SNCF : 200 postes menacés dans la branche fret ferroviaire… qui veut rebondir

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Ce sont les syndicalistes de la SNCF qui l’ont appris aux médias, ce vendredi 26 avril 2019 : quelques centaines d’emplois pourraient être menacées au sein de la branche fret de la SNCF. Plus précisément, environ 200 postes seraient sur la sellette, pour cause de restructuration : « C’est la direction de la SNCF qui nous a présenté son plan pour les mois qui viennent, avec en première ligne de l’écrémage les postes d’encadrement et ceux que l’on dit d’appui, les PAC, pour Pôle d’Apui Conduite, surnommés Pac Men en interne : en clair, ceux qui officient dans la hot line interne de la compagnie et qui assistent les conducteurs en cas de panne de leur train, ou de souci technique », explique un représentant du personnel de la CFDT. Ils réceptionnent les appels, aident à diagnostiquer les problèmes, connaissent par cœur le matériel roulant et sont réputés pour leur sang froid. Ils sont tous d’anciens conducteurs expérimentés.

 

Selon les sources, la direction du fret SNCF pourrait aussi passer de quatre pôles distincts à un seul, à partir de 2020, avec la suppression induite de tous les postes doublons. Selon l’Union Syndicale des Syndicats Autonomes (UNSA Ferroviaire), « cela porte à près de 600 le nombre de postes supprimés dans le fret en 2 ans, environ 300 en 2019 auxquels s’ajoutent ces 200 postes supplémentaires. Si on regarde dix ans en arrière, le fret ferroviaire est passé dans notre entreprise de 15 000 personnes à environ 5000 salariés ». La direction se refuse pour le moment à confirmer ou infirmer ces chiffres, ou à les commenter, mais les experts en logistique confirment cette mauvaise tendance pour le fret ferroviaire depuis deux ans : « autant 2017 avait été une année fructueuse, avec des trafics en hausse et une conjoncture favorable, autant depuis, c’est un secteur qui souffre et doit se serrer la ceinture en termes d’emplois », estime ainsi l’Arafer, l’Autorité de Régulation des Activités Ferroviaires et Routières, qui possède son propre observatoire du secteur.

 

« Les tensions sociales générées par le projet de réforme ferroviaire ont été le déclencheur du début de la fin, alors que les commandes étaient au rendez vous et que les clients se disaient enfin satisfaits des services de Fret SNCF. Et puis les grèves à répétition ont cassé la belle mécanique et les clients sont partis, fatigués de devoir expliquer à leurs clients pourquoi ils subissaient des retards à répétition », analyse un économiste spécialiste des transports à l’Université de la Sorbonne, à Paris. Nous vous en parlions à l’époque, le mouvement social aura eu un impact grave sur l’activité et donc, il fallait s’y attendre, sur l’emploi : lire notre article.

 

« Les conséquences auraient pu être bien plus lourdes encore si nous n’avions pas réagi très vite et réorganisé la branche en profondeur », explique en off un cadre de direction, proche de Guillaume Pépy. « Nous avons fait évoluer notre organisation, avec par exemple la création d’un guichet unique qui a permis de faire rouler le plus grand nombre possible de trains de fret pendant la grève, alors même qu’ils n’étaient pas prioritaires sur le réseau par rapport aux trains de marchandises ; il y a 8 mois, en septembre 2018, nous avons aussi créé le projet Nouvel’R, une nouvelle politique très largement tournée vers le client pour le fidéliser au maximum et affronter l’ouverture à la concurrence ; mais il y a encore des PME fragilisées par le mouvement de grèves qui se battent aujourd’hui, des mois et des mois après, pour ne pas faire faillite, et nus n’avons pas eu les moyens de les dédommager à la hauteur de ce qu’elles espéraient ; cela a durablement abîmé notre relation à de très nombreux petits clients, hélas. »

 

Pour autant, la SNCF ne désespère pas de relancer l’activité fret grâce à la réorganisation et la restructuration engagées, et de pouvoir, à terme, réembaucher : « Le trafic est là et bien là, il y a des besoins et ils se développent, car le ferroviaire est la clé du développement durable (lire notre article). A l’étranger, certaines entreprises du fret ferroviaire comme VFLI (une filiale de la SNCF !) ou Europorte gagnent de l’argent et recrutent. Le fret ferroviaire est le mode d’alimentation le plus important dans les projections de demain, pour alimenter les terminaux et les plateformes logistiques. Il réembauchera c’est une certitude, surtout si le projet des routes de la soie avec la Chine se concrétisent (lire nos articles : les nouvelles routes de la soie et quel intérêt pour l’emploi ?) mais à la condition sine qua non de se moderniser, de revenir à une ponctualité exemplaire, de maîtriser des mouvements sociaux dévastateurs et improductifs, de réinvestir dans un matériel roulant de pointe…. C’est ambitieux mais nous y travaillerons, et l’emploi y gagnera, à terme, j’en mettrais ma main au feu ! ».

 

 

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