Jobtransport en course ! Avec Franck Conti, pilote du team Truck Competition Spirit (TCS)

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Franck, vous venez de passer un week-end au Castellet, racontez nous ! 

franck_contiCe week-end s’est passé encore mieux que ce que l’on espérait, c’était l’anniversaire du camion, on l’a sorti pour la première fois il y a un an au Castellet…. Et déjà l’an dernier on était contents, parce qu’on avait fait une bonne saison avec un camion qu’il fallait totalement mettre au point. On avait vraiment retroussé les manches et on avait fait 5emes au championnat cette saison là, donc était déjà pleinement satisfaits… Mais là cette année, c’était encore mieux ! On est arrivés pour le grand prix du Castellet avec un camion qui avait tout juste un an, sur un circuit maîtrisé, on a tiré les leçons de l’année dernière et du coup… Le Castellet 2015 : que du bonheur !

 

C’est énormément de travail pour quelques heures d’adrénaline ?

jobtransportExactement ! Quand vous amenez un camion sur un circuit, vous n’avez pas de repères, c’est beaucoup de stress : il faut faire les réglages suspensions, la cartographie moteur, changer différents éléments du camion, les turbos, les barres de torsion, la pression des pneus… le camion doit bénéficier d’un réglage particulier pour chaque circuit. Car chaque circuit a sa texture, un revêtement différent avec plus ou moins de « grip », c’est-à-dire d’adhérence. Chaque circuit va avoir une température de piste différente, parce qu’il est très exposé au soleil, ou alors pas du tout : cela joue sur la pression des pneus, qui atteignent leur optimum à une certaine température, mais qui sont moins performants en dessous ou au dessus de cette température. Il faut donc trouver la pression adaptée… Si le circuit est plus ou moins bosselé cela joue aussi sur les suspensions ; selon l’altitude il faut aussi régler la cartographie moteur, sinon le camion va fumer…. On joue aussi sur des turbos de différentes dimensions pour pouvoir se fondre au circuit selon qu’il a plus ou moins de lignes droites, ou au contraire, qu’il est plus ou moins sinueux, avec des virages plus ou moins serrés… Bref, il faut adapter à chaque fois le camion à la configuration du circuit. Du coup le fait de revenir sur un circuit qu’on a déjà pratiqué avec son camion, comme cette année au Castellet, c’est mieux que de débarquer sur un circuit inconnu, forcément.

 

Il faut analyser le circuit avec des réflexes d’ingénieur, quasiment… On n’imagine pas toutes ces subtilités !

castelletC’est fondamental ! Cette année en particulier, car le niveau de la saison va être très élevé, on a huit camions qui proviennent des championnats d’Europe, dont le niveau est nettement plus élevé que les championnats de France. Ce sont des ex camions d’usine, des camions qui ont été développés par des ingénieurs de chez Man, de chez Renault… ils sont donc tous très compétitifs. Du coup, en tant qu’amateurs, si on veut s’amuser à être dans la même « seconde » que ces gens là, on est obligés de jouer encore plus fin qu’eux, d’être encore plus malins, parce qu’on n’a pas toujours les développements moteur qu’ils ont, eux. Il faut vraiment manoeuvrer subtilement : par exemple, ce week-end au Castellet, on n’a pas joué une attaque maximum, j’ai toujours dit à mes gars de l’équipe qu’on ne tenterai pas le diable au départ, qu’il ne s’agissait pas de monter sur les autres camions ! Parce que le week-end a été chaud, long, très contraignant au niveau du circuit pour les mécanos, parce qu’on est quasiment tout le temps à fond donc c’est très compliqué… et c’est seulement à la fin du week-end qu’on a pu faire le point. Et au final, on a été premiers ex aequo, parce qu’on a bien brillé dans notre épreuve mécanique, qu’on a fait une deuxième place dans le gymkhana, et que sur le résultat des courses du week-end, notre plus mauvaise place c’est septième… quand on fait le compte de tout ça, on a un niveau plus qu’honorable.

