Présidentielles : la fantastique logistique derrière les affiches des candidats

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7C’est ce lundi 10 avril 2017 au soir que démarre officiellement la campagne des élections présidentielles françaises. Aujourd’hui, donc, que les visages des 11 candidats vont fleurir sur plus de 80 000 panneaux répartis dans toute la France. Benoît Hamon, Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nathalie Arthaud, Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Jean Lassalle : chacun, « petit » comme « grand » candidat, a soigneusement choisi le visuel qui accompagnera ses messages sur la dernière ligne droite. Photo, sourire, couleurs, slogan, typographie, rien n’a été laissé au hasard… ce que l’on ne soupçonne pas forcément, c’est l’extraordinaire logistique qui se cache derrière le déploiement dans tout le pays de ce million de portraits en 59 sur 84 centimètres.

 

8Pour le découvrir, il faut se rendre à Gonesse, dans le val d’Oise, au cœur de la zone industrielle où se cache un entrepôt de 3000 m², celui de France Affichage Plus, une PME qui gère toute l’organisation logistique de la campagne d’affichage officielle : stocks, palettes, transport aux quatre coins de l’Hexagone, encollage sur les panneaux. « Y a encore les Macron à charger, là les Le Pen partent pour Lyon c’est bon… » ; « Mélenchon, là, tu me les mets à la benne, elles sont pas bien coupées… Hamon sur la palette, ok. Enlève-moi le Poutou là »… Dans l’effervescence, les dialogues sont surréalistes ! « Il faut d’abord réceptionner l’ensemble des affiches, ce qui n’est déjà pas une mince affaire, avant d’organiser leur redistribution sur l’ensemble du territoire », explique Emmanuel Bistuer, cogérant de l’entreprise EFDS qui gère les opérations de transport. « On les a regroupées par département, et ensuite, en fonction du plan de transport qu’on a mis en place, on charge au fil de l’eau pour livrer chez les afficheurs ».

 

1Cette année, le transporteur et France Affichage Plus bénéficient d’une aide précieuse : grâce à une application impossible de rater une série de panneaux dans un village rural, par exemple : tous sont désormais géo localisés. « C’est fiable à 100 % », explique Aurélien Sallé, associé chez France Affichage Plus. « Il n’y a pas de raison qu’un Français qui habite en haut d’une montagne ou au fin fond de la campagne n’ait pas accès aux mêmes informations qu’un Parisien, c’est-à-dire aux affiches des 11 candidats à la présidentielle ». Et c’est là qu’est le défi logistique : il faut parfois rivaliser d’imagination pour pourvoir efficacement les panneaux de certaines communes très reculées, en « zones blanches » comme les surnomment certains transporteurs : pas d’autoroute ni même de nationale, mais des chemins de campagne à parcourir en cahotant, ou dans certaines régions très montagneuses, des kilomètres et des kilomètres de cols à franchir avant d’accéder à la petite place de l’église ou de la mairie où les panneaux attendent d’être recouverts par les 11 visages, depuis Dupont-Aignan tout à gauche jusqu’à Fillon tout à droite, comme le tirage au sort en a décidé.

 

9« En amont, ça demande une organisation au carré dans la relation avec les imprimeurs des candidats », poursuit Aurélien Sallé. « Une fois qu’on les a dispatchés par département, ce qui prend déjà une bonne semaine, 450 véhicules partiront ce lundi 10 avril 2017 à zéro heure, dans la nuit, pour fournir l’intégralité du territoire. Ensuite, on a quinze jours pour afficher mais on va essayer de le faire en une semaine. Les difficultés qu’on peut avoir, c’est quand les plus petites mairies n’ont pas encore sorti les panneaux, ou les zones escarpées qui vont demander le déploiement d’un plus grand nombre d’afficheurs, parce que d’une vallée à une autre, ça peut prendre la demie journée de parcourir trois kilomètres ! Notre plus gros défi finalement c’est de concilier les délais et des règles évidemment très strictes pour respecter l’égalité entre les candidats et le traitement équitable de chacun, avec la géographie et la topographie d’un pays finalement extrêmement varié, au réseau inégal et avec des zones extrêmement denses au niveau de peuplement, donc beaucoup de travail parce que beaucoup de panneaux à couvrir, et des zones extrêmement clairsemées en terme de peuplement, mais qui vont demander autant de travail pour couvrir dix fois moins de panneaux, parce que l’accès sera plus difficile ou les distances à parcourir beaucoup plus grandes ». L’enjeu démocratique est donc aussi un sacré défi logistique, auquel pensent peu d’électeurs lorsqu’ils passent devant les panneaux.

 

 

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