SNCF : la compagnie cherche à recruter ses futurs cheminots… sans le statut

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La Société Nationale des Chemins de Fer français prépare, dès cette rentrée d’automne 2019, sa petite révolution sociale : en effet, dans moins de 4 mois, le 1er janvier 2020, il en sera terminé du fameux statut de cheminot. Si ceux qui ont été embauchés avec ce statut (très protecteur sur le plan des conditions de travail et de départ en retraite, notamment), les futures recrues, elles, n’y auront pas droit, suite à la loi de réforme ferroviaire votée en 2018.

Résultat : un bouleversement au sein des Ressources Humaines du rail, et d’intenses négociations qui s’ouvrent dès aujourd’hui entre la direction de la SNCF, et les partenaires sociaux. Car s’ils savent le statut qu’ils laissent derrière eux, ces derniers ignorent encore la majeure partie de ce qui définira le nouveau statut. Il s’agit donc d’être vigilants, et de penser à tout.

 

« Hier, mercredi 4 septembre 2019, une grande table ronde a permis de réunir tout le monde pour commencer à mettre en place le cadre du dialogue social qui s’ouvre maintenant », explique la Direction. « Aujourd’hui jeudi 5 septembre 2019, il s’agit de définir les nouvelles règles, qui seront appliquées aux contrats de travail des nouveaux salariés à partir de janvier 2020. Enfin demain, le 6 septembre 2019, ce sont les questions de formation et de mobilité qui seront expliquées et abordées. En tout, le calendrier des négociations va courir jusque vers le 15 novembre 2019. A compter de cette date, il faudra clairement que les candidats à l’embauche qui viendront nous voir pour postuler puissent se faire expliquer précisément dans quelles conditions se fera leur recrutement. Des accords devront donc d’abord être signés par les syndicats et par nous ».

 

Car l’enjeu est très important pour la direction de la SNCF : comment éviter, comme dans de nombreux autres secteurs des transports français, une pénurie de main d’œuvre liée à un déficit d’image et d’attractivité du métier de cheminot, qui perd désormais la flamboyance de son statut socialement hyper protégé ? « La SNCF doit faire face à une double offensive », analyse la FNAUT (Fédération Nationale des Associations d’Usagers du Rail) : « A la fois, elle doit s’adapter à la nouvelle réforme, et donc bouleverser totalement sa convention collective et ses grilles de salaires comme ses fiches de postes ; et dans le même temps, ou quasi, affronter l’ouverture à la concurrence du secteur. Elle doit donc, d’un côté attirer les nouveaux collaborateurs, malgré la perte de ce statut qui faisait tout l’or du blason, et de l’autre côté conserver sa clientèle et attirer de nouveaux passagers, donc monter en gamme au niveau du service rendu et des compétences de son personnel. Pas simple, de recruter de nouveaux talents en n’ayant plus à leur proposer qu’un statut classique ».

 

La stratégie de la compagnie ferroviaire, c’est donc de jouer sur les salaires et sur l’évolution professionnelle, pour rester attractive et faire venir les candidats à l’embauche malgré tout : « Avec la perte du statut de cheminot, qui avait d’immenses avantages en termes de protection sociale, nous n’avons d’autre choix que de nous mettre aux prix du marché, voire légèrement au dessus, pour proposer des salaires nettement plus attractifs que par le passé à nos futures recrues », explique la direction des Ressources Humaines du groupe. « Les économies faites à long terme sur le package social qu’on devait à nos cheminots, et qu’on ne leur devra plus, en tout cas pour ce qui concerne les nouveaux arrivés, devraient nous permettre de dégager cette marge financière, en particulier pour faire venir les professionnels de certains secteur en tension, notamment dans la réparation et la maintenance des trains. Nous allons aussi revoir nos grilles de salaires en fonction du coût de la vie dans la région où les nouveaux embauchés seront amenés à travailler : ils ainsi seront mieux payés à Paris, Lyon, Nantes ou Annecy, proche de la Suisse, où le coût de la vie est parfois exorbitant. Cela n’était pas possible, auparavant, d’imposer cette flexibilité à nos grilles salariales. C’est l’un des avantages de la réforme, elle permet d’adapter les rémunérations au cas par cas ».

 

Autre évolution, voire révolution pour les personnels de la SNCF : au lieu d’exercer jusqu’à un demi millier de métiers différents au sein de la compagnie, ils suivront un vaste programme de formations et de reconversions pour que chacun puisse devenir polyvalent et qu’au final, seule une centaine de catégories de métiers soit classifiée au sein de l’entreprise. En clair, la Direction va proposer à chacun d’accroître son éventail et son niveau de compétences, et donc de progresser plus rapidement dans les échelons. Mais les syndicats alertent sur le danger d’une scission sociale entre anciens salariés, au statut de cheminot donc très protégés mais moins bien payés et moins favorisés dans leur progression de carrière, et les nouveaux, moins protégés mais favorisés en termes de rémunération et d’avancées professionnelles. Les négociations s’annoncent donc relativement ardues. En cas d’absence d’accord entre représentants du personnel et direction, c’est cette dernière qui prendra seule les décisions finales.

 

 

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