Les transports : un thème de campagne pour la présidentielle (1)

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Partie 1 : les propositions de la droite, de l’extrême droite et du centre

Pour la campagne de l’élection présidentielle, les transports constituent sans aucun doute un thème de débat important, au cœur des programmes de presque tous les candidats. A commencer par ceux de la droite et du centre.

 

1Même s’il n’est pas encore officiellement déclaré candidat, François Bayrou, président du Modem, est largement revenu à plusieurs reprises sur les grèves dans les transports, qu’il s’agisse des personnels des compagnies aériennes ou des cheminots de la SNCF : « Il y a aujourd’hui un abus de pouvoir clair et inacceptable dans les transports, dont les salariés savent pertinemment qu’ils tiennent des positions clés pour le quotidien des Français, à qui ils imposent par des moyens de pression comme la grève un véritable chantage. Et en faisant cela ils imposent leurs propres vues, pour leurs intérêts particuliers. On se retrouve dans une situation où on abandonne l’intérêt général pour des intérêts particuliers. Je demande, comme tous les Français l’exigent, parce qu’ils sont profondément indignés, qu’on légifère pour empêcher ce genre de comportements dans des moments cruciaux où l’intérêt général est profondément menacé ».

 

Du côté des Républicains et du candidat François Fillon, les transports sont aussi au cœur de la bataille pour l’élection présidentielle de 2017. Valérie Pécresse, un moment en froid avec le candidat officiel de son parti, a finalement rejoint son équipe de campagne. Présidente de la région Île de France, elle connaît par cœur le dossier des transports… et ne mâche pas ses mots : « on doit faire mieux d’action publique avec moins d’effectifs. J’ai toujours dit clairement qu’il ne fallait pas remplacer un certains nombre de personnes partant en retraites, et qu’il faut arrêter de sanctuariser certaines corporations qui jouissent encore de privilèges d’un autre temps. Cet argent, c’est l’argent des impôts des Français et on doit le leur rendre en actions complètes, et pour l’instant dans les transports c’est très loin d’être le cas. Le RER et les transports à Paris et en banlieue parisienne sont un cauchemar pour des millions d’usagers qui subissent des problèmes techniques ou des retards. Plutôt que d’augmenter sans cesse le prix des transports, il faut proposer un plan de régénération totale des transports : remplacer un matériel roulant qui est aujourd’hui hors d’âge, mais aussi travailler avec les opérateurs pour qu’ils accélèrent les travaux de rénovation. Il faut accélérer la régénération du réseau, dans un état de vétusté inquiétant. Au-delà de Paris, il faut penser aussi aux régions car tout le réseau est connecté. La question du financement ne se posera qu’à la condition qu’en contrepartie il y ait une réelle amélioration de la qualité de service. Pas de démagogie électorale mais un discours de vérité, c’est cela que les usagers attendent aujourd’hui en matière de transports ».

 

2Des déclarations qui cadrent avec le programme de François Fillon : baisser les dépenses publiques de 100 milliards d’euros en 5 ans, mais aussi augmenter le temps de travail des fonctionnaires de 35 à 39 heures, et surtout relancer les privatisations : une solution plutôt radicale pour les transports que le candidat de droite estime fondamentale : « il faut sortir l’Etat des entreprises où il n’est pas nécessaire, car cela représente un portefeuille de près de 90 milliards d’euros ». Or, si l’Etat possède des participations dans environ 80 sociétés aujourd’hui, la SNCF est l’une des plus coûteuses car très endettée. Et l’Etat possède 100% du groupe, contre seulement 33% d’Engie ou encore 20% de Renault. Pour François Fillon, l’entreprise SNCF « pourrait être vendue sans que cela donne lieu à des drames épouvantables, car elle évolue dans un secteur commercial, donc concurrentiel. Il y a simplement deux obstacles éventuels : des conflits sociaux puisque la compagnie est coutumière du fait, et à qui vendre pour vendre bien. Les groupes comme la SNCF ont besoin d’objectifs à long terme pour être rentable et se porter bien. Mais quand l’Etat s’en mêle, il introduit des considérations à court terme, et c’est typiquement le cas de la SNCF, qui a été mise à contribution pour sauver le site de Belfort avec des commandes inutiles, alors qu’elle est elle-même dans un grave déficit chronique ». Pour ce qui concerne le transport routier, François Fillon prône un allégement des charges sociales pour les patrons, déjà souvent en difficultés financières avec la crise économique et surtout la concurrence des pays de l’Est, qui pratiquent des tarifs imbattables grâce essentiellement à une main d’œuvre à bas coût. En revanche, le candidat du parti Les Républicains est très attaché à une réduction des émissions de gaz à effet de serre pour lutter, « d’urgence », contre le changement climatique. Il souhaite donc une sortie rapide des énergies fossiles au profit d’énergies dites « décarbonnées », le nucléaire et les énergies renouvelables par exemple. Mais avec une réforme pas simplement hexagonale sur la pollution au CO², mais européenne : mettre en place un prix plancher des carburants polluants, pour accroître la compétitivité des énergies plus propres. A terme donc, les transporteurs doivent s’attendre à des mesures punitives. Le candidat souhaite ainsi fixer un prix minimal de 30 euros par tonne de CO² émise, et faire jouer à plein le principe de responsabilité. Le patronat du secteur routier devra forcément trouver les moyens de s’y adapter, sous peine de payer des amendes dissuasives.

