Taxis : le témoignage de ces artisans qui déposent le bilan, faute de clients

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10Il s’appelle Lyes, il a la quarantaine. Son métier depuis 10 ans : chauffeur de taxi. Une voiture spacieuse, agréable, propre, bien entretenue. Une bouteille d’eau neuve pour chaque client – « on ne pourra pas me reprocher d’être sale, mal élevé et d’offrir moins de prestations que les VTC » – , et pourtant : Lyes a de plus en plus de mal à boucler ses fins de mois. Il ne tient que grâce à son réseau d’habitués, femmes et hommes d’affaires du quartier de la Défense à Paris, journalistes de radio et leurs invités dans le quartier de la rue François 1er, derrière les Champs Elysées, et quelques voyageurs impénitents qui passent leur vie entre deux aéroports. « Ces clients-là restent fidèles, mais le client occasionnel, ou le client qui vous hèle par hasard, il n’y en a plus. Ils ont disparu. Je connais quasiment à l’avance toutes mes courses de la journée, en fonction du jour de la semaine, de l’heure, du temps qu’il fait… en dehors de cela, il n’y a plus rien. Plus d’argent à gagner au petit bonheur la chance. C’est pour cela qu’on se mène tous, entre taxis, une concurrence de plus en plus rude, pour essayer de se piquer les clients, surtout ceux qui font toujours de belles courses, ou qui habitent loin, ou dont l’entreprise est généreuse et paye particulièrement bien, sans trop regarder à la dépense. Mais, là aussi, c’est de plus en plus rare. C’est la crise pour tout le monde, les sociétés limitent leurs dépenses de taxis. Les salariés qui sont autorisés à nous prendre sont de moins en moins nombreux, à des horaires de plus en plus restreints, toujours plus tard le soir ou plus tôt le matin. Et comme cela, petit à petit, notre chiffre d’affaire est grignoté, grignoté. Un jour, il ne restera plus rien ».

 

7Comme Lyes, Georges, 52 ans, a vu son activité de taxi bouleversée par l’arrivée il y a trois ans de sociétés comme Uber. « Le secteur est clairement fragilisé, nous sommes de moins en moins nombreux à nous en sortir. Depuis quelques mois, je suis incapable de me verser un salaire. Tout ce que je gagne sert à rembourser ma licence. Elle m’a coûté 200 000 euros…. Les temps sont durs. Alors je travaille, de jour, de nuit, parfois jusque 18 heures d’affilée. Je regarde partout. Je cherche les clients. Avant, j’étais professeur de lettres, puis proviseur dans un lycée en Algérie. Ensuite, je suis venu en France, pour refaire des études et devenir professeur ici, à Paris. J’ai eu mes examens, mes diplômes, mais jamais les équivalences nécessaires pour pouvoir enseigner dans mon pays d’adoption. Du coup, j’ai tout fait, plombier, plaquiste, déménageur… Depuis 4 ans, je suis artisan 6taxi. Je pensais que c’était bon pour cotiser jusqu’à l’âge de la retraite. Mais je me rends compte que je vais sans doute devoir arrêter, et pointer au chômage ou trouver autre chose, pour vivre. C’est ahurissant, même les stations de taxis semblent désertées. Aujourd’hui, je peux attendre jusqu’à deux heures. Deux heures, sans rien faire. Les clients passent, regardent, hésitent, et repartent prendre le métro ou une VTC. Et moi, même quand je ne charge pas, j’ai le compteur qui tourne auprès de la banque et des créanciers ! Chaque jour, je dois rembourser 84 euros de licence, 43 euros pour les frais de mon véhicule, entretien, gazole, location. Et aussi, 20 euros de cotisations. Faites le compte : 147 euros à débourser tous les jours, avant même d’avoir gagné le moindre centime pour ma poche. Et vous savez quoi ? Même les 147 euros je ne les fais plus. Le mois dernier, j’ai du travailler entre 1500 et 2000 euros de pertes ».

