Le transport aérien français risque-t-il de se crasher ?


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22L’utilisation du terme, un « crash » du transport aérien à horizon rapproché – 2035 – ne vient pas de nous, mais des parlementaires qui ont rédigé le rapport publié le 28 février 2017 devant les députés de l’Assemblée Nationale. Un rapport sur la « politique aéroportuaire » en France, dont le rapporteur n’est autre que le député maire socialiste de Gonesse, en banlieue parisienne, une ville située à quelques encablures seulement de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Et le titre est ainsi formulé : « à quel horizon le crash du transport aérien français aura-t-il lieu ? ».

 

12« Le terme a été utilisé à dessein pour alerter sur une situation réellement alarmante », explique le parlementaire. « La saturation des aéroports, l’explosion du nombre de passagers, rend leur exploitation de plus en plus délicate. On en arrive régulièrement à des situations comme à Nantes, où plusieurs centaines de vols sont refusés chaque année, à cause d’installations désormais étriquées ». D’après le rapport, l’aéroport de Nantes-Atlantiques connaît ainsi la plus forte croissance de tous les aéroports d’Europe, et cela depuis maintenant une bonne dizaine d’années, si bien que, quand la saturation globale des aéroports français menace à horizon 2035, à Nantes c’est carrément dès 2020 que les installations seront en déficit de capacité selon la DGAC, la Direction Générale de l’Aviation Civile française.

 

8Les associations favorables à la construction de Notre Dame des Landes fournissent des chiffres tout aussi éloquents, même si on peut imaginer qu’ils ne sont pas forcément objectifs. Nous avons pu en vérifier quelques uns, et ils parlent d’eux-mêmes : entre 200 et 300 vols refusés par mois depuis 3 ans, une centaine refusés chaque mois depuis 2014 également, et une moyenne à 400 000 passagers en moyenne mensuelle, avec +30% de croissance pour les mouvements depuis 10 ans. Et un trafic de 4,5 millions de passagers par an en 2015, soit avec 3 ans d’avance sur les prévisions de l’enquête publique. Résultat : une infrastructure à saturation plus d’un tiers de l’année (135 jours par an exactement) et des exploitants contraints pour s’en sortir de multiplier les vols de nuit.

 

18« Après avoir entendu tous les acteurs essentiels du transport aérien en France, nous sommes en mesure d’affirmer qu’il existe une absence totale de stratégie aéroportuaire de la part des gouvernements successifs depuis des années dans notre pays », analysent les députés à l’origine du rapport parlementaire. « Tous les grands projets, à Nantes mais aussi en Picardie par exemple, ont été tour à tour abandonnés ou reculés aux calendes grecques. Ce manque d’anticipation est dramatique, dans la mesure où dans moins de 20 ans, toutes les plateformes existantes seront soit obsolètes, soit beaucoup trop petites, et dans tous les cas incapables de répondre à la demande. Si l’on reste dans cette absence de précision et de prévisions, on assistera réellement à un crash du transport aérien en France ».

 

10Les députés recommandent essentiellement de multiplier les projets d’aéroports neufs, décentralisés, avec des infrastructures modernes et évolutives en matière de capacité, en mutualisant entre plusieurs aéroports proches (par exemple Beauvais / Roissy / Orly / Châteauroux / Vatry) l’exploitation des plateformes, avec des synergies pensées en fonction de la géographie des différents lieux et leur complémentarité. Ils estiment aussi nécessaire d’élaborer un vrai schéma national du trafic et des capacités aéroportuaires dans le pays, afin 1d’adapter au mieux l’offre à la demande. Ils préconisent par ailleurs de décloisonner l’offre de transport aérien pour la remettre en meilleure cohérence avec les autres acteurs du transport, les trains bien sûr, mais aussi les métros ou les possibilités de transport fluvial pour certaines grandes villes (Paris, Nantes, Rouen…).  Comme les acteurs du transport routier, les parlementaires demandent aux pouvoirs publics une plus grande fermeté vis-à-vis des institutions européennes pour lutter contre le dumping social et la concurrence déloyale de certaines compagnies low cost, et en balisant davantage le droit du travail. Enfin, ils estiment nécessaire d’abaisser le niveau des taxes et différentes charges qui pèsent à la fois sur les compagnies et sur les gestionnaires d’aéroports.

 

 

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