Les entrepôts géants d’Amérique, le modèle de demain pour l’emploi ?

Laisser un commentaire

Perdus au milieu de la campagne américaine, des entrepôts de taille gargantuesque, immenses, démesurés : et à l’intérieur, sur les centaines de milliers de rayonnages, des millions de produits rangés, catalogués, étiquetés, prêts à être envoyés. Comme autant de références, réclamées par les clients, pour répondre à leur envie d’avoir l’embarras du choix. C’est ce qu’offrent au regard du visiteur les sites de Zulily, géant du web américain encore méconnu en France, mais qui pourrait offrir le modèle logistique de demain, y compris dans l’hexagone où déjà, le principe des hôtels logistiques fait fureur (lire notre article).

 

« Chacun de nos entrepôts représente 70 000 m², l’équivalent de sept terrains de football par hangar, et fait travailler plus de 1400 personnes », explique l’un des gérants de ces entrepôts hors norme. « Nous avons plusieurs dizaines de site, et sur chaque site, nous expédions chaque jour à 5 millions de clients des centaines de milliers de colis : des fournitures scolaires, des chaussures, des vêtements, et toutes sortes de produits. Nous livrons dans plus d’une centaine de pays, dont la France. Nous avons établi nos sites logistiques prioritairement dans les zones sinistrées au niveau de l’emploi, des zones touchées par la crise, et c’est là que le commerce en ligne est venu sauver l’emploi. Surtout que dans le domaine logistique, l’ascension sociale va vite : ceux qui ont commencé chez nous il y a trois ans à l’emballage des produits dirigent aujourd’hui les équipes, et l’entreprise leur a permis de doubler leur pouvoir d’achat en dix ans. Ils ont accepté en arrivant des conditions de travail difficiles et des salaires bas, mais ils ne le regrettent pas aujourd’hui : ils étaient dans des régions touchées de plein fouet par la crise, ils représentaient une main d’œuvre désespérée de trouver du travail, mais nous n’avons pas profité d’eux, nous leur avons offert une nouvelle chance et un tremplin efficace. Aucun d’entre eux ne pensait que le e-commerce allait sauver cette région de l’Ohio laissée à l’abandon par l’industrie sidérurgique ».

 

Pour les géants du e-commerce, « l’attrait des régions sans attrait » est un moteur de développement puissant, qui peut être facilement reproduit en France dans les anciennes régions industrielles où le chômage est important : « les terrains sont bradés, la main d’œuvre hyper volontaire et motivée, il suffit ensuite de trouver les zones malgré tout proches de nœuds routiers et c’est tout bon », explique un cadre du développement chez Amazon, qui prospecte à longueur d’année pour trouver de nouveaux sites propices à l’expansion logistique et à la création de nouveaux entrepôts géants à l’américaine, où des centaines de postes pourront être proposés aux volontaires des environs directs. « En France, l’atout supplémentaire par rapport aux Etats-Unis, immense pays composé de dizaines d’Etats d’ouest en est, c’est que dans l’hexagone quelle que soit votre zone d’implantation, l’ensemble de la population française est à une, deux journées maximum de transport. Donc toutes les zones sont valables ! ».

 

En France, tout reste à faire mais le potentiel reste immense pour des investisseurs comme Zulily ou Amazon, qui voudraient développer leurs infrastructures logistiques : « il faut simplement trouver les terrains, les bâtiments entiers, les antennes relais téléphoniques laissés à l’abandon par les entreprises du textile, de la sidérurgie, de la métallurgie, toutes sortes de bâtiments dont on peut profiter facilement pour des activités logistiques », explique un dirigeant d’UPS France. « Avec un peu de chance, nous pourrions en France faire comme aux Etats-Unis, c’est-à-dire implanter à côté de nos entrepôts, des aéroports privés, sur lesquels nous installons une flotte de 130 avions à peu près. C’est un cercle vertueux, car une fois nos entrepôts et nos aéroports installés aux Etats-Unis, nous avons constaté que des géants du web venaient s’installer dans les environs pour être plus proches de nos sites logistiques, ce qui leur permet de proposer à leurs clients la commande jusque minuit livrée malgré tout dès le lendemain. Sur nos sites aux Etats-Unis, plus de 200 entreprises de e-commerce se sont ainsi groupées autour des entrepôts UPS, et sur chaque zone travaillent aujourd’hui plus de 22 000 personnes, dans les hangars géants. Les avions sont déchargés en moins de 45 minutes et repartent immédiatement avec de nouvelles cargaisons, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ».

 

Certes, dans ces entrepôts géants, les opérations sont en grande partie automatisées, les colis se déplacent sur des tapis intelligents, commandés par ordinateurs, et des scanners vérifient en permanence l’itinéraire des paquets et les orientent selon leur destinataire. Mais en début comme en bout de chaîne, le personnel est nombreux et indispensable : « on ne sait rien faire en logistique, même avec nos techniques de pointe aujourd’hui, sans intervention humaine à un moment donné », explique un directeur du développement logistique chez Zulily. « Nous embauchons constamment, et en particulier pendant les périodes de pointe comme à Noël, les soldes, le black Friday. Nous payons nos employés l’équivalent du SMIC aux Etats-Unis, mais pour les fidéliser nous offrons par exemple le coût des études à l’université ou dans les grandes écoles, à nos salariés ou à leurs enfants. Nous pourrions imaginer de faire la même chose en France ». Aux Etats-Unis, la logistique a permis de recréer des milliers d’emplois exactement dans les régions où l’industrie en avait le plus détruit.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *