SNCF : quelles suppressions de postes et pourquoi ? Faut-il s’en inquiéter ?


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10« Suppressions de postes en 2016 : presque comme chaque année avant les fêtes, la SNCF annonce son petit cadeau aux salariés, des suppressions de postes, et joyeux Noël ! », ironise amèrement un cheminot syndiqué à la CGT. Le ton est donné : après l’annonce de la compagnie ferroviaire française de supprimer 1400 postes l’an prochain, les salariés sont amers. L’annonce a été faite il y a quelques jours, mi-décembre 2015, lors de la présentation du budget de la SNCF. « Depuis 2003, plus de 25 000 postes ont été supprimés. En 2015 ce sont encore 1100 postes qui ont sauté. Et autant en 2014, alors que la croissance annoncée par la direction était de + 1%, avec un résultat net positif de plus de 600 millions d’euros. Et malgré cela on supprime des emplois ? Allez comprendre. Allez l’expliquer aux camarades », se désole un autre cheminot, qui a assisté au dernier Comité Central d’Entreprise.

 

13Pourtant, d’après les analystes, il ne faut pas pour autant s’alarmer : la SNCF reste l’un des plus gros employeurs en France, et ces suppressions de poste sont en fait à nuancer : comme les années précédentes, la Compagnie Ferroviaire ne procède à aucun licenciement, elle préfère ne pas remplacer les départs à la retraie et les départs volontaires, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Surtout, ces licenciements ne représentent qu’1% des effectifs ! Au total, la SNCF emploie tout de même près de 150 000 personnes… l’équivalent de la population d’une ville comme Grenoble, Dijon ou encore Angers ! Ensuite, la SNCF a réintégré cette année dans ses effectifs les 1500 salariés de RFF, Réseau Ferré de France, et elle ne renouvelle pas 1400 postes, ce qui correspond finalement à un effectif valorisé d’une centaine de personnes.

 

11« Bien sûr, les chiffres racontent ce que l’on veut bien leur faire raconter, mais globalement, la SNCF procède simplement à un ajustement nécessaire de sa masse salariale, sans que cela n’impacte beaucoup sur les salariés en place, hormis peut-être une très légère dose de travail en plus, puisqu’il faudra se répartir la charge de travail des personnes non remplacées. Mais le travail de 1400 personnes à se répartir, quand on est un groupe de 150 000 personnes, c’est plutôt facile, sans écraser les gens », tempère un cadre de direction à la sortie du CCE, un responsable des ressources humaines qui préfère rester anonyme, « après l’épisode de la chemise déchirée à Air France » ! Par ailleurs, il ne faut pas forcément lire ces suppressions de poste comme un signe de mauvaise santé de l’entreprise : en réalité, le montage est plus élaboré qu’il y paraît. La SNCF continue à recruter, puisque « au moins 5600 recrutements sont prévus », confie Guillaume Pépy, le patron de la compagnie. Mais en parallèle, « 7000 personnes devraient partir. Les 1400 postes correspondent juste à la différence ».

 

3La SNCF doit, par ailleurs, veiller à mieux gérer son budget, comme une entreprise normale, désormais confrontée à un marché concurrentiel. Les adversaires sont de plus en plus forts et nombreux sur le marché, il faut aujourd’hui faire des économies, tout en se modernisant. « La SNCF doit parvenir à dépenser moins, et son objectif, c’est plusieurs centaines de millions d’euros d’économies d’ici 2017. Les salaires économisés grâce aux suppressions de postes, ou plutôt, aux postes qui disparaissent avec ceux qui les occupaient jusqu’alors et qui s’en vont, ces économies vont permettre d’investir dans du matériel roulant plus performant, et donc, d’être plus compétitifs », peut-on lire ainsi dans une expertise écrite, remise en CCE. Expertise, qui elle, table sur la suppression de 9000 postes au minimum, d’ici 2020.

 

14Résultat : des appels à la grève, un peu partout en France, pour protester contre cette tendance baissière qui, petit à petit, écrème sévèrement les effectifs de la SNCF. Là où experts et direction voient une nécessité absolue d’assainissement d’une entreprise qui s’est trop longtemps reposée sur la sécurité d’un monopole d’Etat confortable, mais révolu, les salariés et les syndicats dénoncent, eux, un recul des conditions de travail et une automatisation rampante des tâches. Entre le vendredi 18 et le lundi 21 décembre, plus de huit contrôleurs sur dix étaient en grève, et le mouvement devrait être reconduit demain, jeudi 24 décembre 2015, jour de trafic intense sur les réseaux de la SNCF, avant la veillée de Noël. « Ne pas remplacer les départs en retraite et les départs volontaires, ce n’est pas aussi indolore que cela pour ceux qui restent, même si les automates font de plus en plus de choses à notre place, ce qui ne peut pas être robotisé pèse de plus en plus lourd sur les épaules des salariés de moins en moins nombreux », râle un contrôleur sur la ligne Paris-Le Mans. « On nous impose de plus en plus de faire de l’accueil en gare, et de moins en moins du contrôle à bord, alors que c’est notre cœur de métier. L’idée de la direction, c’est de nous épuiser, de nous démoraliser, de faire circuler des trains à moindre coût, et à terme, de supprimer des emplois à tour de bras, et là, ce ne sera pas un simple plan de départs volontaires ou de départs en retraite non remplacés. Ce sera un massacre, sur l’autel de la rentabilité ».

 

6« Pression sur l’emploi, dette qui dérape, offre ferroviaire qui se dégrade,  l’incertitude sur l’engagement financier de l’Etat pour les années à venir… C’est un budget d’austérité qu’on nous a présenté », s’alarme Jean Riconneau pour la CGT-Cheminot, le syndicat majoritaire à la SNCF. « Economiser sur la masse salariale, c’est le seul objectif de la direction ». Autre grief du front syndical, qui vient de retrouver une unité comme elle n’en avait plus connue depuis deux ans ? Les statuts. « Ce que la direction ne dit pas, c’est qu’elle recrute, certes, mais elle recrute des précaires, des contractuels qui ne bénéficient plus du statut de cheminot. Un statut beaucoup plus coûteux pour l’entreprise, puisqu’il permet de bénéficier d’avantages énormes, pendant toute la durée de la carrière mais aussi pour le départ à la retraite. La direction veut faire évoluer le nombre de contractuels à plus de 40% de la masse salariale. Ce qui signifie que, grosso modo, à terme, seulement une grosse moitié des employés seront des cheminots. Et on ne se fait pas d’illusion, au final, le statut disparaîtra. Quelle tristesse, une si belle entreprise, qui avait tant fait évoluer les conditions de travail et le droit social en France. C’est un retour en arrière dramatique ».

 

9« Les cheminots ne comprennent pas que la SNCF n’a pas d’autre choix que de se moderniser, et d’investir, et pour cela, il faut de l’argent, pas des grèves. La dernière grève de juin 2014 a coûté 153 millions d’euros à la compagnie, c’est un non sens. D’ailleurs les usagers ne soutiennent pas les cheminots grévistes, ils jugent ces mouvements inutiles et infondés. Pour 3 Français sur 4, le statut particulier de cheminot n’a plus de raison d’être, car la pénibilité du travail n’est plus la même qu’à sa création », analyse un observateur de chez l’Institut de sondages Harris, qui a déjà beaucoup enquêté sur la SNCF. Le premier ministre Manuel Valls a, dans cet esprit, déjà rappelé plusieurs fois la « nécessité d’une grande réforme du ferroviaire en France ». Un sujet explosif. Qui fera sûrement encore parler de lui en 2016.

 

 

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