davantage de main d’œuvre. Surtout, ce sont des compagnies qui possèdent d’autres services de transports et qui, en se développant en France sur le rail, pourraient être tentées de se développer aussi sur d’autres secteurs : par exemple Transdev, qui transporte déjà 10 millions de passagers chaque jour dans le monde, par train mais aussi bus, ferry ou tramway, et compte déjà 82 000 salariés. Transdev n’est pas la seule entreprise à s’intéresser au rail français : l’italienne Trainitalia ou encore la Deutsche Bahn, sont aussi sur les rangs.

 

Du côté du transport de voyageurs comme du coté du fret, l’ouverture du marché va booster les chiffres de l’emploi : des dizaines d’entreprises se sont déjà positionnées et sont prêtes à investir en force le créneau du fret. Pour faire face, la SNCF devra elle-même recruter, et vite : aujourd’hui, elle emploie en 2018 le même nombre de personnes, à peu de choses près, qu’en 1970, soit 55 000 personnes. Pour 2018 déjà, plus de 1000 postes de conducteurs sont à pourvoir, pour pouvoir assurer toutes les liaisons prévues malgré la grève. Et à terme, pour pouvoir maintenir un développement de l’activité et garder la tête hors de l’eau face à la déferlante des concurrents. C’est l’une des vertus de la concurrence, d’ailleurs : sortir du monopole oblige à se remettre en question, et à mettre les bouchées doubles !

 

2 réflexions au sujet de « Réforme ferroviaire : les concurrents de la SNCF vont devoir embaucher »

  1. Michel HENRY-BLANC

    La concurrence dans le Fret ferroviaire existe depuis le début du siècle et une trentaine d’entreprises ferroviaires sont titulaires d’une licence et d’un certificat de sécurité (voir site de l’EPSF).
    Cdlt, MHB

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