Logistique : transporter et manipuler des matières dangereuses

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peintureChaque matin, au sud de Bastia, en Corse, des chauffeurs viennent faire le plein d’hydrocarbures au dépôt pétrolier. Hormis un chiffre, noir sur orange à l’avant de la cabine, qui indique un transport de matières dangereuses et le type de produit transporté, il passerait presque inaperçu. Pourtant, ces chauffeurs constituent une catégorie à part, dans le secteur du transport : ce sont eux qui transportent, en France, plus de 80% des produits dangereux, les hydrocarbures. Sur la route, ils vivent ainsi des moments particuliers, propres à la spécificité de leur métier : « comme l’approche des villes, par exemple, pour nous c’est toujours un moment sensible, car la population est beaucoup plus concentrée, donc en cas d’accident, le nombre de victimes peut tout de suite être dramatique », explique ainsi Dumè Luciani, chauffeur poids lourd matières dangereuses. « Je sais que l’Europe réfléchit en ce moment à un GPS intelligent, qui nous permettrait de prévenir plus rapidement les pompiers, les ambulances, les services médicaux… C’est une bonne chose, car même si les accidents avec des matières dangereuses sont rares, l’augmentation incessante du trafic accroît les risques ».

 

securiteDans les ports, des mesures pour accroître la sécurité du transport de matières dangereuses, sont aussi à l’étude : certains ports particulièrement concernés (les ports spécialisés dans le transport de matières explosives, par exemple, ou les ports plus globalement riches en trafic fret), sont ainsi en train de s’équiper pour pouvoir identifier rapidement toutes les cargaisons de matières dangereuses et leur destination : « le but, c’est de globaliser, c’est-à-dire que tous les ports qui sont connectés entre eux doivent pouvoir avoir les mêmes informations, au même moment, ou en tout cas au bon moment », explique Patrice Salini, économiste des transports.

 

matieres_dangereusesRésultat de ces nouvelles dispositions, mais aussi d’une législation nationale, européenne et internationale, qui ne cesse de s’étoffer sur le sujet depuis dix ans, de nouveaux métiers très particuliers apparaissent dans le transport et la logistique. Des métiers dédiés aux matières dangereuses. Par exemple : les conseillers à la sécurité pour les transports de matières dangereuses. « Toutes les entreprises qui transportent, expédient ou reçoivent des matières dangereuses, doivent disposer d’un conseiller à la sécurité, qui est là pour aider à la prévention des risques liés aux opérations de chargement, déchargement et transport de marchandises dangereuses », explique François-Xavier Carbonne, président de l’Association Nationale des Conseillers à la Sécurité. « Chaque type de transport (maritime, fluvial, aérien, routier ou ferroviaire, NB) a sa propre réglementation pour le transport de matières dangereuses. Il faut donc aujourd’hui des personnes qualifiées et compétentes pour identifier immédiatement les risques liés au transport d’un produit dangereux, c’est-à-dire qui peut avoir des conséquences graves pour les personnes, les biens ou l’environnement, mais qui sachent aussi exactement quelles normes doivent être respectées sur telle ou telle portion du territoire mondial, selon que l’on circule sur un seul pays, ou que l’on traverse des frontière ».

 

transportLes exigences, sont aussi de plus en plus élevées en ce qui concerne la qualification des chauffeurs poids lourds : « Tout conducteur de véhicule dont le chargement est composé de produits classés dangereux, a l’obligation pour pouvoir exercer son métier, de suivre une formation réglementaire validée par un examen, et la délivrance d’un certificat renouvelable tous les 5 ans », explique un formateur de l’AFRTRAL (Apprendre et se Former en Transport et Logistique), le plus grand pôle de formation dans ce domaine, en France« La formation de base permet de transporter des produits dangereux en colis (bouteilles, GRV y compris) et en vrac benne, en véhicules citernes et véhicules batterie de moins de 1m3 ou conteneurs citernes de moins de 3m3. Ensuite, les chauffeurs disposant de cette formation de base peuvent se spécialiser dans le transport citernes, de produits pétroliers, de GPL et de classe 1 ».

 

stockageLes entrepôts logistiques, eux aussi, sont de hauts lieux de manipulation de matières dangereuses ou toxiques. Et nécessitent des qualifications particulières. Exemple, à Genlis, dans un entrepôt spécialisé dans la logistique de produits à manipuler avec précaution. Des tonnes de pots de peinture sont ainsi alignés sur plus de 12 000 mètres carrés. La plateforme logistique dernier cri, construite il y a moins de deux ans, alimente les professionnels du bâtiment : chaque jour, près de 20 000 bidons partent d’ici pour être transportés vers des chantiers, un peu partout en France et en Europe. Le site, dispose d’une cellule spécifique pour les matières dangereuses et inflammables, et tout a été pensé en conformité avec les dernières normes : « on a surtout pensé aux préparateurs, avec un renouvellement complet du parc matériel», explique le directeur. « On s’adapte bien sûr aux gestes et postures, avec des chariots de préparation à ciseaux, mais on a aussi supprimé le filmage manuel pour limiter au maximum les risques liés à la manipulation ou à l’inhalation, ces postes là sont entièrement automatisés, mais cela ne nous empêche pas d’embaucher : les techniciens logistiques spécialisés dans les matières dangereuses sont de plus en plus demandés, c’est un fait ».

