Soldes : branle-bas de combat logistique dans les filières de la mode


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soldesEn vitrine, il y a les étiquettes géantes, fluo, alléchantes : « – 50 à – 80% », « tout doit disparaître », « soldes monstres », « dernière démarque »… Mais ça, c’est pour la devanture. En arrière boutique et dans les coulisses de la mode, les soldes sont synonymes d’un gigantesque remue-ménage, d’une titanesque organisation. Car tout déstockage massif suppose une armée de gestionnaires, occupés à superviser la logistique qui va avec. « Or, cette année, cela n’a aucune commune mesure avec les années précédentes », explique Frédéric Salètes, jeune directeur du centre commercial Vélizy 2, près de Paris. « Car cette année, le printemps a été particulièrement pluvieux et froid, les produits d’été ne se sont pas vendus. Et puis, il y a la crise, les gens n’achètent plus autant à prix fort, ils attendent presque tous les soldes pour dépenser. Résultat : le résiduel d’invendus est extrêmement important et le volume à déplacer nettement plus lourd. »

C’est la logistique du textile habillement qui est en effet la plus concernée par les soldes saisonnières. Juste avant le jour J, les marques tentent de répartir au mieux les stocks d’invendus entre les différents points de vente, pour mieux équilibrer les chances de voir s’écouler la marchandise. Cela engendre un véritable branle-bas de combat, qui va ensuite continuer pendant toute la période des soldes, et de manière de plus en plus effrénée à mesure que les démarques seront agressives. Chaque jour, entre les différents magasins, on assiste à un flux permanent de départs et d’arrivés de camions chargés de cartons, pour que chaque boutique ait un maximum de modèles et de tailles à proposer tout au long des soldes. Et comme aucun jour ne ressemble à l’autre, cela varie perpétuellement selon les ventes journalières dans chaque magasin. En ce femmes pendant les soldesmoment, à l’heure des dernières démarques, le phénomène est tout particulièrement intense.

Evidemment, cela ne concerne pas forcément tout le monde. Ainsi, les commerçants indépendants n’entrent pas dans la même transe logistique que les très grandes enseignes du textile. Un petit commerçant accumule dans ses réserves et, le moment venu, n’a plus qu’à sortir ses surplus. Par contre, dans les réseaux de franchisés, les enseignes à succursales ou les grands magasins, c’est une autre affaire : la logistique y est entièrement centralisée, et les produits sont stockés non pas dans les points de ventes, mais dans d’immenses entrepôts en périphérie des villes. Il faut donc assurer quotidiennement les réapprovisionnements, et même si les professionnels sont habitués à cette gymnastique toute l’année, pendant les soldes les volumes, le débit et la densité des transactions atteignent des sommets !

soldes 50 pourcents« C’est de pire en pire chaque année », explique un consultant du cabinet XLC, spécialisé dans le conseil en organisation et logistique pour les entreprises de la mode et le textile. « A cause des prix de l’immobilier dans les centres-villes, les magasins ont de moins en moins d’espace de stockage, on délocalise les réserves. Du coup, les flux gonflent de saison en saison, et le réglage du mécanisme de réassort quotidien est de plus en plus retors, et de plus en plus subtil. ». De toutes manières, c’est toute l’année et pas seulement en période de soldes, que la supply chain de l’habillement est considérée comme l’une des plus complexes, en France et en Europe. Chaque marque vend un nombre de modèles considérable, chaque modèle est vendu en une dizaine de tailles différentes, parfois plus, et chaque modèle dans chaque taille peut se décliner en une multitude de coloris différents ! Le schéma organisationnel se complique encore plus quand les enseignes ont délocalisé la production dans des pays à bas coûts, ce qui suppose une distance kilométrique très élevée et des délais rallongés pour acheminer les produits. Et puis, enfin, il y a les marques qui ne se contentent pas de renouveler leurs collection sur les traditionnelles périodes printemps été / automne hiver, mais qui créent des inter-collections plusieurs fois dans l’année !

« Dans la mode, on est en permanence soumis à une incertitude logistique », cetemetns en soldeanalyse Stéphane Trepoz, PDG de Sarenza.com : « Il faut être en phase avec les tendances, mais commander à nos fournisseurs très en avance. Et à chaque fois, c’est un pari sur ce qui va marcher ou pas. Si on commande trop, on se retrouve avec un stock d’invendus ingérable. Si on ne commande pas assez, on est en rupture et ça n’est pas bon non plus. La gestion du calendrier logistique suppose de jongler en permanence d’une contrainte à l’autre. » Les soldes sont donc des périodes intenses de « purge », poussée par un merchandising qui veut que cette période soit la plus vendeuse possible. Résultat : pour affronter ces pics d’activité, tous les acteurs de la filière se sont de mieux en mieux organisés, se dotant notamment d’outils logistiques de pointe, de logiciels spécifiques et très intelligents, et de services de ressources humaines renforcés, pour les recrutements d’intérimaires : entre 20 et 40% de main d’œuvre supplémentaire par rapport au reste de l’année, selon les enseignes.

 

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