 

dupont-aignan-4Le candidat de « Debout la France », Nicolas Dupont Aignan, a fait des services publics son cheval de bataille : vœux filmés dans un hôpital, ou coups de communication… dans les transports publics, sa vraie bête noire. Il dénonce régulièrement les problèmes rencontrés dans le métro parisien ou le RER, par exemple. Son slogan sur le sujet résume bien ses positions : « Ne vous laissez plus faire » ! Ce qu’il propose ? A la fois abaisser le coût pour les contribuables des transports en commun, qu’il estime beaucoup trop chers, et dans le même temps les améliorer en termes de qualité et d’efficacité, mais aussi de modernité… il trouve les infrastructures comme le matériel roulant beaucoup trop vétustes, lui aussi. Par quel coup de baguette magique imagine-t-il faire mieux en dépensant moins ? Arrêter l’expansion du réseau, comme le projet du Grand Paris par exemple, pour se concentrer sur l’existant : « plutôt que de préparer des grands projets qui ne fonctionneront jamais, il faut d’abord réparer ce qui existe et l’améliorer. Plutôt que d’imaginer des chantiers titanesques à horizon 2040, il vaut mieux mettre l’argent là où il est nécessaire maintenant : laisser les transports publics ouverts et en service jusqu’à 3 heures du matin, fusionner les régies de transports partout où elles doublonnent, créer beaucoup plus de parkings, partout, pour faciliter les déplacements en voiture pour les usagers, et investir au moins 5 milliards d’euros pour limiter les bouchons sur les routes et les autoroutes de France »,, explique-t-il.

 

5Enfin, Marine Le Pen, la présidente du Front National, elle cherche tout particulièrement à séduire les acteurs du transport de marchandises : d’abord, augmenter de 200 euros les salaires des Français qui gagnent jusqu’à 1500 euros nets par mois. Sur la base du salaire fixe hors primes, beaucoup de chauffeurs routiers sont concernés. Autre mesure destinée à faire voter pour elle les patrons du secteur des transports, une baisse significative de la TIPP, si elle est élue. Cette taxe sur le carburant serait baissée de 20%, soit une réduction des prix de 12% à la pompe, si l’on en croit son programme présidentiel. En contrepartie, elle souhaite taxer davantage les grands groupes gaziers et pétroliers, et redonner ainsi du souffle financièrement au TPE et aux PME du transport de marchandises et aux entreprises logistiques. Bien sûr, la présidente du FN a aussi compris que la concurrence des pays d’Europe de l’Est était un sujet sur lequel les transporteurs français étaient particulièrement susceptibles : elle propose donc une « protection intelligente aux frontières pour lutter contre la concurrence déloyale des pays à très bas coût de main d’œuvre », mais aussi une « renégociation des traités européens pour mettre fin au dogme de la concurrence libre et non faussée », en particulier pour les transports sur route, le ferroviaire, les services de livraison comme la poste ». Les TPE et PME pour lesquelles elle souhaite aussi mettre en place une « administration exclusivement dédiée ». Elle veut aussi rétablir l’apprentissage dès l’âge de 14 ans, pour favoriser la formation dans les métiers comme le transport et la logistique, où l’on manque cruellement de volontaires à l’embauche. Question logistique, elle propose des mesures législatives pour obliger l’Etat et les administrations à se fournir auprès des entreprises françaises… Enfin, elle prône des « services publics accessibles pour tous et partout, modernisés et rationalisés ».

 

 

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