 

5Pour tous les taxis que nous avons rencontrés, un seul coupable : les sociétés de VTC, les Voiture de Tourisme avec Chauffeur. Dans le taxi de Rosa, 38 ans, rencontrée à la gare de Lyon, un homme d’affaires indien, qui semble bien connaître la situation. Lui a fait son choix : jamais de VTC, uniquement des taxis, par principe. « Ici en France, vous avez clairement des taxis officiels et des taxis clandestins. Ce qui serait bien, c’est que la police française soit plus contraignante envers ces taxis non officiels ». Au volant, Rosa sourit, mais elle n’en mène pas large. Seule pour élever ses trois enfants, elle conduit la nuit, tandis que sa vieille maman garde les enfants. « C’était la seule activité qui pouvait m’aider à m’en sortir après mon divorce. La journée, je m’occupe d’eux, je dors pendant l’école, et au moins je suis là pour les devoirs, le dîner, je ne dépense pas mon salaire en nounou. Ensuite, à 22 heures, je pars travailler, jusqu’à 6H30 du matin. Je rentre, je m’occupe du petit déjeuner, je les emmène à l’école, et je me couche. C’est ma vie, mais au moins je suis indépendante, et je m’en sors seule. Enfin, jusqu’à maintenant. Uber et les autres nous ont 9clairement assassinés, je n’ai pas d’autre mot ». Rosa ne veut pas faire de déni, elle reconnaît que sa profession a des tors et doit se remettre en question : trop masculine, trop habituée au confort du monopole, pas assez classe, pas assez le sens du service. « Je vois bien mes collègues masculins, ils vous imposent le match de foot à la radio à leurs clients, rouspètent sur la pluie et le beau temps, ne passent pas l’aspirateur dans leur voiture, font des manières pour telle ou telle course qui ne leur convient pas. Cela nous a évidemment joué des tours quand Uber et les autres sont arrivés avec leurs pingouins en costar. Mais quand même, ce n’est pas juste. Les VTC, ils ne payent pas de licence, ils empiètent sur nos platebandes, ils ne jouent pas le jeu. Rien ne leur interdit d’exister, mais il y a une loi qui réglemente le secteur, la loi Thévenoud. Elle n’est pas appliquée, pas respectée. En toute impunité, car en plus, ils ne sont jamais contrôlés ».

 

1Pour sauver sa journée, comme beaucoup de taxis, Rosa n’a qu’une seule solution : c’est de se rendre dans un aéroport. Evidemment, elle n’est pas la seule à avoir cette idée : il y a une heure et 55 minutes d’attente, pour charger un client. Et Rosa a du déjà patienter jusqu’à 3 heures, et même davantage. Ce jour là, à bord de son taxi, nous nous amusons à compter : ils sont plus de 1500 taxis à patienter pour décrocher une course de 60 euros à peine. Sur le parking devant le terminal 2 de Roissy, Rosa croise Redoane, un de ses collègues. Elle le connaît bien, ils travaillent pour la même compagnie. « Avec les attentats, la crise, les VTC, il n’y a plus de travail sur Paris. Plus du tout. Les collègues de Lyon, de Toulouse, de Lille, de Bordeaux, ils sont dans le même panier. J’en ai plein, c’est la famille ou les amis, ils rendent la voiture et ils arrêtent l’activité. C’est partout pareil. Il n’y a plus que les aéroports où on peut espérer sauver la journée. Et encore. Une course c’est souvent tout ce qu’on a, après des heures d’attente ». Selon l’Union Nationale de Taxis (UNT), la situation est grave. Jamais autant de petites sociétés de taxis tenues par des artisans, n’ont été contraintes de se déclarer en faillite.

 

 

10 réflexions au sujet de « Taxis : le témoignage de ces artisans qui déposent le bilan, faute de clients »

  1. Fred

    Je fais en faire hurler certains mais… Rien a f****e.
    Les taxis n’ont que ce qu’ils méritent !
    Pendant des années, j’ai pris des taxis a titre professionnel et personnel.
    La situation la plus récurrente que j’ai rencontre était quand je débarquais d’un vol et que j’atterrissais a Orly. En effet, c’était toujours la meme chose, arrivée a la station, les chauffeurs sortaient de leurs taxis en demandant aux personne ou elles allaient. Et moi qui allait a Creteil, donc effectivement, a cote, personne ne me prenait. Combien de fois, a une station le chauffeur arrive, ouvre sa fenêtre, demande ou on va et ne nous prend pas car notre destination ne l’intéresse pas. Je parle meme pas des détails du genre ou on doit supporter les conversations téléphoniques perso du chauffeur qui hurle dans son tel. La station de radio qui, si elle ne hurle pas est bloque sur une station pourave. NON ! sérieux ! ils marient que ce qu’ils ont cherches. Et que l’on me dise pas que c’est juste un noyau.

