A l’heure de la transition énergétique, les trains de nuit pourraient booster l’emploi

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Alors que la SNCF annonçait la semaine dernière des suppressions de postes dans le fret (lire notre article), le train de nuit est un modèle qui semble avoir de nouveau la côte auprès des usagers et pourrait offrir dans les années qui viennent, un joli rebond pour l’emploi dans le ferroviaire : après l’abandon de ces lignes nocturnes en France et en Allemagne il y a plusieurs années, elles sont au contraire développées par des pays européens qui y voient le nouvel avenir du rail, alors que les voyageurs se déplacent de plus en plus, et souhaitent désormais n’avoir plus aucune contrainte ni d’horaires ni destinations lorsqu’ils prennent le train… un mode de transport en accord avec les politiques de transition écologiques prônées par les gouvernements du vieux continent, mais aussi par des utilisateurs de plus en plus soucieux de leur empreinte carbone.

 

Ainsi, en Suisse par exemple, de nouvelles lignes de trains de nuit sont en réflexion pour des liaisons au départ des plus grandes villes, et certaines sont même déjà réactivées, notamment à Zurich, à Genève, et prochainement à Berne ; en Suède, c’est un usage qui redevient très courant, alors que se développe dans le monde et en particulier dans les pays nord européens (à la conscience écologique nettement plus développée qu’en France) un phénomène que les experts nomment le « Flygskam » : en clair, la honte de prendre l’avion, le moyen de transport qui génère l’une des plus importantes pollution de l’air. Les réservations de vols ont baissé dans ces pays là, tandis que les voyages en train connaissent une forte augmentation, et les trains de nuit tout particulièrement, avec une augmentation de la fréquentation de… 100% selon la compagnie transeuropéenne Interrail ! Même constat en Autriche, dans les Balkans, dans certaines portions frontalières de l’Allemagne ou en Italie.

 

En France, c’est – à la demande des associations d’usagers – le Sénat qui a souhaité que la future loi d’orientation des mobilités se penche sur la question du renouveau des trains de nuit : lors d’une séance de questions à la Ministre des Transports Elisabeth Borne, la chambre haute du Parlement français soulevait ainsi « la pertinence d’investir dans les intercités de nuit  modernes, notamment pour désenclaver les régions du sud de la France. À l’heure actuelle, de nombreuses villes demeurent à cinq heures de train de Paris et les temps de trajet sont souvent de plus de sept à huit heures sur les transversales (vers Lyon, Strasbourg, Nantes, Lille, Nice). Dans ces conditions, il peut sembler opportun de mettre en avant une mobilité pratique pour de tels temps de trajets et l’ICN possède de nombreux avantages. Il permet par exemple d’arriver tôt le matin, de partir après une journée de travail ou d’arriver en centre-ville. Il semble être également un complément efficient aux lignes à grande vitesse (LGV) et, dans l’hypothèse d’une rénovation de qualité au niveau du confort des voitures, pourrait présenter une offre de mobilité touristique attractive », expliquait la Sénatrice Viviane Artigalas, secrétaire de la commission sénatoriale des affaires économiques

 

Dans plusieurs villes, à l’automne 2018, des militants du collectif « Oui au train de nuit » avaient même mené des actions pour réclamer le retour de ce mode de transport nocturne : « c’est clairement le mode de transport du futur », explique l’association. « Il y a une vraie demande, les enquêtes montrent que si ce moyen de se déplacer redémarrait, les trains de nuit pourraient afficher rapidement des taux d’occupation très intéressants et rentables. Il y a une forte demande des plus jeunes et des familles, mais aussi des voyageurs d’affaires et des commerciaux. Ils sont demandeurs de moyens de transport écologiques, pas très chers, et qui offrent des sensations différentes, pleines de charme. Le train de nuit est une alternative très sérieuse à l’avion et à la voiture. Cela permet d’économiser des nuits d’hôtel, quand on se déplace, c’est donc rentable pour les usagers, qui payent en moyenne deux fois moins cher leur billet de train par rapport à un voyage équivalent en avion ; et pour les compagnies européennes qui proposent ce service : elles  sont bénéficiaires sur leurs lignes de nuit ».

 

L’hypothèse d’un retour en force des trains de nuit sera au cœur des élections européennes, en ce mois de mai 2019, et figurent au programme de nombreux candidats. Une belle opportunité, évidemment, pour l’emploi : les conducteurs, contrôleurs , agents de guichet et techniciens de surface pour le nettoyage, pourraient être recrutés par dizaines, voire par centaines en France, si les compagnies décidaient de remettre les trains de nuit au goût du jour. Avec de nombreux avantages salariaux et des droits à la retraite plus avantageux en raison des horaires décalés. Aujourd’hui, selon la dernière enquête menée en France par le journal Le Figaro, près de 6 Français sur 10 (sur 40 000 votants) se disent « prêts à préférer le train à l’avion pour des raisons écologiques ». Selon la Direction générale de l’Aviation Civile, citée par le quotidien, 71% des répondants évoquaient leurs voyages en famille ou entre amis pour les vacances et les loisirs, et 28% pour des motifs professionnels.

 

 

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