Spécial COP 21 – Logistique et transport, les filières du recyclage : épisode 1, le papier !

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21A la fin du mois débutera en région parisienne, en Seine-Saint-Denis, au Bourget très exactement, la grande conférence mondiale sur le climat : la COP 21, du 30 novembre au 11 décembre 2015. Un événement d’envergure planétaire, qui doit accueillir les délégations de 195 pays, les représentants d’autant d’ONG, 1000 maires du monde entier, et au total, plus de 20 000 officiels, dont Barack Obama, Angela Merkel, Xi Jinping ou David Cameron ! En tout, au moins 40 000 participants sont prévus. Objectif : anticiper les changements climatiques, débattre sur le sujet, et parvenir à mobiliser 100 milliards de dollars par an dans les pays développés, de source publique et privée, pour lutter contre le réchauffement de la planète, à partir de 2020.

 

3Evidemment, l’occasion pour nous de faire ici le point sur les débouchés, en termes de logistique et de transport, liés aux activités de recyclage, essentielles et multiples, qui permettent au quotidien de lutter contre la pollution. Recycler, donner une seconde vie aux déchets, les trier, les réutiliser autrement… mille et une façon d’éviter les dépôts d’ordures sauvages, les combustions liées aux incinérateurs, et les enfouissements dont on ignore, à terme, de quelle manière ils risquent de contaminer durablement nos sols. Le recyclage présente donc des bénéficies majeurs pour l’écologie, puisqu’il permet à la fois de réduire notre volume de déchets, mais aussi de préserver les ressources naturelles, la matière recyclée étant utilisée en lieu et place de celle qui aurait dû être extraite de la nature. Nous avons donc choisi de vous présenter, dans ce blog, quelques unes de ces activités. Qui permettent aussi, et c’est fondamental, de créer de l’emploi.

 

14Premier épisode donc : la filière du papier… elle se développe depuis maintenant plusieurs décennies, depuis les années 1970 précisément. Dans notre pays, 7,5 millions de tonnes de papiers et de cartons seraient collectées et recyclées chaque année, ce qui représente 72% du papier consommé aujourd’hui. D’où vient le papier recyclé ? Quels sont les outils qui permettent de le collecter, de l’acheminer vers les centres de recyclage papier carton, puis de le trier et de le transformer ? Si l’on y regarde de près, on s’aperçoit que le transport et la logistique sont au cœur de cette filière.

 

22Première étape : la collecte. En France, seulement 40% des papiers de bureau sont recyclés à ce jour, ce qui laisse entrevoir l’énorme potentiel encore à exploiter dans ce domaine. « En fait, la première étape, c’est surtout la pédagogie : sensibiliser les écoles, les entreprises, les administrations, les particuliers, au fait de ne pas jeter leurs vieux papiers avec le tout-venant, mais de la jeter dans les poubelles spécifiques consacrées à la collecte, puis au recyclage », explique le responsable d’exploitation de Paprec Nord, à Harnes, Paprec étant le leader français indépendant du recyclage papier (entre autres). « La collecte des papiers, journaux, cartons… auprès des ménages progresse chaque année et représente 52% du total des papiers recyclés, mais on peut faire nettement mieux… Car il faut savoir que le recyclage d’une tonne de carton permet d’épargner 2,5 tonnes de bois et d’éviter le rejet de 2,5 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Nous collectons à la source, auprès des ménages donc, via les bacs jaunes ou bleus, mais pas que. Nous récupérons aussi énormément de papier à recycler chez les imprimeurs, qui nous redonnent ce que l’on appelle la gâche, c’est à dire le papier jeté pendant la phase de calibrage de leurs matériels d’impression, et également ce que l’on appelle les aplats et rognures, c’est-à-dire les déchets papier tombés au cours du formatage pendant ou après l’impression. Enfin, nous récupérons chez eux tout ce qui constitue les  emballages de conditionnement des ramettes de papier, les tubes de carton, etc… Idem pour les industriels et la grande distribution, qui représentent des consommateurs de papier et de carton importants ». Enfin, le papier récupéré dans les entreprises du tertiaire représente 85% des déchets générés par ces acteurs de l’économie.

 

9Pour cette opération de collecte, les techniciens logistiques et chauffeurs transporteurs sont évidemment des acteurs incontournables : ils sont chargés de la mise en place et de la récupération des différents contenants à vieux papiers, qui varient du simple petit bac à la caisse palette, en passant par les bennes classiques, les bennes Tautliner (à parois latérales amovibles), jusqu’aux presses à balles, pensées pour pouvoir compacter directement le papier ramassé en cas de volumes très importants, afin de le densifier avant transport et ainsi, de  réduire les coûts et la fréquence des passages sur les sites de collecte. Ensuite, ils sont affectés au transport par semi-remorques des balles de papier, ou du vrac, jusqu’aux sites de retraitement. « Dans ce type d’opération, l’adaptabilité de la logistique est évidemment un concept primordial, puisque tous les paramètres varient en fonction des volumes produits. Chez les plus petits consommateurs de papier, un chauffeur passera par exemple une fois par mois pour récupérer un bac unique, alors que chez un imprimeur par exemple, il peut nous arriver d’ envoyer des camions plusieurs fois par jour, pour récupérer jusqu’à 4 000 tonnes de déchets mensuels ! », poursuit le responsable d’exploitation du site Paprec d’Harnes. « Notre groupe utilise aujourd’hui un millier de camions environ, tous géo localisables en temps réel, ce qui nous permet de les dérouter très facilement en cas de besoin, car nous sommes dans un secteur où il faut agir très vite : si un déchet devient encombrant, celui qui doit s’en débarrasser ira au plus simple, et au plus vite. Si nous n’arrivons pas assez vite, il y a des chances pour que le papier soit jeté avec les déchets non recyclables, plutôt que stocké en nous attendant. Il faut donc que nos chauffeurs soient très réactifs, et que nous fassions preuve d’une souplesse et d’une flexibilité constante pour répondre aux attentes des consommateurs de papier qui veulent se débarrasser de leurs déchets. De la même manière, nous utilisons des bennes spécifiques, également équipées de traceurs, ce qui permet de fluidifier au maximum la logistique des tournées et de les rendre les plus courtes et les moins complexes possible. Enfin, nous utilisons une péniche, qui nous est précieuse lorsque nous souhaitons éviter des rotations de poids lourds trop fastidieuses, sur les routes d’Ile de France. Le transport fluvial, dans ce domaine, est appelé à se développer, de plus en plus, c’est une certitude ».

 

20Une fois collecté, le papier est apporté dans un centre de tri : c’est la seconde étape. Dans les centres de tri, le papier et le carton sont séparés selon leurs caractéristiques propres. « Par exemple, du carton sous forme de boîte pliante, ou sous forme de pack de lait, sera incompatible avec la fabrication de papier journal en papier recyclé, mais il sera précieux pour fabriquer du carton recyclé. Et l’inverse est vraie : les fibres blanches et courtes, riches en minéraux, qu’on trouve dans du papier imprimé comme du papier journal, ne conviendront pas pour fabriquer du carton, qui serait trop faible mécaniquement, pas assez résistant, pas assez dense, pas assez rigide », explique Jean-Yves Escabasse, expert en recherche et développement dans le recyclage papier en Europe. Dans les centres de tri, des techniciens logistiques sont chargés de superviser la bonne répartition des matières par les machines. Même si aujourd’hui, beaucoup de tâches sont automatisées, les postes de supervision logistique restent des métiers stratégiques… car un mauvais papier au mauvais endroit réduit la productivité et augmente les coûts de recyclage, dans un secteur extrêmement compétitif. « Les pays d’Europe utilisent de plus en plus les technologies de pointe, comme le tri par infrarouge, qui se développe en Allemagne et en Autriche, notamment : quand le papier est balayé par une lampe halogène, les matières révèlent leur empreinte spectrale, ce qui nous permet de mieux les classer par catégories, selon leurs différences, on peut aujourd’hui trier ainsi des tonnes et des tonnes de papier avec une très grande précision ».