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  2. Beyle

    « le client qui vous hèle par hasard, il n’y en a plus. ». Il m’est arrivée d’appeler une société de taxi vers une heure du matin pour un trajet de banlieue à banlieue. Il m’a été répondu que cela n’intéressait pas les chauffeurs.. Dont act.

    « George » vient d’Algérie. Déjà, pourquoi avoir changé son prénom ? Bizarre… Passons.
    Il était proviseur de lycée. Pourquoi n’y retourne-t-il pas ? IL serait visiblement mieux proviseur en Algérie que chômeur en France, non ?

    « C’est ahurissant, même les stations de taxis semblent désertées. ». Qui monterai dans la voiture de gars qui agressent les chauffeurs de VTC ? La dernière fois, ils ont lancé un pavé dans la vitre arrière d’un VTC qui transportait une femme avec son enfant. Très con, très immature et surtout très lâche. Je ne peux cautionner une telle corporation.

    «un homme d’affaires indien, « Ici en France, vous avez clairement des taxis officiels et des taxis clandestins. Ce qui serait bien, c’est que la police française soit plus contraignante envers ces taxis non officiels »
    Rooo le lèche-cul !!! Le cas typique de l’étranger qui vient en France donner des leçons. Il veut qu’on lui parle des droits de l’homme dans son pays ? Les castes il a entendu parler ? Les femmes violées impunément, il sait ? Encore un qui a raté l’occasion de fermer sa grande gueule. Surtout que malgré ce qu’il prétend, il ne connait rien à la situation puisque les VTC sont légaux en France.

    «Uber et les autres nous ont clairement assassinés ». Rosa reconnaît que sa profession a des tors et doit se remettre en question : trop habituée au confort du monopole.»
    Ben oui, on a vu. Ce n’est pas une raison pour lancer des paver et agresser des chauffeurs de VTC.
    En plus Uber est ouvert aux chauffeurs de taxis. Rien ne les empêchent pendant leur temps morts d’être VTC… mis à par l’éducation bien sûr.
    « ils sont plus de 1500 taxis à patienter pour décrocher une course de 60 euros à peine ». Amusant parce que beaucoup de gens se plaignent de ne pas avoir de taxi à leur descente d’avion…

    Enfin il y a quelque chose que les français doivent savoir : les licences sont fournies gratuitement par les municipalités. Si elles sont chères, c’est uniquement parce que ceux qui les ont obtenues gratuitement les ont revendues à prix fort et que désormais cela s’achètent de taxi en taxi. Certaines villes comme paris avaient bien décidées de mettre plus de licence en circulation, mais les syndicats de taxi ont mis leur véto. Cette mafia a arrangé la pénurie pour garder les prix élevés, et maintenant s’en servent comme prétexte pour agresser des VTC et provoquer des embouteillages.
    La solution est pourtant simple : la licence devrait retourner à la ville qui l’a émise dès l’arrêt de travail du taxi.

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  3. PILLOT

    Pendant des années, j’ai eu trop de problèmes avec les tax, J’ai trop le souvenir d’attentes interminables dans les gares ou les aéroports parisiens avec des taxis qui refusent la course parce que cela ne les interressent pas ! Trop loin, trop près, trop tard, trop près de leur horaire d’arrêt, pas sur le trajet de leur retour, …. Et je ne parle pas du taxi réservé qui arrive avec déjà 40€ au compteur ! Aujourd’hui, Ils n’ont aujourd’hui que ce qu’ils méritent !

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  4. Calva

    Archi d’accord avec tout le monde, les taxis se sont trop habitué au monopole du marché, ils ont abusés de leurs pouvoirs, j’ai moi aussi été confronté très longtemps au refus des taxis de me prendre pour un trajet Paris intra-muros / colombes car cela les faisaient sortir de Paris et qu’ils n’étaient pas assurés du retour.

