Le transport français de marchandises crée 20 emplois tous les jours

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L’année dernière aura été, à la surprise générale, et comme indiqué dans notre billet précédent d’ailleurs, une année étonnamment faste en matière d’activité dans le transport et la logistique, avec un regain de croissance et de demande client de plus de 20% par rapport à 2016. Un constat valable aussi bien pour les grands groupes que pour les PME et même les TPE. Résultat : elles ont embauché bien plus que prévu pour faire face aux commandes. Et doivent même affronter, comme déjà indiqué également dans les colonnes de Jobtransport, une certaine pénurie de main d’œuvre. D’autant que la tendance 2017 se poursuit nettement depuis le début de l’année 2018, selon l’Observatoire du E-commerce et de la logistique.

 

« L’an dernier, les deux secteurs confondus du transport et de la logistique ont créé en moyenne 20 postes tous les jours, pour assumer l’augmentation de l’activité et combler les besoins en renfort, mais aussi pourvoir de nouveaux postes, qu’il a fallu imaginer afin de permettre aux entreprises de s’adapter et d’offrir à leurs clients des services correspondant à l’évolution de leurs attentes, en termes de rapidité, d’efficacité, de complémentarité, de globalité et de qualité comme de quantité. Aujourd’hui, le consommateur de prestations de transport et de logistique attend du sur mesure, de l’ultra rationnalisé, à moindre coût. On doit être capable de lui livrer de tout, sous toutes les formes de conditionnement, en toute petite quantité comme en très grande quantité, tout en restant compétitifs sur les prix. Il nous a donc fallu créer des postes d’ingénieurs logistiques, capables d’imaginer pour chaque demande le meilleur système, celui qui satisfera aussi bien le demandeur que l’entreprise prestataire », explique le patron d’une importante entreprise de transports du grand ouest. « Pour être le plus flexible possible, nous avons aussi dû apprendre à travailler ensemble, tous les transports français, plutôt que d’être en rivalité. Nous formons aujourd’hui ensemble une sorte de grand consortium plutôt solidaire, qui nous permet de mieux faire face à la concurrence souvent déloyale des pays d’Europe de l’Est, et de proposer du transport personnalisé aux clients, pour un prix qui reste compétitif ».

 

Dans le même temps, le patronat du secteur a du faire face à l’augmentation du coût de la main d’œuvre française qui a suivi les accords sociaux signés il y a quelques mois, pour garantir notamment aux chauffeurs leurs frais de déplacement et une revalorisation des grilles de rémunérations conventionnelles, qui ont grimpé de 1.5% à partir du 1er avril 2018. Pour les employeurs, cela a fait grimper la part des dépenses de rémunération du personnel à 36% du coût d’exploitation global. Soit une hausse de 2% par rapport aux mois précédent la mise en application de la mesure. « Malgré tout, cela ne nous a pas découragé d’embaucher », analyse la Direction des Ressources Humaines d’un grand groupe de transport de marchandises spécialisé dans le frigorifique. « D’abord parce que nous n’avons pas le choix, le développement ne peut pas se faire à cette allure là sans recruter derrière, sinon on ne peut tout simplement pas suivre ; et surtout, des chauffeurs mieux valorisés, récompensés financièrement de leurs efforts, sont évidemment plus motivés, plus consciencieux, plus disponibles, plus flexibles. C’est un cercle vertueux, car la qualité de service entraîne un effet positif de bouche à oreille d’un client à l’autre. Et le relationnel au chauffeur est primordial : un chauffeur mal luné avec le client au moment de la livraison sera responsable de retombées négatives sur l’image de toute son entreprise. Au contraire, un chauffeur aimable et serviable, ponctuel, content de faire ce qu’il fait, aura un impact positif sur le client et cela en fera bénéficier toute la société. Surtout aujourd’hui avec les réseaux sociaux, et des internautes qui n’hésitent plus à nous noter sur internet, avec parfois des commentaires catastrophiques pour nous… ou dithyrambiques au contraire, et dans ce cas cela se répercute direct sur le carnet de commandes ». 

 

Autre hausse des dépenses, celle liée au coût de revient des véhicules : ce dernier a augmenté en moyenne de 1% en 2017, à cause essentiellement de la revalorisation des tarifs aux péages, et du renouvellement du parc de véhicules obsolètes. « Mais là encore, cela n’a pas impacté l’emploi, dans la mesure où le regain d’activité a largement suffi à absorber ces dépenses supplémentaires. Globalement, les indices de production des véhicules et les indicateurs d’activité des parcs de véhicules exploités en longue distance se sont améliorés par rapport à 2016 », estime-t-on au Ministère des Transports. « La croissance et la reprise de l’activité concernent tous les transporteurs, même si parfois les petites entreprises mettent plus de temps à optimiser leur productivité. Et ce qui est encourageant, c’est que cela concerne même le transport de marchandises à l’international : le pavillon français n’est plus déficitaire ‘que’ de 1%, alors qu’il était à -7% l’année précédente ».

 

Aujourd’hui, les chauffeurs attendent donc des répercussions de ces bons résultats sur la fiche de paye et les conditions de travail : ils sont nombreux à témoigner en ce sens sur notre blog, pour réclamer notamment une meilleure formation et surtout, une prise en charge des permis par les employeurs ; ou encore, davantage de recrutements en CDI par rapport à l’intérim. D’autres, réclament une revalorisation salariale et une baisse du nombre d’heures travaillées, ou encore un renforcement des dispositifs de sécurité sur la route. Des conditions essentielles, selon eux, pour redonner envie aux jeunes générations qui arrivent sur le marché, en redorant le blason d’une profession souvent taxée de pénible, et qui souffre d’un déficit d’image.

 

 

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