Libéralisation du transport par autocar : 10 000 emplois bientôt créés ?

9 commentaires

bus1Ce mercredi 15 octobre 2014, Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, a créé la surprise. Personne ne s’attendait à l’annonce de ce qu’il a présenté comme l’une de ses mesures phares pour relancer l’économie française : la libéralisation du secteur des transports de personnes par autobus et autocar. On a tendance à ne pas penser spontanément que cette mesure pourrait être la clé du redressement dans l’hexagone, et pourtant : selon les chiffres du gouvernement, cette libéralisation pourrait bien avoir un impact énorme…  car les Français pourraient récupérer quelque 700 millions d’euros de pouvoir d’achat, et le secteur pourrait créer 10 000 emplois !

 

bus7C’est l’exemple allemand qui aurait, semble-t-il, inspiré le ministre de l’Economie. Celui-ci  s’appuie en effet sur les résultats, un an et demi après, de la libéralisation du marché du transport interrégional par autocar en janvier 2013, outre Rhin : le nombre d’usagers y a augmenté de 180% par rapport à 2012 et l’activité a généré un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros, sans déstabiliser beaucoup la filière ferroviaire puisque, après avoir perdu 2% de ses usagers, la Deutsche Bahn (l’équivalent allemand de la SNCF) a finalement très rapidement réussi à stabiliser le nombre de ses clients. En France, le potentiel est énorme : Hormis pour les sorties scolaires, l’usage de l’autocar est encore marginal, avec seulement 110 000 usagers occasionnels pour le bus longue distance en 2013 (Rapport rendu en février 2014 par l’Autorité de la Concurrence). Alors que plus d’un million de personnes prennent le train chaque jour.

 

bus5Emmanuel Macron souhaite donc très rapidement multiplier le nombre de cars en France grâce à l’ouverture du marché français à la concurrence. Jusqu’ici, les trajets interrégionaux en car n’étaient autorisés que dans le cadre du cabotage, c’est-à-dire que le trajet du voyageur ne devait constituer qu’une partie d’un trajet international de l’autocar. Ainsi, un particulier qui souhaitait rallier Paris à Lille ne pouvait le faire que s’il voyageait dans un autocar faisant un trajet Paris-Bruxelles. En outre, le cabotage ne peut représenter plus de la moitié du chiffre d’affaires de la compagnie d’autocars sur le territoire français. Le projet de loi prévoit donc de lever ces contraintes pour que des lignes d’autocars puissent ouvrir sur tout le territoire, sans autorisation préalable. « Le secteur des transports souffre des normes et de la protection du secteur ferroviaire », a indiqué le Ministre, issu du secteur de la finance et des banques (Rothschild). « Ouvrir des lignes d’autocars pourrait créer des dizaines de milliers d’emplois et faciliter les déplacements. (…) Mais surtout, les pauvres qui ne peuvent pas voyager pourront voyager plus facilement. (…) À l’heure actuelle beaucoup de Français sont trop pauvres pour prendre le train qui est trop cher. Le transport en autocar est 8 à 10 fois moins cher que le train. Cette mesure de libéralisation du transport en autocar va bénéficier aux familles les plus modestes, les plus précaires, les plus fragiles», a ajouté le ministre.

 

bus4C’est une petite révolution pour le secteur, très contraint par le secteur actuel. D’ailleurs, seules la SNCF avec IDBus, et Eurolines, son concurrent, tirent aujourd’hui leur épingle du jeu et dominent entièrement le marché en France ; en effet, jusqu’à présent, un opérateur qui voudrait ouvrir une ligne de bus doit d’abord obtenir une autorisation administrative. Celle-ci peut être refusée, pour de multiples raisons, dont la principale : si la liaison routière porte atteinte à «l’équilibre économique d’une offre conventionnée», c’est-à-dire si elle fait trop d’ombre à une ligne de train. Autre obligation : les passagers français ne doivent pas représenter plus de la moitié des voyageurs, ni du chiffre d’affaires. Etc, etc… Résultat : le transport par autocar en France est très, très loin derrière nos voisins européens, puisqu’il ne représente que 0,0005% du nombre total de voyages longue distance contre 4% en Grande-Bretagne, et 5% en Suède où le secteur est déjà libéralisé.