 

Ce qui est incroyable, c’est que tout cela a commencé entre passionnés avec pas de moyens, pas de sponsors… c’est une success story assez magique ?

piloteComplètement ! Le Team a démarré il y a maintenant une quinzaine d’années, sur un coup de tête ! Moi je faisais partie d’un autre team camion, où j’étais simple mécano, et éventuellement, quand il fallait faire des mises au point, comme le pilote était suisse et qu’il ne pouvait pas toujours se déplacer, c’était moi qui faisait office de pilote pour pouvoir fignoler les réglages du camion, notamment les réglages moteur (puisque je suis mécanicien poids lourd de métier). Un jour, j’ai vraiment eu envie de prendre le taureau par les cornes et de créer mon team, sans aucun budget. A l’époque, on était encore en francs, on a mis cent francs sur la table, avec les copains. On n’avait pas les logiciels qu’on a aujourd’hui pour dessiner sur ordinateur… on a pris un camion d’origine qu’on a rabaissé, on lui a fait une couleur originale, on a fait un dossier sponsoring, et les fameux cent francs ont permis de payer des cartouches d’encre et du papier… ! Et puis, je suis parti comme ça, voir les gens que je connaissais, et certains m’ont fait confiance. On a démarré vraiment tout petit, mon premier Castellet, il y a quinze ans en arrière, j’étais bon dernier, je faisais camion balais !!! Mais ce qui n’a pas changé d’un pouce par rapport à l’époque, c’est qu’on avait déjà la même éthique, celle d’avoir un camion joli, propre, et de bien représenter les gens qui nous avaient fait confiance. Moi je dis toujours : « je ne connais personne qui va coller son nom sur une poubelle, le camion, même s’il est performant moyen, il doit avant toute chose être beau, présentable, et bien mettre en valeur l’image des gens qui nous ont fait confiance ». On a toujours fait les choses dans ce sens là.

 

C’est important d’avoir des sponsors pour aller loin ?

camionCe qu’on a fait nous, démarrer comme on a démarré il y a quinze ans, c’est fini, ce n’est plus possible aujourd’hui. Parce que le prix du gazole a changé, parce que maintenant tout coûte excessivement cher. Aujourd’hui, vous prenez l’autoroute avec un camion, ce n’est pas négligeable comme budget ! Quand j’ai démarré, il y a quinze ans, les transporteurs autour de chez moi me donnaient gratuitement plusieurs dizaines de litres de gazole pour aller courir. Aujourd’hui dans les boîtes de transport, avec la crise, le rendement gazole est devenu une priorité : si je vais voir un transporteur, il va me dire qu’il ne peut pas me donner 90 litres de gazole pour mes courses, et en même temps houspiller son chauffeur toute la journée parce qu’il consomme un litre de plus que les autres ! Donc, il faut tout payer nous-même. Les pièces de mécanique sont aussi de plus en plus chères. Quand on a démarré le camion, c’était un camion de série sur lequel on avait rabaissé le moteur, rabaissé la cabine, bidouillé les pompes à injection, le turbo… Aujourd’hui les amortisseurs sont totalement spécifiques à un camion de course, les turbos sont spécifiques aussi, ce sont des prototypes fabriqués sur mesure pour nous, à la demande. Les barres de torsion, idem… Aujourd’hui, un camion de course, il y a 50% des pièces au maximum qui sont d’origine, le reste ce sont des pièces fabriquées exprès. Un exemple, les pneumatiques : quand on a démarré, on avait des pneumatiques de série, on prenait les pneus d’origine et on les râpait pour diminuer l’épaisseur devant, pour éviter que ça surchauffe trop, mais on faisait la saison comme ça ! Aujourd’hui, un pneu, c’est 500 euros pièces, et sur une course comme le Castellet, on en consomme dix ! Il y a quinze ans, quand on courrait avec un camion, on avait des primes de courses, on gagnait 2000, 3000 francs par course, ce qui payait largement le gazole, la nourriture des mécaniciens sur place… aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Désormais, pour faire une Coupe de France et prétendre être dans les dix premiers, c’est compliqué de faire avec moins de 50 000 euros par saison. Il y a l’entretien des véhicules, le déplacement du matériel et de l’équipe. Les gens de mon équipe sont tous des bénévoles : au Castellet, tout le monde était au travail à 8 heures le matin, c’est une passion pour nous tous. Dix personnes qui se déplacent par leurs propres moyens, qui prennent le train, l’avion, leur voiture… ils font déjà tout gratuitement, je ne vais pas leur demander en plus de sortir de l’argent de leur poche. Mis bout à bout, cela fait des sommes ! Je leur paye les frais de transport, les repas pendant les courses, c’est un minimum que je leur dois. Tout cumulé, c’est un budget énorme, c’est pour cela que je dis que nous on a eu la chance de démarrer à une période où c’était encore possible avec peu de moyens. Aujourd’hui, ceux qui démarrent, je les aide énormément, je leur donne mes anciens amortisseurs quand je les change pour des neufs, etc… parce que c’est comme ça qu’on va continuer à faire vivre la Coupe de France.

