Ponts fermés : un mois après Gênes, la galère des routiers en Italie

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Les dirigeants provinciaux de la région d’Isernia, en Italie, viennent de prendre la décision de condamner pour une durée indéterminée le plus grand pont du pays, celui qui permet la jonction entre Molise et les Abruzzes, et enjambe la Sente, à près de 200 mètres en contrebas. Érigé dans le milieu des années 1970, le viaduc présente des faiblesses depuis plusieurs années, mais l’effondrement d’un ouvrage similaire à Gênes, qui a causé la mort de dizaines de personnes, dont des routiers, a été l’élément déclencheur de la décision : pas question de reproduire le scénario.

 

Double problème pour les chauffeurs routiers, qui ne savent plus à quels saints se vouer : un itinéraire bis a en effet été proposé, mais il s’effectue via une route elle aussi en piteux état, et les véhicules lourds – camions, bus – sont interdits. Encore une option de moins, alors que l’écroulement du viaduc Morandi à Gênes a déjà plongé les professionnels du transport de marchandises dans un casse-tête abyssal, alors que l’accès direct au port de Gênes est désormais impossible. « Les relations commerciales avec l’Italie en pâtissent et notre activité aussi, c’est inéluctable : l’effondrement de Gênes a créé le chaos, et provoqué, heureusement d’ailleurs, des vérifications sur d’autres ouvrages qui ferment les uns après les autres. Pour le transport de marchandises vers cette partie de l’Europe et au-delà cela devient très compliqué. Nous craignons des répercussions sur l’emploi des chauffeurs spécialisés dans le transport à l’international », confie la CGT Transports.

 

Sur place, les chauffeurs français témoignent : « la ville de Gênes est totalement asphyxiée par les flots de véhicules qui tentent de contourner le problème, on y passe des heures », explique un transporteur. Des milliers de camions transitent en permanence par ici, Gênes est le premier port de marchandises italien, un poumon économique avec une centaine d’agence maritimes et plus de 50 000 employés à temps plein. C’est un axe majeur, le premier port italien, le 9eme port méditerranéen, le 63eme port mondial…. Plusieurs centaines de milliers d’entreprises de transport et de logistique en dépendent directement dans l’Union Européenne. Au quotidien, ce sont près de 5000 camions qui s’y rendent pour y décharger ou y charger leurs conteneurs, à destination de l’Amérique du Nord, de l’Asie ou des pays nord africains. 26 millions de véhicules par an. Le port de Gênes est le seul en Italie à pouvoir accueillir et traiter certains types de caissons : impossible de transférer l’activité ailleurs.

 

Heureusement les conséquences économiques ne devraient pas se faire sentir trop longtemps : la route est en cours de prolongation sur une petite dizaine de kilomètres pour offrir une alternative aux poids lourds, et un décret est passé pour accélérer les travaux de reconstruction de pont, en métal, et débloquer 500 millions d’euros. Mais pour certaines PME c’est une question de mois : « je me suis spécialisé dans le transport de marchandises à destination du port de Gênes, je ne pourrai pas tenir deux mois de plus comme ça », explique un patron d’entreprise basée en Seine-Saint-Denis. Un autre, qui fait dans le chargement et le déchargement de bouteilles entre Toulouse et Gênes, a dû au contraire renforcer ses effectifs pour compenser le temps perdu par ses chauffeurs dans les embouteillages autour de Gênes. « Il y a ceux qui licencient tout de suite parce qu’ils renoncent à une partie de leur activité en Italie, et ceux qui, comme moi, embauchent pour tenter de faire tourner quand même la machine, mais c’est sûr que ça ne pourra pas durer éternellement, on perd trop d’argent pour ne pas perdre nos clients, on ne pourra pas tenir au-delà de la fin de l’année », explique-t-il.

 

Des patrons compréhensifs, heureusement, mais pour les chauffeurs les livraisons ou les chargements à Gênes sont devenus un cauchemar. L’annonce de la fermeture du viaduc de Sente Longo, à Isernia, est une catastrophe : « on perd déjà entre 4 et 8 heures quand on va à Gênes, puisqu’il faut soit passer par la route saturée du bord de mer, soit faire un détour de 180 kilomètres, alors si maintenant le plus haut viaduc d’Italie est fermé entre deux régions actives économiquement, ça veut dire qu’on va perdre autant de temps là-bas qu’à Gênes, il va falloir payer les chauffeurs pour 5 ou 6 jours au lieu de 3 sur ces trajets là, ça fait mal », confirme un gestionnaire des plannings dans un grand groupe d’import-export. A Nice, un autre transporteur tente de calculer les conséquences de l’allongement des temps de parcours sur son chiffre d’affaires : 44 camions impactés chaque jour, « avec des débords de conduite énormes pour chacun, donc des dépenses supplémentaires importantes pour moi. Un 40 tonnes me coûte 1,40 euros au kilomètre, donc au moins 300€ de plus par camion et par trajet ». Il faut au moins 3 ans pour construire un nouveau pont : les conséquences économiques de ces fermetures de ponts italiens risquent de durer encore longtemps.

 

 

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