Après les gilets jaunes, les chauffeurs routiers : grève pour les heures sup’

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Deux syndicats de transporteurs routiers, FO et la CGT, appellent à une grève illimitée à partir de ce dimanche 9 décembre au soir, 22 heures. Voilà qui ne devrait pas arranger les affaires des commerçants et des distributeurs, déjà souvent en rupture de stocks à cause des actions des gilets jaunes et des blocages de camions qui empêchent les réapprovisionnements et font fuir le client… à 3 semaines de Noël, ça tombe franchement mal. « On en est conscients mais en même temps c’est le principe d’une grève », explique l’un des deux syndicats. « Les gilets jaunes ont entamé la bataille, nous la poursuivons. Nous ne sommes pas en train de les rejoindre mais nous avons des revendications qui peuvent présenter des similitudes avec les leurs : nous nous battons pour notre pouvoir d’achat, et ce dernier passe par la défense de nos acquis. En l’occurrence, les heures supplémentaires ».

 

En clair, après avoir du renoncer à la défiscalisation sur les heures sup en 2013 (voir notre article), les routiers avaient déjà pas mal perdu de pouvoir d’achat sur ce poste. Mais, au cours de la longue bataille qui les avait opposés à la loi El Khomri (lire notre article), ils avaient finalement obtenu la sécurisation de leurs heures supplémentaires, grâce à un décret de dérogation pour la profession : le texte autorisait une rémunération de 25% supplémentaires sur les heures sup effectuées à partir de 151,67 heures et jusqu’à 186 heures de travail mensuel, et une rémunération de 50% au-delà des 186 heures de travail mensuel. Une part essentielle du revenu des chauffeurs chaque mois, avec des dépassements d’horaires fréquents, voire systématiques : « les heures sup, c’est ce qui nous permet d’avoir une paye décente à la fin du mois, c’est la base du pouvoir d’achat dans notre profession », expliquent les syndicats (lire notre article).

 

Or, si l’appel à la grève est lancé, c’est que ce décret sécurisant les heures sup pour les routiers vient d’être neutralisé par un autre décret, publié la semaine dernière (28 novembre 2018) et qui limite les possibilités d’heures supplémentaires : décision du Conseil d’Etat à la demande de deux organisations patronales du transport, la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers (FNTR) et le Medef. « Nous appelons à des blocages et des manifestations des chauffeurs routiers dimanche soir pour montrer que nous ne sommes pas des pigeons et que nous tenons à ce que les engagements pris restent fiables. Cela ne sert à rien de voter un décret pour mieux nous payer les heures supplémentaires si, deux ans plus tard, on en vote un autre pour nous empêcher de faire ces heures supplémentaires ! », explique un chauffeur, 25 ans de métier, qui compte bien participer aux opérations escargot prévues dans son département, en Mayenne. « On ne veut pas que les entreprises qui nous emploient puissent déroger aux dispositions sur les heures supplémentaires qui nous permettent de mettre un tout petit peu de beurre dans les épinards ».

 

Elisabeth Borne, la ministre des Transports, a cependant promis aussitôt de pérenniser la rémunération des heures supplémentaires pour les chauffeurs routiers dans le futur projet de loi de mobilité du gouvernement, et de le faire ratifier dans le code des transports. Mais les salariés du secteur manifesteront aussi à partir de dimanche soir pour des « augmentations immédiates des salaires » et une meilleure protection sociale. Depuis le début du mouvement des gilets jaunes le 17 novembre 2018, les pertes s’élèvent déjà à plus de 400 millions d’euros pour le secteur du transport routier de marchandises et de la logistique, selon les chiffres publiés lundi 3 décembre 2018.

 

 

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