 

bus3Evidemment, la perspective fait des heureux, comme Eric Ritter, le secrétaire général de la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (FNTV), qui y place beaucoup d’espoirs : «Si on en croit l’expérience allemande, les lignes pourraient se développer de manière considérable, avec de nombreuses créations d’emplois, car je suis convaincu que cars et trains sont complémentaires plutôt que concurrents », explique-t-il. « C’est aussi une très bonne chose sur le plan du bilan carbone, par rapport à celui des autres véhicules : un autocar, c’est trente voitures de moins. Et lorsqu’il est rempli, il pollue moins qu’un TER à moitié vide.»

 

bus8Et bien sûr, le projet fait aussi des malheureux : comme les salariés des lignes d’autocars qui, pour l’instant, ont le quasi monopole du marché en France, et qui se disent très inquiets. « Les services de transport de voyageurs par autocar seront bientôt exploités en France par des entreprises à bas coût », s’alarment les syndicats, comme la Fédération des Transports et de la Logistique FO-UNCP. « Les salariés des transports de voyageurs par autocar subissent déjà une politique d’austérité salariale et les destructions d’emplois. Cette politique, cumulée au dumping social, accentue d’autant la précarité dans la profession, sans parler du développement des embauches à temps partiel au détriment du temps plein. Avec la déréglementation et l’arrivée d’entreprises à bas coût sur le marché français, les salariés vont inexorablement subir cette concurrence qui se fera sans aucun doute au détriment de leur emploi et de leur sécurité. Une fois de plus le gouvernement a choisi la voix du libéralisme à tout va, alors que pour contrer les politiques à bas coût, il faut au contraire accentuer les réglementations et la législation. Cette politique à bas coût n’aura pour conséquences que de détricoter les acquis sociaux et accentuer la précarité dans le transport routier de voyageurs par autocar », conclut Patrick Clos, secrétaire général du syndicat.

9 réflexions au sujet de « Libéralisation du transport par autocar : 10 000 emplois bientôt créés ? »

  1. medjadji

    c’est une bonne nouvelle ,en espérant qu’on trouve un job par ce que ça fait un an que je cherche comme conducteur transport en commun.

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  2. Francine Hallé

    Les français ne sont pas des habitués des transports par car comme au Portugal ou en Espagne. De plus, aux abords et dans les villes, il n’y a pas ou peu de voies spécifiques, d’ou une grosse perte de temps liée aux embouteillages.
    Autre question, est ce que les chauffeurs seront tous formés de la même façon en France comme en Europe. Il existe une Réglementation Sociale Européenne qui est censée être appliquée dans toute l’Europe et force est de constater que cela n’est pas le cas.
    Autre question, les salaires et leur disparité selon les pays de l’Europe.
    Pour moi, ancien chauffeur de Car, c’est encore un effet d’annonce et tout ce que fait l’Allemagne est exemple à suivre. Il n’y a pas si longtemps c’était les Etats Unis …..
    FANNY33

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  3. rodrigues mariano andre filipe

    Bonjour,je suis un conducteur de bus de 26 ans avec 5 ans d’experience,je travaille dans le groupe ARRIVE en portugal.
    Je voudrais bien savoir comme je peux faire pour faire une candidature.

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  4. suarez

    bonjour, ce n’est pas cela qui creera des emplois,déja avec le retrait de l’éco taxe , alors que de nombreux pays européens l ont déjà appliqué depuis longtemps,cela aurait permis de renover le réseau routier qui est dans un état lamentable, et rénover les réseaux de la sncf; mais le gouvernement préfere aider a construire des autoroutes et qui entraine plus de pollution de co2 et le pays qui a le plus de vehicules diesels; bravo pour tous ces gouvernements de polluer sans cesse la planete;

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