 

Et quelle relation avez-vous avec votre public ?

spectateursUne relation fabuleuse ! Ceux qui viennent voir les courses de camions, ce sont bien sûr énormément d’acteurs du monde du transport, mais aussi des touristes, et beaucoup de gens totalement hors du métier, mais qui viennent pour l’ambiance, et puis aussi, parce qu’une fois que vous avez payé votre entrée pour les courses de camions, vous pouvez venir les toucher, les regarder, discuter avec les pilotes… il n’y a pas beaucoup de disciplines où vous pouvez encore faire ça. Moi ce week-end, j’ai serré la main de 400 personnes et j’ai signé plus de 1000 autographes. On est accessibles.

 

Comment s’est construit le partenariat avec Jobtransport ?

departJobtransport était présent sur le retour du grand prix du Castellet il y a un an. Quand ils ont vu mon nouveau camion passer, un camion avec « museau » comme on dit, les fondateurs de Jobtransport ont trouvé qu’il était super beau et original. Le responsable de l’organisation des épreuves me les a présentés, on a discuté une bonne heure ensemble, je leur ai présenté le matériel, le team, expliqué comment ça se déroulait, etc… et j’ai vu vraiment que ça leur plaisait et que ça les intéressait. Ils m’ont dit qu’ils allaient réfléchir, mais qu’ils seraient fiers d’apposer « Jobtransport » sur notre véhicule, parce que ça reflétait bien leur image. Ensuite, je les ai invités sur d’autres épreuves, ils sont notamment venus au Mans sur la dernière épreuve de la saison, et ils ont passé le week-end avec nous. Ils ont été stupéfaits de ce monde là, de l’ambiance, de la chaleur entre les gens, de la solidarité, du bon esprit… et le partenariat a démarré. Ce week-end au Castellet, ils étaient au sein du team, ils ont assisté à la partie course, animation, gymkana, ils ont vu comment on démontait le camion pour l’adapter, le modifier, et au fur et à mesure qu’ils découvrent, ils sont de plus en plus passionnés !

 

Sans ce partenariat, qu’est-ce que vous n’auriez pas pu faire ?

sponsorCe que le partenariat Jobtransport nous offre, c’est de pouvoir faire évoluer notre camion, de pouvoir acheter des pièces spécifiques, d’améliorer notre véhicule de course constamment pour gagner quelques secondes sur les circuits, chaque année. On ne peut pas raisonner en se disant « aujourd’hui on a un camion qui marche bien, hop on l’entretient et puis c’est bon, ça tient comme ça », non, ça ce n’est pas possible. Si vous faites ça, vous êtes dans les premiers au début, mais cinq ans après vous êtes douzième ou quinzième ! Il faut une évolution permanente du matériel, et un partenariat avec une entreprise comme Jobtransport, qui nous fait confiance, ça nous permet de rester les plus performants possible. On a beau être un team amateur, ce qui nous intéresse, c’est la plus haute marche du podium !

 

Quel plaisir vous trouvez dans cette forme de compétition ?

courseJ’ai toujours aimé les prestations de vitesse, et ma deuxième passion, c’est de construire des camions et de les faire évoluer. Ce qui me fait vibrer, c’est de partir de rien, des deux poutres du châssis, de la cabine et du moteur d’origine du camion (minimum exigé par le règlement, ndlr), et d’arriver à un camion de la qualité de celui qu’on a aujourd’hui : un Volvo VN qui vient de Floride, et qu’on ne retrouve qu’au Canada et aux Etats-Unis, et quelques exemplaires au Brésil, c’est tout. Il n’y a pas de camion comme ça en Europe. Voir notre camion sur les circuits, pour les spectateurs, c’est aussi un moment rare et précieux, parce qu’on ne peut pas voir le même sur les routes européennes, il n’a jamais été distribué en Europe.

 

C’est classe alors, pour Jobtransport, d’avoir son nom partout sur votre bolide !

competitionsC’est sûr ! Et c’est pour ça qu’on voulait partir sur un camion atypique, pour honorer nos partenaires. Les camions sur les circuits, aujourd’hui, ils se ressemblent tous, ils ont tous la cabine en avant, et ne se démarquent que par les couleurs. Alors que nous, notre camion, on ne peut le confondre avec aucun autre, c’est impossible ! Notre philosophie, c’est de construire des camions uniques et qui se voient de loin ! Celui là, on l’a trouvé sur Internet, sur un site de camions d’occasion, et on l’a fait rapatrier via la Belgique. On l’a ramené chez nous, entièrement démonté, on a dériveté toutes les traverses du châssis, il n’y avait plus deux pièces collées ensemble ! Tout a été démonté, contrôlé, sablé, modifié pour la compétition. On a allégé, modifié le centre de gravité, la cabine… ça nous a pris 4 ans entre l’achat du véhicule et la première sortie au Castellet ! Dont deux ans très intenses, avec un minimum de deux heures de travail par jour, le soir après le boulot avec une première équipe, et une deuxième équipe qui prenait le relais, un à deux week-ends par mois.

 

Quand on consacre sa vie à cette passion, quelles sensations on éprouve dans la cabine de pilotage, quand le moment du départ est enfin arrivé, après autant d’heures de travail ?

podiumPendant la course, je savoure le plaisir de me battre avec les autres camions, je ne pense pas au danger. J’essaye de rester un maximum concentré, sinon c’est la catastrophe. Il faut rester focalisé sur son pilotage et surtout piloter intelligemment. Il ne faut pas simplement vouloir la première place coûte que coûte, il faut aussi penser à économiser la mécanique, penser à ne pas trop taper dans les autres parce que ça abîme le camion… J’essaie de réfléchir à tout ça, tout en essayant d’aller vite et de ne pas perdre de temps. Le pilote qui commence à penser au danger, il ne peut plus courir. J’ai eu des collègues qui ont eu de très gros accidents : quand on reprend le camion après un gros accident, les résultats ne sont plus là, ce n’est pas possible. C’est pour cela que je garde toujours une marge, que je m’impose de rester à la limite de mes capacités, et si je dépasse mes limites, il faut que ce soit sur un temps très court, pour ne pas faire n’importe quoi. Et puis ensuite, quand je reviens de la course, je dis toujours à mes gars « ce n’est pas ma victoire, c’est notre victoire ». C’est la victoire du pilote, mais aussi des mécaniciens et des partenaires, parce que si on enlève un morceau du trio, ça ne marche plus ! Si vous enlevez le pilote, évidemment, le camion il ne peut pas rouler, mais si on enlève les mécaniciens, le camion il ne fonctionne pas non plus. Le camion de compétition demande un énorme entretien et un énorme développement. Et si on n’a pas de partenaires derrière, il n’y a pas d’évolution : vous avez beau avoir le meilleur mécanicien du monde, si derrière il n’a pas d’outillage, pas de matière première pour fabriquer quelque chose, il ne peut rien faire. C’est pour ça que la victoire est commune. Tout le monde, même le cuisinier qui permet à l’équipe de se restaurer le soir, tout le monde gagne avec moi. J’ai la plus belle équipe et les meilleurs partenaires dont on puisse rêver. Je les ai choisis autant qu’ils m’ont choisi, et ça fonctionne parce qu’on a les mêmes valeurs et le même esprit.

 

Vos meilleurs souvenirs dans la compétition ?

challengeQuand j’ai gagné Nürburgring en Allemagne, alors que le team avait à peine quatre ou cinq ans : ça, c’est un souvenir magique, parce que c’est quand même un circuit mythique ! Le haut du podium à Nürbürgring, c’est un souvenir que je garderai toute ma vie. Et puis aussi, l’année dernière, quand on est arrivés avec ce nouveau camion, sur lequel on a travaillé des années, et puis à temps plein le dernier mois avant la présentation, pour qu’il soit prêt. Une grosse émotion. Quand le camion est arrivé, qu’on l’a déballé, qu’on l’a présenté, les gens avaient la larme à l’œil, certains de nos partenaires ont pleuré, parce qu’ils ont vu d’où on est partis et où on est arrivés. Ils nous ont dit que leur nom sur ce si beau camion, c’était un cadeau magnifique qu’on leur faisait. Et ça, c’est aussi un très, très, très beau souvenir.

 

Prochain challenge ? 

circuitOn attaque la saison, dans moins de quinze jours on sera à Nogaro. Le but cette année, c’est de la réussir le mieux possible. Il y a vraiment du bon matériel au Championnat de France, ça va être compliqué, mais notre idéal, ce serait d’améliorer nos performances d’une ou deux places. On est sixièmes pour l’instant, si on arrive à finir le championnat à la quatrième ou à la troisième place, on serait vraiment ravis, et on aura vraiment fait une très belle saison. Surtout, j’incite toujours les gens qui ne connaissent pas, qui ne se sont pas déplacés sur les circuits, à venir voir. Le spectateur qui vient voir une course de camions, il revient toujours !

 

Retrouvez le résumé de la saison 2014 du Team TCS en vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=DCKxkiqFigA

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