Taxe sur le gazole : quelles conséquences sur l’emploi dans le transport routier et l’aérien ?

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Ils sont prêts à monter au créneau, les professionnels du transport : car l’annonce du gouvernement cette semaine de la prochaine mise en place d’une éco-contribution pour le transport aérien et pour le transport de marchandises par la route, risque d’avoir des conséquences économiques importantes pour les deux filières. Et déjà, les fédérations professionnelles de l’aérien comme du TMR brandissent la menace des suppressions de postes. Alors, qu’en est-il ? A-t-on réellement le choix de cette transition écologique de toute façon nécessaire et inéluctable ? Voici quelques éléments de réponse.

 

  1. Quelles formes prendra l’éco contribution annoncée par le gouvernement ?

 

Elle prendra, pour ce qui concerne le transport aérien, la forme d’une taxe supplémentaire sur les billets d’avion, taxe désignée par le gouvernement comme une « éco-contribution », sous la même forme que ce qui existe en réalité déjà pour l’électroménager par exemple. Cette ponction de l’Etat pourra concerner entre 1,5 et 18% des billets, selon la destination, la classe et le modèle d’avion utilisé par la compagnie. Selon Elisabeth Borne, cette nouvelle taxe sera « mise en place progressivement ». La ministre des Transports a précisé que l’éco-contribution s’appliquerait à tous les billets pour des vols au départ de la France, à partir de l’année prochaine (2020).

 

Pour ce qui concerne les transports routiers, ce n’est pas tant un impôt supplémentaire que le gouvernement veut mettre en place, que la fin d’un avantage fiscal sur le gazole dont disposait jusqu’à présent les transporteurs : pour le moment, ces derniers sont remboursés de la TICPE (Taxe Intérieure de Consommation sur les produits Energétiques) à hauteur de 17,56€ pour 100 litres de gazole ; mais à partir de 2020, cet avantage sera réduit de 2 centimes par litre, donc de 2e pour 100 litres, et passera à 15,56€ / 100L.

 

  1. A quoi va servir cette éco contribution ?

 

C’est l’Agence de Financement des Infrastructures qui bénéficiera entièrement de ces nouveaux financements, a indiqué le ministère des Transports. En clair, l’entretien des routes, des ponts, mais aussi le ferroviaire et les transports collectifs, pour un total d’un peu moins de 200 millions d’euros par an. L’éco contribution ne touchera pas les vols en correspondance, ni ceux vers la Corse et l’Outre-Mer, ni les liaisons intra-territoriales en métropole. Selon le gouvernement, l’Agence de Financement des Infrastructures aura pour mission d’œuvrer avec cette enveloppe au désenclavement de certains territoires, à l’entretien du réseau routier et ferroviaire, et à une « prise de conscience de la nécessité d’une nouvelle mobilité écologique : aide aux transporteurs pour acheter de nouveaux véhicules hybrides ou électriques, idem pour les compagnies aériennes qui devront réfléchir à l’utilisation d’un kérosène plus propre.

 

  1. Pourquoi les professionnels du Transport n’en veulent pas ?

 

Selon l’exécutif, cette taxe devrait permettre aux professionnels du transport d’y gagner aussi, à terme, avec des véhicules plus écologiques et qui consommeront moins et leur permettront de bénéficier d’une fiscalité plus douce, avec des routes en meilleur état et qui abîmeront moins les camions, et en développant les activités multimodales combinant le transport routier avec d’autres modes de transport plus écologiques comme le fret fluvial ou ferroviaire. Pas du tout convaincues, les entreprises de transport et de logistique n’y croient pas, et dénoncent une atteinte à leur compétitivité : « on nous avait promis que la taxe que nous allions payer à partir de 2015 servirait à l’entretien des routes et des infrastructures, ça n’a pas été le cas ; on nous promet des économies d’échelle à terme, en attendant 2 centimes à débourser en plus sur chaque litre de gazole ça représente entre 600 et 800 euros de plus par an et par poids lourd pour les transporteurs, qui ont déjà du renoncer depuis 2015 à 1500 euros par an et par camion à cause de la hausse de 4 centimes par litre de la fiscalité, qui devait compenser le renoncement à l’écotaxe. Il y a un moment où financièrement on ne pourra plus suivre, alors que le transport est l’un des moteurs de l’économie française et de l’emploi en France. Ce type de mesure porte atteinte directement à notre compétitivité, puisque les camions étrangers en seront dispensés. Résultat : on nous met la tête sous l’eau, et pendant ce temps à Bruxelles, personne ne nous défend quand il s’agit de trouver des solutions au dumping social orchestré par les transporteurs des pays d’Europe de l’est », argumente un membre de la FNTR (Fédération Nationale des Transports Routiers). Dans un tract, l’organisation dénonce une « attaque aux entreprises, au pouvoir d’achat des Français et à l’emploi ».

 

Du côté de l’aérien, les compagnies françaises s’inquiètent aussi de la mesure d’éco-contribution mise en place sur les billets. Air France, par exemple, estime que plus de la moitié de son activité étant réalisée au départ des villes françaises, la mesure serait « extrêmement pénalisante ». Le Syndicat des Compagnies Aériennes Autonomes estime, de son côté, que « c’est tout un pan de l’économie française qui risque d’être mis de côté ».

 

 

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