Etre transporteur de matières dangereuses aujourd’hui

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On a beaucoup parlé d’eux il y a quelques semaines, alors qu’ils faisaient entendre leur voix, pour une fois : les transporteurs de matières dangereuses, ces chauffeurs de camions citerne qui traversent la France et l’Europe au volant de leur poids lourd, chargé de gaz, de carburants, de produits chimiques et autres contenus inflammables ou explosifs. Ils réclamaient de meilleures conditions de travail, un aménagement de leurs horaires, un 13eme mois, et surtout, surtout, la reconnaissance – via ces nouveaux avantages – du risque lié à leur profession, ce qui n’était pas réellement le cas jusqu’alors.

 

A peine le nouveau président Macron élu, ils ont été reçus au ministère des transports, et ont obtenu gain de cause sur leurs revendications essentielles. Mais si l’on a beaucoup parlé, alors, du collectif, celui-là même qui bloquait les dépôt de carburant et paralysait dans l’hexagone la majeure partie des stations essence – et donc, par la même occasion, les automobilistes -, on a peu parlé d’eux en tant qu’individus, professionnels au quotidien bien particulier, exerçant un métier à risque, donc, peu connu et mal connu.

 

Aujourd’hui, nous avons voulu vous dresser le portrait de ce chauffeur de camion citerne français, en 2017 : qui est-il ? Comment vit-il ? Quelles sont ses contraintes, ses obligations, quels sont ses droits, ses devoirs, quelle est sa mentalité, quelles sont ses colères et ses frustrations, quelles sont ses fiertés et ses motivations ? Pour le savoir, nous nous sommes rendus sur l’un des plus imposants sites pétroliers de France : la raffinerie de Grandpuits en Seine-et-Marne. Rendez-vous est donné à… 4H15 du matin, il fait nuit noire. Seules lumières vives : celles des phares des camions citerne, rangés en épis sur un vaste parking, impressionnants. Au volant de l’un d’entre eux : Michel P, qui commence tout juste sa journée de travail. Enfin, tout juste… avant de mettre le moteur en route, il a déjà passé du temps à préparer son véhicule et à effectuer le chargement.

 

« Je viens de charger le camion, je pars livrer. Officiellement, le nom de mon métier c’est citernier. Tous les jours je suis au volant de mon camion, que j’ai chargé de 36 000 litres de gazole, et je sillonne la Champagne et l’Ile de France pour livrer les stations service au petit matin. Les gens ne se rendent pas compte, mais ça veut dire une vie en décalé, rythmée par les pauses de sécurité obligatoires au bord de la route, ça fait bientôt douze ans que je fais ça mais c’est réellement épuisant. Je me lève à 2 heures du matin toutes les nuits depuis tout ce temps, faut aimer. Mais ça tombe bien, c’est mon métier et je l’aime ! ».

 

Un métier qui suppose aussi d’énormes responsabilités : par exemple, au moment de la livraison en station, une étape toujours délicate. « Il faut déjà mettre la tenue de sécurité obligatoire, jaune fluo, très couvrante, y compris quand il fait 40 degrés dehors en plein soleil et que vous êtes au beau milieu de l’été, comme en ce moment. On ne se rend pas compte, mais notre boulot par temps de canicule, c’est encore plus difficile que quand il pleut à verse ou quand il neige. La chaleur est notre ennemi, quand on transporte des matières dangereuses. Il faut aussi mettre des chaussures de sécurité et un casque, des gants… De routier notre métier se transforme en celui de technicien ! « On doit être polyvalents dans notre boulot par rapport à un transporteur de marchandises classiques. On est chauffeur mais on est aussi manutentionnaire avec énormément de manipulations délicates et précises à faire, que ce soit au niveau du chargement ou au niveau du déchargement. Avec, à chaque fois, la nécessité d’un vrai savoir faire. On prend aussi des risques, à respirer des matières dangereuses pendant ce type d’opérations, à transporter des liquides inflammables ou des matières explosives, c’est dangereux pour nous, en cas de choc, d’accident, de fuite, de court circuit, que sais-je… mais c’est aussi dangereux pour ceux que nous côtoyons au moment de la mise en citerne comme de la livraison, nous avons la responsabilité de la vie d’autrui, ce n’est pas rien ».

 

Malgré ces responsabilités, Michel ne gagne que 2000 euros net par mois pour 50 heures de travail hebdomadaire. Alors même s’il n’a pas fait grève au moment des débrayages, il a suivi de très près la mobilisation de ses collègues grévistes, et les propositions d’avancées significatives faites par le gouvernement après plus d’une semaine de blocages. « Si la grève a pris fin c’est qu’on a trouvé une issue, et honnêtement c’est une bonne nouvelle pour nous. On mérite vraiment d’être payés plus, tout en travaillant moins ».

 

 

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