La logistique peut-elle sauver la SNCF ?

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Plusieurs gros week-ends d’affluence, pendant ces vacances de fin d’année, et plusieurs gros cafouillages, encore et encore, pour la SNCF : ce 29 décembre 2017, son PDG, Guillaume Pépy, remettait même son mandat à la disposition du gouvernement français. Convoqué le 8 janvier 2018 par la ministre des transports excédée, Elisabeth Borne, il devrait très probablement rester en place, il n’empêche : 2017 aura été une année terrible pour la compagnie : entre les pannes géantes de l’été et de la fin d’année, les retards à répétition, les cafouillages et les avaries dues à l’usure, ou au contraire à des outils en test, les usagers comme le gouvernement n’en peuvent plus, et demandent des comptes.

 

Alors bien sûr, la SNCF devra, c’est inévitable, accélérer – et vitesse grand V – sa remise en question et ses améliorations de performances sur l’aspect voyageurs de son activité. Mais d’aucuns disent aujourd’hui que s’il est une branche qui doit sauver la SNCF, c’est la logistique… A en croire le même Guillaume Pépy dans ses récentes interview, c’est elle, la logistique, le vrai moteur, mal connu et méprisé mais pourtant puissant et efficace, de la compagnie française. Les derniers résultats du groupe le prouvent : le chiffre d’affaires de SNCF Logistics est en vraie progression, et dépasse aujourd’hui les dix milliards d’euros de chiffre d’affaires, ce qui représente aujourd’hui plus de 30% de l’activité de la SNCF et surtout, constitue SA branche désormais rentable, « avec une profitabilité en hausse constante », selon Alain Picard, son directeur général, qui, signe du satisfecit de sa hiérarchie, vient d’être nommé DRH groupe en plus de ses fonctions actuelles.

 

Avec l’épisode cruel de la Sernam, il y a quelques années, on avait gardé en tête l’image d’une filiale SNCF abîmée, en échec. Géodis, il y a 5 ans, c’était à peine 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et un défi si la SNCF voulait redresser cette partie de son activité : multiplier la marge opérationnelle par deux dans les années proches. En 2012, en pleine crise, Géodis devait déprécier ses actifs à hauteur de 300 millions d’euros et le chiffre d’affaires était en recul de plus de près de 3%, avec une passe particulièrement difficile, donc, pour la partie messagerie express. Or, aujourd’hui, Geodis c’est 80% du chiffre d’affaires global lié à l’activité logistique du groupe, avec 40 000 salariés à la manœuvre du redressement depuis un quinquennat. Le transport routier et la messagerie express représentent encore un quart de ces bons résultats, mais SNCF Logistics a su, aussi, rebondir et prendre le tournant d’une mutation réfléchie et intelligente.

 

« La logistique est clairement l’un des deux piliers d’avenir de la SNCF », poursuit Alain Picard, « nous sommes aujourd’hui au 9eme rang mondial et nous visons rapidement la cinquième place dans les prochaines années. Nous travaillons donc, pour séduire de grands et importants clients, à améliorer nos performances au niveau de la couverture mondiale, au développement de notre réseau, tout en essayant de rester compétitifs au niveau des tarifs. C’est une sorte de nouvelle conquête mondiale, qui permet ensuite à toutes les entreprises françaises d’entrer dans un cercle de croissance vertueux, puisque quand vous vous appuyez sur une logistique parmi les meilleures au monde, vous offrez des services performants et vous gagnez des clients, etc… ». La branche logistique de la SNCF, futur locomotive de la croissance tricolore ?

 

Oui, c’est possible, estiment les économistes spécialistes du transport en France, « car c’est aujourd’hui l’une des activités, si ce n’est l’activité, qui présente la plus forte croissance et la meilleure rentabilité dans tous les pays ». Geodis vise désormais les 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et veut continuer à se développer hors du territoire français où elle réalise déjà plus de la moitié de son activité, contre seulement un tiers en 2009. Les principaux succès de la filiale sont liés à la gestion d’entrepôts et de flux entrants et sortants, ainsi que la commission de transports, c’est-à-dire le rôle d’intermédiaire dans l’organisation du transport de marchandises, pour le compte d’autrui.

 

Il y a deux ans, la SNCF a aussi racheté le groupe américain OHL, pour Ozburn Hessey Logistics, pour environ 700 millions d’euros. L’opération lui a permis de se renforcer sur le marché américain et à l’international, mais aussi de récupérer le milliard et demi d’euros de chiffre d’affaires annuel du groupe nord-américain, ses 120 entrepôts et ses clients à travers la planète. Aujourd’hui, Géodis c’est plus de 150 000 clients dont une centaine de grands comptes. Le groupe veut continuer à se développer aux Etats-Unis, mais aussi renforcer sa présence en Chine et en Europe, notamment en Allemagne.

 

 

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