Transport : les recruteurs cherchent à séduire les candidats en situation de handicap

3 commentaires

Dans l’imaginaire collectif, impossible de concilier transport routier de marchandises, donc conduite de poids lourds, et handicap. Pourtant, face à la pénurie de main d’œuvre sur ce secteur en Europe, où près d’un poste sur deux n’est pas pourvu et où les employeurs recherchent désespérément à mobiliser les candidats à l’embauche pour pouvoir répondre à la demande des clients, certains imaginent désormais adapter leurs entreprises et leurs formations pour pouvoir accueillir des salariés en situation de handicap.

 

Nous vous en parlions d’ailleurs dès le tout début de nos articles sur ce blog, il y a près de 7 ans, avec un reportage consacré en février 2013 à FastRoad  : aujourd’hui, cette entreprise de transports spécialisée dans le recrutement de personnes handicapées a triplé son chiffre d’affaires et se porte bien. Et d’autres patrons du secteur prennent aujourd’hui des initiatives similaires.

 

« Nous sommes en 2019 et pourtant, seulement 3 postes sur 100 sont aujourd’hui occupés par des personnes handicapées dans le secteur du TMR », explique Handipole, l’Observatoire des Dispositifs d’Insertion des Travailleurs Handicapés. « Or, la loi en impose au moins 6% sous peine de pénalités. Vous avez donc des recruteurs en déficit de main d’œuvre, et qui pourtant paient des pénalités lourdes pour être en dessous du seuil minimum de personnels handicapés. Il y a là une aberration dont les transporteurs français prennent progressivement conscience, et à laquelle ils tentent de remédier en se disant que le résultat sera gagnant-gagnant : plus de candidats pour répondre aux besoins et satisfaire les commandes des clients, et moins de pénalités à payer à l’Etat, voire même des avantages fiscaux ! ».

 

Le fondateur de la société Paratrans et ses camions adaptés

Ainsi, certaines entreprises de transport comme Paratrans, fondée dans le Nord de la France il y a 7 ans par un chauffeur paraplégique, mais aussi des écoles et des centres de formation spécialisés dans la mobilité, se sont récemment dotés de simulateurs de conduite adaptés aux personnes en situation de handicap, afin de leur rendre accessibles certains postes dans leur secteur.

exemple de camion adapté avec une « boule » par la société Paratrans

D’autres, équipent leurs véhicules pour les adapter à la conduite des personnes à mobilité réduite, mais très compétentes pourvu qu’on leur en donne la possibilité : « Des boules ou des  joysticks pour remplacer le volant, des logiciels de conduite par télécommande ou navigation wifi, des commandes vocales, des pédales inversées, un système d’assistance à distance, etc…. », détaille l’association Les Camions de l’Espoir, à Rennes, qui forme depuis maintenant grâce à l’un de ces simulateurs très perfectionnés, des conducteurs de car ou de poids lourds en situation de handicap, parfois très lourd. La SNCF et les régies régionales de transports publics consacrent aussi de plus en plus de moyens à l’insertion et à la formation des travailleurs à mobilité réduite.

 

« Il est faux de dire qu’une personne handicapée physique ne pourra pas travailler dans les transports, il est possible de décrocher son permis poids lourd et de transporter des marchandises et même des passagers tout en ayant une mobilité réduite », explique AFTRAL, organisme qui gère plusieurs grandes écoles de formation aux transports (l’Institut de Formation d’Ambulancier, l’Ecole Nationale Supérieure de Transport de Voyageurs, l’Institut International de Management pour la Logistique, l’Institut Supérieur du Transport et de la Logistique Internationale, et des Centres de Formation d’Apprentis en Transport et Logistique dans toutes les grandes régions de France).

 

« Il faut absolument que l’on parvienne dans nos sociétés actuelles à faire baisser le taux de chômage des personnes en âge de travailler et en situation de handicap, taux qui approche des 20% », estime un proche de Sophie Cluzel, la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées. « Et l’une des meilleures solutions, c’est de viser les catégories de métiers à flux tendus, où les recruteurs souffrent du manque d’effectifs et sont prêts à ouvrir leur esprit à la possibilité de former et d’embaucher, y compris en CDI, des personnes en situation de handicap mais pourvues de diplômes et de toutes les compétences nécessaires. Les blocages ne tiennent qu’à des a priori. Une fois dépassés, les employeurs doivent encore effectuer les investissements nécessaires aux aménagements des camions ou des autobus, par exemple, mais en contrepartie ils ont davantage de personnels, peuvent donc honorer davantage de commandes, augmenter leur développement et leur chiffre d’affaires, etc. C’est un cercle vertueux pourvu que l’on enlève ses œillères ! ».

 

Sans faire d’angélisme non plus : certaines personnes en situation de handicap ne pourront pas travailler dans les transports, c’est un fait. « C’est le travail des centres de formations de le leur dire, à ce moment là, après des essais et des vérifications de toutes les possibilités existantes. Mais pour le savoir, il faut essayer, et donc se présenter. Nous incitons vivement les candidats qui s’interrogent à franchir le cas, notamment ceux qui ont déjà le permis B et qui conduisent une voiture. Ils ne doivent surtout pas s’autocensurer et se dire que, de toute façon, les métiers du transport leur sont fermés, car, réellement, c’est de moins en moins vrai ».

 

 

3 réflexions au sujet de « Transport : les recruteurs cherchent à séduire les candidats en situation de handicap »

  1. Antonio

    Il faut déjà un petit grain pour effectuer ce métier aujourd’hui……
    Au moins avec un handicap physique la sécurité sociale pourra participer et ainsi donc aider les entreprises à l’embauche
    C’est une alternative à l’embauche de chauffeurs venus des pays de l’Est

    Répondre
  2. epp marc

    Salut
    Les transporteurs peuvent tout essayer mais tant qu’ils ne paieront pas correctement les conducteurs ils n’en trouveront plus ,Handicapés ou pas .
    A bon entendeur

    Répondre
  3. BARA

    Je suis conducteur routier depuis 20ans et travailleur handicapé (suite à une blessure professionnelle) depuis 13 ans. Suite à mon accident j’ai perdu mon emploi de l’époque, et depuis j’ai beaucoup galéré à retrouver un boulot.
    Le handicap reste un énorme obstacle à l’embauche, et quand ce n’est pas le cas les employeurs ne respectent pas le handicap et ses contraintes.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *