Le bio : une logistique à développer

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producteurDepuis 2005, la consommation de produits bio en France a littéralement explosé: 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2005, 3 milliards en 2009, 4 milliards en 2012. Aujourd’hui, le marché de l’alimentation bio a atteint près de 3 % du marché alimentaire total… 1 Français sur 2 consomme du bio au moins une fois par mois, 1 Français sur 4 en consomme au moins une fois par semaine. Et 1 Français sur 10 en consomme tout le temps, toute l’année, et rien d’autre. Une croissance qui s’accélère d’année en année. Et cela ne semble pas près de s’arrêter : d’après le baromètre CSA / Agence bio de perception et de consommation des produits biologiques, 84 % des Français souhaitent le développement du bio.

 

magasinPourtant, la filière bio en France pourrait se développer largement plus vite qu’elle ne le fait déjà : pour l’instant, un tiers des produits bio dans notre pays restent importés depuis l’étranger. La demande reste supérieure à l’offre. Alors que, selon les études les plus récentes, nos producteurs bio seraient parfaitement capables de fournir assez pour répondre aux besoins… à condition de mieux s’organiser. Car c’est réellement la logistique qui fait encore gravement défaut, dans ce secteur : face au succès du bio, les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à se convertir au label AB. Mais la plupart, trop petits, restent isolés et ne parviennent pas à mettre en place des groupements logistiques efficaces, qui permettraient de gagner en rapidité, autant au niveau des collectes de produits dans les exploitations, qu’au niveau du conditionnement, du stockage, des livraisons etc… Une meilleure logistique qui permettrait aussi de faire des économies d’échelle, donc de diminuer la facture du consommateur français, qui juge le produit bio encore beaucoup trop cher.

 

fruitsLa faiblesse, voire l’absence d’organisation des producteurs bio est un réel handicap, d’autant plus que la filière est par essence sensible et fragile : événements climatiques, aléas du marché, qui viennent s’ajouter aux difficultés inhérentes au secteur bio : des produits plus délicats, qui se conservent moins bien, qui ne souffrent pas le moindre écart en termes de transport ou de chaîne du froid, et qui, dans le même temps, jouissent aux yeux des acheteurs d’une image « pure », « saine », à laquelle ils doivent coller, même à l’arrivée d’une longue série de manœuvres logistiques. Pire : comme il le paye plus cher, le consommateur attend de son produit bio qu’il soit absolument parfait. Ce qui nécessite une organisation sans faille, du champ ou du pâturage jusqu’au frigo du destinataire.

 

produitsOr, la plupart des filières bio sont encore à ce jour trop peu structurées en termes de logistique. Des améliorations restent indispensables, notamment au niveau de la planification et de la contractualisation. Surtout, le seul moyen de faire vraiment concurrence aux filières longues, pour ces filières courtes qui misent beaucoup sur le local, c’est de roder efficacement les systèmes de vente directe, encore trop aléatoires (comme le système des « paniers bio » où on ne choisit pas ses produits et où on ne peut retirer ses courses qu’une fois par semaine dans un nombre de points relais trop restreints), alors que ce mode de distribution pourrait être un formidable atout et un incroyable vecteur de communication et de publicité à moindre coût.

 

champsL’autre problème logistique du bio, et la faiblesse de la valorisation de la production régionale, c’est aussi l’absence du maillon des transformateurs intermédiaires. À peine quelques petites TPE-PME 100 % bio, de création récente, contribuent ici ou là au dynamisme de nos régions. Mais pour le reste, notamment les grosses structures conventionnelles, s’adapter au bio en terme de process, de marketing et de logistique, semble rester bien compliqué. Il faudrait donc renforcer le lien entre ces différentes structures, de manière à parvenir à un système d’accompagnement qui réponde réellement aux besoins des producteurs et des consommateurs : une logistique bien mieux maîtrisée et performante permettrait à la filière bio en France d’être beaucoup plus porteuse, en termes de croissance et de productivité, grâce à un impact positif sur le client via la réduction des coûts de stockage, de transport, de distribution, et par l’incidence environnementale. Pour l’heure, la plupart des coopératives bio restent de jeunes organisations, encore en phase de structuration, ce qui se traduit par de nombreux projets innovants mais qui ne sont pas tous consolidés. En tant que petites entités, elles peinent à disposer de zones de stockage spécifiques, ce qui peut freiner leur développement auprès des agriculteurs et des opérateurs. Souvent, la petite taille de ces organisations oblige leurs adhérents à être polyvalents dans leurs fonctions, ce qui limite la professionnalisation de certains postes, notamment au niveau commercial. De même, leur manque de notoriété fragilise ces coopératives dans la consolidation de leurs partenariats économiques.

 

venteNéanmoins, certains acteurs du bio ont réussi un développement logistique convaincant, et prouvé que le modèle économique d’un bio pas cher, à portée de tous, compétitif et efficace, est possible à la condition d’un système logistique infaillible. Ainsi, en 2000, BIOCOOP, un groupement de sociétés coopératives et non coopératives, a réussi à signer une convention avec la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, pour la mise en place de la démarche « ensemble pour plus de sens ». Avant de réaliser, en 2005, la fusion de ses plates-formes logistiques, puis de créer ENERCOOP, fournisseur d’électricité d’origine renouvelable ; et, en 2006, de fonder sa propre société de transport BIOCOOP, ainsi que la filiale BIOCOOP Restauration qui lui a permis de gagner des parts de marché inédites dans la restauration collective. En 2007, BIOCOOP à inauguré une nouvelle plate-forme logistique en région parisienne, ce qui lui a permis d’achever le maillage de son réseau de magasins (plus de 330 sur tout le territoire national). La structure facilite ainsi la logistique pour les plus petits groupements de producteurs, en organisant des ramasses avec ses camions dans les exploitations, mais surtout en acheminant ensuite ces produits vers quatre grandes plates-formes dans le grand ouest, le sud-ouest, le sud-est, et le centre nord-est : 40 000 m² d’entrepôt au total, pour permettre des conditionnements adaptés à la vente de détail au particulier, ou au contraire à la vente de gros aux collectivités. BIOCOOP pratique aussi depuis près de quatre ans le rail-route entre certaines de ses centrales d’achat. Ce qui lui permet de stocker et transporter ses produits frais séparés des fruits et légumes dans des containers bi- température.

 

bioAujourd’hui, cette organisation a permis au réseau BIOCOOP d’être leader du secteur en France, mais aussi dans les pays francophones d’Europe. Avec un chiffre d’affaires qui dépassait fin 2012 les 300 millions d’euros (plus 10,5 % par an). Paradoxalement, là où le succès de ce modèle pourrait stimuler la concurrence et les groupements de nouvelles coopératives, il semble plutôt les paralyser. Dommage. Car une filière organisée avec plusieurs acteurs de grande taille permettrait de faire davantage jouer la concurrence. Donc de baisser les prix. Et de continuer à faire progresser la demande des acheteurs et le développement des producteurs bio.

 

 

Une réflexion au sujet de « Le bio : une logistique à développer »

  1. goreau

    passionné de culture bio et responsable logistique car titulaire du TSMEL, je suis très intéressé d’une structure qui allie les deux

    Répondre

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