Le réchauffement climatique ouvre de nouveaux circuits logistiques

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Ils sont une quarantaine de navires à transiter par-là chaque année, pendant quelques semaines…. Mais pour la première fois dans l’histoire de la logistique maritime, c’est un porte-conteneurs, le Venta, du groupe danois Maersk, lourd de plus de 40 000 tonnes et long de 200 mètres, parti d’Asie pour rallier l’Europe, qui a pu passer par un circuit jamais encore emprunté par des navires de cette envergure : l’Arctique nord, en seulement 5 petites semaines… un record. A son bord, 36 000 conteneurs, qui ont transité par l’Extrême-Orient russe, et sous des températures proches de moins trente degrés… une petite révolution pour la logistique mondiale.

 

« Cinq semaines, cela signifie deux semaines de gagnées par rapport à un trajet classique transitant par le canal de Suez, c’est-à-dire par le sud », explique le Centre d’Etudes des Mondes russe, caucasien et centre européen (CERCEC). « Ici, le porte-conteneurs est passé par un circuit qu’on connaît, le circuit dit nord-est, mais qui était jusqu’alors impraticable pour des navires de cette taille, et totalement bloqué par les glaces même pour les autres bateaux, 90% de l’année. Quand il est libre, il permet de faire la route en 35 jours au lieu de 48. Avec le réchauffement climatique, le passage s’est libéré en largeur et beaucoup plus longtemps dans l’année. C’est une mauvaise nouvelle pour l’environnement et la planète, bien sûr, mais en l’état des choses cela pourrait changer complètement les flux maritimes de la logistique mondiale. C’est encore un circuit coûteux pour les transporteurs, parce qu’il est inhabituel, qu’il faut briser la glace et utiliser des paquebots équipés pour résister aux très basses températures, mais en même temps cela permet d’économiser des frais de route sur 15 jours, donc de proposer pour l’instant des tarifs au moins équivalents au circuit traditionnel, et à terme, de baisser les prix en restant rentable ».

 

Le navire, parti fin août 2018 de Vladivostok, est arrivé à Saint-Pétersbourg le 27 septembre 2018. « Le fait que ce nouvel itinéraire ait été testé par le leader du transport mondial n’est pas anodin, cela signifie que les circuits du fret maritime pourraient réellement être bouleversés dans les années qui viennent par ces nouvelles possibilités. Elles font gagner du temps non négligeable sur des circuits déjà longs », analyse le Comité des Armateurs Fluviaux. « Pour les transporteurs, garantir une livraison en un mois au lieu de deux est énorme, cela pourrait modifier complètement le marché, avec une offre plus compétitive et plus accessible. Cela pourrait redistribuer les modes de transport, favoriser pour certains types de marchandises le maritime par rapport au routier ou à l’aérien, et finalement peut-être qu’ainsi on pourrait équilibrer la pollution carbone : si un seul gros navire porte-conteneurs remplace des milliers de camions ou le kérosène de deux ou trois avions de fret aérien, peut-être qu’en matière d’empreinte carbone on peut y gagner aussi. D’autant que les armateurs sont aujourd’hui obligés de songer à des navires propres, à la demande des Etats soucieux de préserver l’environnement ».

 

Quelques 15 000 kilomètres en passant par le nord jusqu’à Rotterdam, 20 000 en partant de Shanghai et en passant par le sud : le projet a de quoi séduire. « Nous avons profité de ce voyage, cette première mondiale, pour collecter des informations sur ce trajet, considérer les coûts liés à l’accompagnement du navire par des brise-glace sur certaines portions de trajet, et recueillir tous les éléments nécessaires à une réflexion aboutie sur la généralisation du transport de conteneurs par cette nouvelle voie », explique Maersk. « On est encore loin de la généralisation de cette route commerciale, mais pourquoi pas dans les décennies qui viennent ». D’autres compagnies de fret maritime se montrent elles aussi intéressées par ces nouvelles possibilités : notamment le Russe Novatek, ou le Chinois Cosco.

 

« Les nouvelles routes maritimes par les pôles, au nord mais aussi au sud, attirent de plus en plus la convoitise des transporteurs maritimes, la Russie et la Chine mais aussi le Canada, les Etats-Unis, la Norvège, la Suède, l’Islande, la Finlande, le Danemark…. », explique le Groupe d’Etudes Géopolitiques. « A terme, si ces nouvelles routes deviennent incontournables pour la logistique du commerce mondial, les ports français pourraient se retrouver encore plus au centre du trafic international qu’ils ne le sont aujourd’hui, car les arrivées de ces routes se feraient inévitablement par les côtes de l’Europe pour ensuite dispatcher les marchandises vers l’intérieur du vieux continent. Et la France est le pays européen qui compte la plus grande surface de côtes maritimes ».

 

 

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