 

etiquetageComme sur tous les sites logistiques où l’on gère des éléments à risque, une procédure très précise a également été mise en place, pour permettre, quand elle est absolument nécessaire, une manipulation sécuritaire des produits. Dès l’entrée des matières dangereuses dans l’entreprise, au niveau du quai de réception, on vérifie si tout a bien été véhiculé selon le respect de la règlementation sur le transport de matières dangereuses. Puis, des normes d’entreposage strictes doivent être observées au moment du stockage. Même chose au niveau des postes de travail, lorsqu’il y a du reconditionnement à faire, ainsi que pour l’élimination des déchets (il faut suivre à la lettre les prescriptions légales et réglementaires sur l’environnement). Par exemple, si l’entreprise doit retourner des produits abîmés ou des invendus, des barils de solvants usés ou vides, ou des combinaisons de travail souillées, elle doit fournir un document d’expédition et s’assurer que les contenants sont lisiblement et correctement identifiés.

 

normes « De manière générale, sur ce type de supply chain, l’acheteur de matières dangereuses doit s’assurer que son fournisseur ou son expéditeur respecte les prescriptions légales sur le transport des marchandises dangereuses », explique Thierry Athuyt, enseignant en Master Prévention des Risques et Nuisances Technologiques à l’Université d’Aix-Marseille. « Le technicien logistique affecté à la réception des marchandises dangereuses être formé et disposer d’une attestation le certifiant. Formation et attestation doivent être réactualisées tous les trois ans. Le technicien logistique affecté, lui, à l’entreposage des matières dangereuses, devra savoir procéder en fonction des risques présentés (gaz comprimés, matières inflammables et combustibles, matières comburantes, matières toxiques, matières corrosives…) et observer les mesures de sécurité adéquates ». Tous les travailleurs qui utilisent ou sont susceptibles d’être exposés à des produits contrôlés, doivent être formés sur les risques, leur prévention, et les réactions adaptées en cas d’accident (cuvette de rétention, usage du flacon rince-œil ou pas, vêtements et accessoires de protection, premiers secours à un collègue, règles de circulation dans l’entreprise en cas de dégagements de vapeurs toxiques, etc…).

 

chariotC’est crucial, car toute la chaîne des responsabilités est engagée, depuis la direction (responsable de la mise en place des procédures concernant la réception, l’entreposage, la manipulation, l’utilisation et l’élimination des matières dangereuses, le choix des transporteurs et des sous-traitants), les cadres logistiques (responsables de l’application des procédures au sein de leurs équipes, de la formation du personnel, de la conformité des étiquetages), les techniciens qu’ils supervisent (respect des procédures, respect des consignes de sécurité pour le port d’équipements adaptés, etc…) et enfin, le Comité de Santé et de Sécurité de l’Entreprise (suivi régulier, proposition de correctifs à la Direction pour améliorer les mesures en place, etc…).

 

 

7 réflexions au sujet de « Logistique : transporter et manipuler des matières dangereuses »

  1. DUCAROUGE Jean-François

    Bonjour
    C’est bien gentil tout ça! On parle de risques pour la population , de risques de manipulation , de stockage et le toutime … et LE CHAUFFEUR , avec toutes ses compétences , ses formations , son expérience ; il travail à quel tarif ? personne ne dit un seul mot la dessus
    POUR AVOIR DU PERSONNEL IMPLIQUE , RESPONSABLE … IL FAUT PAYER !! TOUT A UN PRIX

    Sur le transport , stockage , de matières dangereuses tout le monde se gave… Sauf le chauffeur !!
    Vous soulevez le problème QUAND ??

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  2. Tommy

    Bien parle J.F,

    Sous pretexte de crise,aujourd’hui un chauffeur de matieres dangereuses est mal paye exactement comme un chauffeur PL normal,c’est scandaleux vu les responsabilites et les contraintes!On devrait tous se reunir et faire une operation escargot en plein milieu de Paris avec nos vehicules.
    Des conducteurs des fois font n’importe quoi pour finir leur journee car ils ont une autre activites aprzs leur boulot pour pouvoir payer les factures.DANGER!!

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    1. Le roi

      j’ai exercé cette profession de conducteur citerne hydrocarbure pendant plus de dix ans un métier que je ne veut plus jamais faire vue les conditions de travail et le manque de respect du grand n’importe quoi j’y ai perdu mon temps Et c’est peut dire!!…….

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  3. Philippe

    Que font nos syndicats, ils ont pas fini avec le nao elle est où la grève pour l’augmentation des salaires en 2015. Ils seraient temps de réagir et de paralyser ce pays. Les actionnaires se goinfrent sur notre dos font des opérations financières et détruises nos emplois.

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  4. Le roi

    j’ai exercé cette profession de conducteur citerne hydrocarbure pendant plus de dix ans un métier que je ne veut plus jamais faire vue les conditions de travail et le manque de respect du grand n’importe quoi j’y ai perdu mon temps Et c’est peut dire!!…….

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