 

19Mais ces technologies coûtent extrêmement cher, et pour l’heure, les principaux acteurs du secteur préfèrent l’expertise humaine de leurs salariés : « Nos employés sont aujourd’hui devenus de véritables chimistes du papier à recycler » indique-t-on également chez Paprec. « Car le papier et le carton, qu’ils soient issus de la collecte sélective, récupérés chez les industriels, captés auprès des professionnels du tertiaire, pré triés ou livrés tels quels, sont loin d’être des matières uniformes. Il faut savoir les répartir selon leur blancheur, leur pureté donc, mais ensuite, savoir également, à l’intérieur des différentes familles de papiers, savoir les classer en sous catégories elles-mêmes très hiérarchisées selon leurs degrés de qualité ». Ce sont donc les opérateurs et les caristes qui, sur site de tri, sont responsables de ce contrôle qualité. Un pré tri à la main est donc effectué à l’arrivé des camions, dont les chargements sont vidés sur le sol, avant d’être inspectés et répartis selon leur nature dans différents casiers, par des opérateurs. Ensuite, les différentes catégories ainsi composées sont placées sur des tapis, et compactés en balles par une presse : « Au cours de ce processus, le pelleur, celui qui dépose la matière sur le tapis, le chef de presse et le cariste désigné pour le chargement des balles, effectuent successivement trois derniers contrôles de qualité. Leur rôle est donc vraiment important ». Sur les sites spécialisés dans le tri de papiers et cartons issus de la collecte sélective, encore très souvent approximative, le pré tri à la main est complété, avant la mise en balles, par un nouveau triage sur une chaîne dernière génération : elle détecte les poids, les formes et les tailles des éléments, sépare les corps creux et les corps plats, avant que des trieurs optiques, effectuent un tri encore plus sélectif, en fonction des résines et des couleurs de la matière. « Mais là encore, nos opérateurs sont très impliqués,en amont et en aval de ce traitement automatique des déchets, car au final, ce sont eux qui seront  responsables de la qualité du produit obtenu, au-delà du tri pur et simple de déchets ».

 

16Une fois trié, le papier est à nouveau chargé dans des camions. Destination : l’usine de recyclage. « La quantité de papier collectée n’est pas la même selon les pays européens, ni même selon les régions, et leur qualité n’est pas la même non plus », explique Cristian Banaris, ingénieur mécanique dans la filière papier. « La qualité du papier dépend directement de l’endroit où il a été trouvé, de la culture du pays, de la façon dont les citoyens prennent en compte l’environnement. Les champions de la conscience citoyenne pour le recyclage, ce sont les Autrichiens ! Les Français sont encore loin derrière, ils sont souvent mal informés sur les bons gestes ». Le processus de recyclage est donc, on l’a vu plus haut, essentiellement déterminé par la manière dont a été effectué le tri du papier collecté. Dans l’usine de recyclage, la fabrication des nouveaux produits, de gros rouleaux de papier recyclé,  débouche à nouveau sur de l’emploi logistique, pour le stockage et le reconditionnement… et de l’emploi lié au transport, vers les distributeurs et les clients, de plus en plus friands de ce papier et de ce carton qui coûtent désormais deux fois moins cher que les produits fabriqués à partir de fibres neuves. « Depuis une cinquantaine d’années, nous vivons dans le gaspillage de la société de consommation, et nos ressources aujourd’hui dépendent vraiment du recyclage : c’est la seule manière désormais d’assurer un développement économique durable », conclut l’expert, Jean-Yves Escabasse. Prochain rendez-vous sur le blog de la logistique : le recyclage des matières plastiques.

 

 

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