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  5. kindy Maya

    Ah a présent ils pleurent, quand c’est nous qui pleurions pour rentrés chez nous, et oui ils ne supportent pas la concurrence, et pourtant c’est simple a comprendre… » si vous allez dans un restaurant et que vous mangez mal avec un service nul…c’est claire que si vous trouvez un restaurant meilleur a côté, avec un bon menu, propre, et un personnel respectueux, il n’y a pas photo…et pour dire que les chauffeurs sont des pingouins avec leur costumes, faut vraiment être nul…pour ne pas savoir qu’une bonne présentation est primordial pour le service, et des prestations a la hauteur, ca critique mais a présent ils mettent les costumes, mais comme ont dit l’habit ne fait pas le moine…ils n’ont jamais compris ce que c’était le sens du service, quand on a escroqué une population pendant des années, (je ne parle pas de tout les taxis, car ils y en a des bons) mais tout le monde c’est fait avoir par une majorité d’exploitants…quand vous rentriez le soir, pour une petite course le chauffeur n’avait jamais de monnaie, obligé de laissé sont billets, et qui vous faisaient tournés, pour trouvé un distributeur de billet, sans compté le manque de scrupules quand les touristes prenaient un taxi, on pourrait en faire un super bouquin…et là c’est a croire que c’est une mafia, il y a du travail pour tout le monde, et voila ils veulent être seuls sur le marché, mais faut évoluer, c’est la crise pour tout le monde, et nous avons tous le droit d’excités je ne comprend pas pourquoi ils ont tout les droits…la licence que le gouvernement a donné gratuitement, pourquoi ils se l’a sont vendu, faut assumer a présent…faite un sondage sur les taxis et les vtc car les utilisateurs ont le droit de donnés leur avis.Sincèrement j’espère que tout s’arrangera pour les deux côtés car ils y a du travail pour tout le monde, ce coté individualiste tuera notre société et notre économie si les choses ne changent pas, car la crise est partout, et la avec le chômage qui ne cesse d’augmenté, c’est a ne plus comprendre la stratégie économique…a tout cas je pense qu’il est important de laisser les gens travaillés et de créer des emplois sinon, nous allons tous allés droit dans le mur….

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  6. SHARIHENNE

    Eh oui vous télecharger bien les aplications vtc et bien télécharger les aplications Taxi,elle existent et sont tres efficaces et vous aurez le choix G7 ,Alpha Taxi etc..et vous aurez un Taxi trés rapidement…Mais au moins en prenant le Taxi vous serez citoyens responsable et ferez marcher léconomie en Française au lieu d’alimenter les caisses de L’Escroc Américain nommé Uber qui fait du paradis fiscal.
    De plus dans un Taxi vous serez en totale sécurité et les Taxis paient tres cher lassurance Transport de personnes.Alors rester fidéles aux Taxis et Sachez bien que Rien ne remplacera 1 Taxi avec sa bonne conaissance terrain et vous gagnerez du temps pour vous rendte aux Gare et Aéroports grâce aux couloirs de bus etc….

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  7. Calmita Bazil

    La seule chose je vous demande de me laisser travailler les hommes taxis aussi les hommes vtc avec les harcèlements moral je suis conductrice taxi je mon permis taxi .Je le droit travailler si il continuer je vais porter plainte à la préfecture de morillon
    Il faut arrêter de dire vous avez des amis policier moi aussi j’en ai .empêcher de charger signes avec des clients il faut qu’il arrête .Je me suis enfermer pendant quatre ans c’est fini cause vous les chauffeurs .maintenant si j’arrête vous allez prendre me payer toute ma vie !!

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  8. Denis

    Quand on pisse face au vent, faut pas trouver drôle d’avoir le pantalon mouillé après.
    Quand on achète 200 000 € quelque chose de gratuit, c’est pareil.

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  9. Amploix Paul

    Faut pas éxagérer quand même. Les licences « gratuites » c’est de la théorie… Ca fait au moins 30 ou 40 ans que les communes n’en délivrent plus ou alors au compte goutte après des années sur liste d’attente pendant lesquelles les taxis n’ont pas d’autre choix que de gagner des misères vu le coût des locations de licences existantes. C’est pas les taxis artisans, locataires ou salariés qu’il faut blâmer, mais les grosses boites type G7 qui ne valent pas mieux qu’UBER !!!

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